Le petit prince

Publié le par Le Point de Suspension

Le petit prince

 

Petit bonhomme lunaire, ou plutôt astéroïdaire, le petit prince n'a pas de nom ou tout au moins il ne le dit pas. Il est surnommé "petit prince" par un pilote d'avion en panne dans un désert du Sahara où il fait sa connaissance.

 

 

Cheveux jaunes pour l'éternité

Ce qui est bien quand un auteur dessine lui-même le personnage de fiction qu'il a créé, c'est qu'on sait exactement à quoi il ressemble dans son imaginaire ; ce qui est moins bien, c'est qu'on n'a, nous les lecteurs, aucun effort d'imagination à fournir : le personnage est figé dans son apparence, personne n'osera jamais l'imaginer brun avec des lunettes, grassouillet, en short, noir, en costume de bédouin, avec des yeux bridés, etc. Ou peut-être que quelqu'un l'a fait ?

Le petit prince donc est blond, ébouriffé, petit, avec des yeux ronds, un nez tout fin. Il est parfois vêtu d'un ensemble chemisette-pantalon vert pâle, c'est ainsi qu'on le représente le plus souvent mais il n'est pas toujours habillé ainsi. Parfois il porte aussi un costume royal avec grand manteau, bottes et épée. Parfois il a un nœud papillon rouge et parfois une longue écharpe, « son éternel cache-nez d'or », qui a la particularité d'être horizontale comme si elle volait toujours dans le vent.

Un petit extraterrestre grave et lumineux

C'est un personnage extraterrestre doux et gentil qui ressemble à un petit garçon. Il a une vision du monde très personnelle, ça doit être parce qu'il vient d'ailleurs... Il a voyagé depuis sa planète d'origine jusqu'à la Terre en faisant étape sur différentes planètes où il a rencontré des personnages plus ou moins étranges. L'aviateur qui le rencontre dans le Sahara pense qu'il vient de l'astéroïde B612 où, selon le petit prince, se trouvent des baobabs envahissants qu'il faut enlever chaque jour, une rose caractérielle, trois volcans et la possibilité de voir des couchers de soleil multiples car les fuseaux horaires sont si proches qu'il suffit de déplacer sa chaise pour passer de l'un à l'autre.

 

 

volcano with lavaLe petit prince « [...] est bien le petit prince d'une planète lointaine, celle de l'enfance. Il en a tous les attributs : pouvoir d'étonnement, d'émerveillement, perception vierge, regard toujours en quête, mots qui semblent renouvelés, questions sans logique apparente mais, au fond, réellement proches de leurs sujet. »
(Dictionnaire des personnages Laffont-Bompiani).

 

 

 

 

Le petit prince est un juvénile individu solitaire et grave, foncièrement sociable pourtant : il n'a aucune crainte face aux autres à qui il s'adresse facilement et pose des questions, apparemment saugrenues, ou demande une faveur. C'est qu'il est aussi curieux et têtu. Quand il veut savoir, il veut savoir et il insiste. C'est la quête du savoir qui le propulse d'une planète à l'autre, pour « y chercher une occupation et s'instruire ». Le petit prince part à la rencontre du monde et des autres pour chercher un sens à sa vie, comme tout le monde en fin de compte. Mais dans ses étapes, il ne rencontre que la solitude, la vanité, la tristesse, la honte, l'avidité, l'absurdité.

Certes en interrogeant différents adultes, le petit prince fait l'inventaire de tous leurs défauts et nous les renvoie à la face par la même occasion. Mais il faut bien noter que ces adultes (tous des hommes, pas une femme, ha ha, faut-il y voir une signification particulière ?) vivent sur des planètes lointaines et non sur la Terre et que c'est bien finalement sur la Terre qu'un animal va lui faire comprendre ce qui est important : il nous faut apprivoiser les êtres pour les connaître et les aimer, et ce lien que l'on crée avec eux nous rend responsables d'eux, on établit alors avec eux une relation complexe faite à la fois de solidarité, d'affection, d'efforts, de temps « perdu », d'obligation et de chagrin. Le périple du petit prince semble montrer que, si les adultes sont pour la plupart des imbéciles et que c'est un renard qui se montre le plus « humain » et gentil, c'est quand même sur la Terre qu'il y a de l'espoir car c'est là que vivent le renard et l'aviateur-narrateur-témoin qui fera passer le message.

Beaucoup de commentaires ont été écrits sur la « mort » (volontaire) du petit prince ou son renvoi chez lui, c'est une des forces de ce livre que d'ouvrir à toutes les interprétations. Est-ce une parabole sur l'enfance qui meurt en l'homme quand il grandit ? Est-ce parce qu'il est inadapté au monde trop rude que le petit prince meurt ? Est-ce tout simplement parce qu'il veut rentrer chez lui s'occuper de sa rose qu'il aime et dont il est responsable ? Est-ce un sacrifice ? Est-ce que c'est parce qu'il est arrivé au bout de son voyage initiatique et qu'il a à la fois compris lui-même le sens de la vie et qu'il a su le transmettre qu'il doit disparaître ? Le fait qu'il veuille revenir au point exact où il a « atterri » à la date anniversaire de son arrivée pourrait signifier qu'en effet la boucle est bouclée. Que ce soit un serpent qui l'expédie ad patres n'est pas anodin.

Sur les différents thèmes abordés dans le conte, on peut voir cette page du site officiel.

Texte inoubliable, indémodable, indéboulonnable

Le petit prince est le personnage créé par Antoine de Saint-Exupéry en 1943. Comme on l'a dit, l'auteur du texte est aussi l'illustrateur : il a dessiné les fameuses aquarelles qui ont immortalisé son personnage et l'ont fait connaître dans le monde entier, car Le Petit Prince, ce conte philosophique pour enfant (mais pas que) est sans doute le personnage de fiction français le plus célèbre dans les autres pays et touche les lecteurs depuis soixante-dix ans. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il est la part d'enfance en nous qui résiste à la mise en chiffres du monde, aux statistiques, aux raisonnements et aux contrôles, celle qui voudrait n'être attachée qu'à l'amitié, aux beautés de la nature et des hommes, à « l'essentiel [qui] est invisible pour les yeux », celle qui veut créer des liens avec les autres êtres vivants plutôt qu'en avoir toujours peur, celle qui s'interroge tout le temps et qui ne nous laisse jamais tranquille. C'est peut-être parce qu'il ne nous laisse jamais tranquille justement qu'on relit Le Petit Prince, c'est en effet souvent un livre qu'on a eu entre les mains enfant et qu'on relit adulte.

Il faut aussi remarquer que Saint-Exupéry est un héros de la deuxième guerre mondiale, disparu en vol en 1944, considéré comme « mort pour la France », un an après la publication du Petit Prince, ce qui n'est pas rien pour créer une légende.

Publié aux Etats-Unis d'abord, parce que l'auteur y vivait au début des années 1940, par la maison d'édition Reynal & Hitchcock, le livre a été édité simultanément en français et en anglais. Il n'est paru en France qu'en 1945 (ou 1946 selon les sources) par Gallimard avec quelques modifications dans la reproduction des illustrations de l'auteur pour des raisons techniques. En 1999, Gallimard a repris l'édition du livre en reproduisant cette fois fidèlement les dessins de 1943.

Le livre de Saint-Exupéry a été adapté des centaines de fois, voire probablement des milliers si on compte toutes les pièces scolaires, les spectacles de fin d'année (j'en ai pour ma part vu deux dont une inoubliable avec mon cousin P. dans le rôle du renard !). On l'a même "parcàthèmiser". J'aime bien la tête que Sfar a faite au petit prince dans sa BD (Gallimard, 2008) avec des yeux bleus et blancs grands comme des soucoupes volantes et son écharpe qui vole. Et aussi ce grand livre pop-up qui est tout comme le livre original mais où tout est mis en volume de manière quasi magique.

Voir la page de Wikipédia pour toutes les adaptations et surtout le site officiel qui comporte des extraits vidéos notamment ici.

Un article sur le blog de VivreLivre à voir et qui vous donnera des liens vers d'autres articles sur le petit prince.
 

Commenter cet article

Annie 21/07/2015 15:33

Salut,
Pour l’anniversaire de mon fils, je lui ai offert le livre Le Petit Prince qu’il a dévoré en un rien de temps. Récemment, nous sommes partis voir l’adaptation cinématographique et l’histoire est excellente !

Blandine 17/10/2014 17:59

Merci pour cet article et pour le lien :-)

Grâce à votre article, le sexe des personnages me saute aux yeux! Si les personnages des 7 planètes sont des hommes et autant d'allégories de la nature humaine, la seule présence féminine est celle de la rose. Et là, l'auteur ne nous gâte pas non plus s'il voit les femmes ainsi ;-)

L'aspect extraterrestre du Petit Prince m'apparaît aussi davantage ainsi que l'espoir que promet la Terre et bien sûr le Serpent (serait-ce celui de la Bible?).

Merci et à bientôt, au détour d'un autre personnage littéraire :-)

Blandine.

Blandine 18/10/2014 11:26

Au contraire! Je trouve cela d'autant plus intéressant! Je suis intriguée! Je me renseignerai.

Nathalie 18/10/2014 08:48

Ah oui, c'est bête ! pour la présence féminine, je n'avais pas du tout pensé à la rose !! Et en effet elle est plutôt peste cette rose...

Il y a beaucoup de symboles à lire dans ce conte parait-il. Je n'ai pas parlé des soi-disant références à la guerre : les 3 baobabs de l'illustration seraient les 3 méchants Allemagne+Japon+Italie de la 2ème G.M., de la référence aux 7 péchés capitaux, etc. etc. Mais ça me parait aller un peu trop loin, déjà ma référence au serpent est un peu limite !
A la prochaine et encore merci !