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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Gérard Dumaurier

Gérard Dumaurier

ancient cave handprint Dordogne France

Vous ne connaissez sans doute pas Gérard Dumaurier. Il est en effet moins célèbre qu'un Ulysse Mérou. Euh, non, mauvais exemple, Ulysse Mérou n'est pas un personnage très connu. Personne ne se souvient jamais qu'il est le héros de la Planète des Singes. Dumaurier connaît le même sort de personnage méconnu. 

 

 

Un homme bien mystérieux

Gérard Dumaurier est le précepteur des deux fils d'un baron anglais parvenu, richissime et divorcé, avec lesquels il voyage fréquemment. Homme cultivé, qui réfléchit et observe son entourage et son environnement, Dumaurier est un intellectuel plutôt qu'un manuel, il n'a aucune idée du fonctionnement des objets, des machines qu'il utilise au quotidien et cela ne l'intéresse pas. On ne sait pas vraiment quel âge il a, probablement qu'il n'est plus un jeune homme car il semble avoir une certaine expérience de la vie. On sait qu'il a été épris d'une femme, Elena, mais a-t-elle été sa fiancée, sa femme, son amante, une amie chère ? Dumaurier ne le dit pas.

Coincé dans une grotte avec des mômes

L'un des garçons dont il s'occupe est tuberculeux et, pour qu'il soit soigné, Dumaurier est chargé de l'accompagner en Lozère dans un préventorium pour enfants et adolescents. C'est pour cette raison qu'il va se retrouver avec un groupe d'enfants quand arrive la catastrophe qui va bouleverser sa vie et la face de la Terre. En effet, Dumaurier accompagne un petit groupe de gamins pour une excursion et un pique-nique et, alors qu'ils sont en train d'explorer des grottes, le cataclysme survient qui détruira toute trace de vie humaine sur la planète. Dumaurier, seul survivant adulte, se retrouve donc à la tête d'un groupe de petits tuberculeux formant apparemment tout ce qui reste de l'humanité à des kilomètres à la ronde.

Il n'aime pas beaucoup les enfants comme le montrent les premiers jours du récit après la catastrophe qui le condamne à rester seul avec un petit groupe d'enfants : à aucun moment il ne montre de compassion ou de sympathie pour ces gamins terrifiés. Il n'hésite pas à leur filer une paire de baffes quand ils pleurnichent. Dès le départ, tout se passe comme s'il y avait deux camps séparés : lui d'un côté, la bande de gosses de l'autre. Méfiance et non-coopération sont la règle même si c'est Dumaurier qui leur ramène de l'eau les premiers jours et leur montre comment faire du feu. Ensuite, les enfants seront assez vite autonomes.

Non, pas des mômes, de nouveaux hominidés

Il a assez rapidement l'intuition, alors qu'il ignore encore que l'humanité a disparu et qu'il est peut-être le seul adulte sur Terre ou tout au moins dans les environs, que les enfants représentent une humanité nouvelle non civilisée qui n'aura rien à voir avec ce que lui a connu et que lui-même représente la civilisation perdue, détruite à jamais. Il se sent étranger dans cette nouvelle forme de société en train de se construire où il n'a pas de place et qu'il considère comme dégénérée. Les neuf enfants ont un langage à eux que Dumaurier comprend à peine et qu'il ne parle pas, une novlangue faite de bric et de broc, de déformations de mots, d'un mélange de français, patois, espagnol, latin de messe et anglais.

Ils ont aussi inventé leurs propres rites, leurs superstitions, leur religion, leur organisation, leur mode de vie et d'alimentation, etc. Dumaurier ne peut rien faire ou ne veut rien faire pour lutter contre les changements rapides qui ont lieu dans la petite communauté de jeunes dont certains comme la seule petite fille Hélène sont très petits (Hélène a environ 8 ans quand la catastrophe survient). Leur jeunesse alliée au fait qu'ils ne sont pas forcément issus de familles aisées leur ayant donné une éducation, fera qu'ils oublieront très vite le peu qu'ils savaient, l'écriture par exemple.

Dumaurier = cinglé ?

La question importante pour Dumaurier tout au long du récit qu'il écrit sur un cahier et qui décrit ce qui lui est arrivé est la suivante : suis-je fou ? En effet, dès le début du roman, Dumaurier écrit : « Je suis sans doute un pauvre fou qui gribouille du papier dans un asile [...] ». Il revient plusieurs fois sur cette question : a-t-il vraiment vécu ce qu'il a vécu ou bien est-il complètement frappadingue au point d'avoir tout imaginé ? Le rappel incessant de son nom comme pour se convaincre de son identité et l'oubli final de cette identité peut laisser supposer que Gérard Dumaurier a complètement perdu pied et que tout ce qu'il vient de raconter... est le récit d'un cinglé... Au lecteur d'en décider.

Absent des dictionnaires

Gérard Dumaurier est, comme tous les personnages des romans de science-fiction, absent des dictionnaires de personnages littéraires. Les ouvrages sérieux recensant les personnages de la littérature considèrent en effet la SF comme de la sous-crotte. Pourtant, il est le personnage principal et le narrateur d'un roman contre-utopique ou dystopique  qui vaut le détour. Un classique de la littérature de SF post-apocalyptique. Quinzinzinzili a été écrit par Régis Messac et publié en France en 1935. Il a été réédité en 2007 par les éditions L'Arbre vengeur avec une intéressante préface et quelques documents annexes précieux.

 

Pour en savoir plus sur ce livre, ma fiche de lecture détaillée : Quinzinzinzili - étude d'un roman sur Amazon Kindle, sur Youscribe (format pdf ou epub) ou Kobo-Fnac

ou en format papier ici

Gérard Dumaurier