Chien Brun

Publié le par Le Point de Suspension

Chien Brun

Impossible de décrire en un article toutes les aventures de Chien Brun (ou C.B.) : Jim Harrison lui a consacré plusieurs longues nouvelles dans différents livres. Tentons de discerner qui est ce drôle de zèbre.

Un type pauvre mais pas un pauvre type

Chien Brun vit dans la péninsule Nord du Michigan, tout près du lac Supérieur (dans lequel il pille des épaves parfois). C'est un grand marcheur, un pêcheur, un chasseur, un buveur de bière, un homme des bois, un faux indien Chippewa, un séducteur (c'est rien de le dire !), un grand connaisseur de la nature, des oiseaux, des plantes, des arbres, un observateur curieux de tout des animaux comme des hommes, un type simple et plein de bon sens.

Mais tous ces qualificatifs ne parviennent pourtant pas à le définir tout à fait. C'est également un voleur, un délinquant, un menteur, un fabulateur, un travailleur, un ancien boxeur, un pauvre qui a du mal à joindre les deux bouts (et non un "pauvre type", non, non, Chien Brun est loin d'être un "pauvre type" c'est un travailleur pauvre, pas la même chose !), un emmerdeur, un provocateur, un blagueur.

"Le crétin ambulant" ?

Et là encore, après tout ça, on n'a rien dit de lui. Dans sa région où il est connu, on le surnomme "le crétin ambulant". Comme on se trompe ! C'est vrai qu'il a tout du blaireau américain de base, du red neck qui picole sa bière après une partie de chasse, du pauvre indien à demi alcoolo, ouais, mais non. Chien Brun n'est ni un crétin, ni un blaireau, ni un alcoolo (même s'il lève le coude plus souvent qu'à son tour). C'est vrai aussi qu'il n'a pas de papiers à part un permis de conduire et une carte d'ancien bidasse, qu'il vit en dessous du seuil de pauvreté et n'a pas de numéro de sécu, qu'il ne fait partie d'aucune organisation, association, parti, institution. Et c'est toujours vrai qu'il n'a aucune ambition, aucune envie d'avoir un contrat à durée indéterminée, un prêt immobilier, un pavillon en banlieue avec une pelouse à tondre.

Comme il n'a pas grand-chose, on le prend pour un imbécile. Comme ses seuls désirs c'est d'avoir un peu de fric pour manger-boire et d'avoir de la compagnie en la personne d'un accorte individu du sexe opposé, on le prend pour un pauvre con. Comme c'est un homme simple, souvent stupéfait par les us et coutumes des autres (notamment des citadins, des Blancs, des riches, des bobos, des intellos), qui s'intéresse et donc pose des questions par curiosité et envie de partager, on le prend pour un abruti. Et on continue à se tromper....

Un des rares gars à faire VRAIMENT ce qui lui passe par la tête

Il échappe à tout classement et à toute étiquette, ce costaud de bûcheron, ce quarantenaire qui se met rarement en colère et qui fait et dit tout ce qui lui chante. Il y a tellement de choses interdites ou absurdes en ce bas monde qu'en effet Chien Brun fait avec une grande simplicité ce qu'il a envie de faire ou ce qu'il estime juste de faire, sans trop se préoccuper des conséquences. Est-ce à dire qu'il est irresponsable ? Eh bien, oui... mais non... c'est plus compliqué... C'est juste que C.B. ne se prend pas la tête, ne réfléchit pas cent sept ans à tous ces trucs : où ? Pourquoi ? Dois-je ? Ne dois-je pas ? Faut-il ? Ne faut-il pas ? Il fait et il est. Il est imprévisible pour les autres mais lui sait très bien ce qu'il fait et pourquoi il le fait. Il le fait parce que.

D'ailleurs son grand-père lui a toujours dit qu'il fallait tirer le meilleur parti de chaque situation : une philosophie qu'il applique très consciencieusement. Il cherche à se fondre dans la masse ? Eh bien pourquoi ne pas se déguiser en portier que personne ne regarde... On le prend pour un Indien avec sa tignasse brune indomptable, très bien, il sera un Indien et parlera de son "peuple" (Chien Brun n'est pas du tout un Indien ! Son nom lui a été donné par le grand amour de sa vie, Rose, quand tous deux étaient gamins et qu'il commençait déjà à renifler les culottes des filles), pour récupérer sa peau d'ours (son bien le plus précieux), il faut traverser les USA du Nord-Michigan jusqu'à Los Angeles, qu'à cela ne tienne, il traversera les USA et ira rôder vers Hollywood, que des catholiques lui filent une bourse pour lui permettre d'étudier au Moody Bible Institute de Chicago, YES, il dilapidera sa bourse joyeusement.

Le héros de "Big Jim"

Chien Brun va et vient dans l'oeuvre de novelliste que Jim Harrison a composée. On le voit (à ma connaissance mais j'en oublie peut-être) dans le recueil de nouvelles La Femme aux lucioles (The Woman lit by fire flies) paru en France en 1991, puis dans Julip (France, 1995), En route vers l'ouest (The Beast God Forgot to Invent) publié en France en 2001 puis L'été où il faillit mourir (The Summer He Didn't Die) en 2005, Les Jeux de la nuit (The Farmer's Daughter) en 2010. Tous ces recueils, dont une histoire raconte une portion de vie de Chien Brun, ont été édités par Christian Bourgois et traduits par Brice Matthieussent, grand connaisseur de la littérature américaine, de Jim Harrison, de H.D.  Thoreau, du "Nature writing".

Voir mon éloge des personnages de Jim Harrison et mon hommage à ce grand, grand écrivain

Et une page consacrée à Chien Brun

 

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