Macbeth

Publié le par Le Point de Suspension

Macbeth

Trois sorcières sur une lande, deux hommes crédules

Mais pourquoi font-elles cela ? On glose sur Macbeth et sa lady Cruella depuis quelques siècles – et je vais moi-même gloser dans un instant – mais pas sur la question des motivations des sorcières. Macbeth et son épouse sont humains, ils sont ambitieux, faibles, pervers, fous, mais leurs tendances, leurs moteurs ne sont finalement que pathétiquement et tragiquement humains. Mais les sorcières alors ? Est-ce « seulement » pour faire le mal qu'elles choisissent un type qui traîne et lui monte la tête ? Sont-elles de simples envoyées du destin qui n'ont rien choisi (mais elles pouvaient fermer leur clapet, non ?) ? Est-ce inhérent à la nature d'une sorcière d'aller déclamer des âneries sur une lande pour égarer les hommes ? Qu'est-ce que cela leur rapporte à elles ?

Ces trois horreurs annoncent à Macbeth, général écossais au service du roi Duncan et venant de s'illustrer pendant la guerre, qu'il va devenir calife à la place du calife et patatras, l'autre y croit dur comme fer et on ne le tient plus tant qu'il n'aura pas le fondement sur un trône. Sauf que Duncan n'est pas mort …

Macbeth, un héros ?

Macbeth est donc le héros d'une pièce de théâtre. Quoique … Ne serait-ce point Lady Macbeth le héros de la pièce ? C'est tout de même elle qui porte le pantalon même si elle n'est pas allée combattre sur un champ de bataille contre les rebelles de Macdonwald. Et puis à quoi il ressemble ce héros qui perd les pédales quand les sorcières lui agitent un titre sous le nez et que sa femme le traite de couard parce qu'il hésite à se saisir du titre ? En tout cas, il est impossible de parler de lui sans elle, ils sont liés.

Au début, c'est bien un véritable héros : couvert de gloire, courageux soldat, meneur de troupes, mateur de rébellion, récompensé par son roi qui le fait monter en grade en lui donnant un titre de noblesse (et sans doute le domaine qui va avec). Macbeth est déjà un noble, déjà un général. Il a une épouse, des enfants, un château. On le dit brave, loyal, avec du cœur. Son roi lui-même l'appelle « noble seigneur ». Et pourtant l'annonce de sa potentielle royauté le bouleverse.

La prophétie des sorcières est la suivante : il sera sieur de Glamis, sieur de Cawdor et roi. Sieur de Glamis, il comprend : Glamis est mort, il peut prendre la place. Sieur de Cawdor c'est déjà moins simple car Cawdor est vivant quand les sorcières parlent à Macbeth. Mais la nouvelle lui parvient que Cawdor a été accusé de trahison et condamné par le roi Duncan, lequel a transmis le titre à Macbeth le brave : il est donc Glamis et Cawdor. Des trois prophéties, deux sont réalisées : c'est la preuve que les sorcières ont vu juste et parlé vrai.

Ne manque que la couronne. Et celle-ci a belle allure, elle est tentante. Lady Macbeth la voit très bien ceindre le front de son noble conjoint et elle-même s'imagine tout à fait dans les atours d'une reine même si le roi a deux fils pouvant lui succéder. Avertie par une lettre de son mari qu'il a pris du galon et pourrait même être roi selon les trois sorcières, elle est gagnée par des envies de meurtre. Elle n'a aucune hésitation. Elle entrevoit toute de suite ce qu'il faut faire : tuer le roi, point barre. Elle ne s'embarrasse d'aucune morale. « A la pitié interdisez accès et passage » dit-elle invoquant les esprits. C'est elle qui combine tout, le lieu, le moment, le mode opératoire, comment elle va saouler et faire accuser les gardes du roi. Et quand son mari refuse et renonce, elle l'excite, le manipule, le persuade jusqu'à ce qu'il se décide à l'acte fatal. D'un ambitieux général, elle fait un meurtrier. D'elle même, noble épouse énergique, elle fait une instigatrice et une complice de meurtre qui pense que la virilité s'accompagne de brutalité et de violence. Puis, elle finit le travail en mettant en scène le meurtre pour faire accuser les serviteurs du roi tandis que les fils de Duncan fuient de peur d'être accusés.

Un engrenage

Tout cela est déjà terrible mais la folie du nouveau roi Macbeth ne fait que commencer. Jaloux et paranoïaque, capricieux et vindicatif, il ne se contente pas de jouir du pouvoir, il est animé par un esprit de vengeance et par l'avidité. Les sorcières avaient prédit à son fidèle ami Banquo qu'il serait père de rois, Macbeth va donc supprimer Banquo et sa descendance. Banquo revient le hanter, le voilà pris d'hallucinations, il commence à devenir tyrannique et à faire peur à sa cour et à ses proches. Et ils ont raison d'avoir peur. Car leur roi est prêt à tout pour garder le trône et leur reine commence à perdre l'esprit, hantée elle aussi par le souvenir de ses mains trempées du sang de Duncan.

Les incarnations infernales que sont les trois sorcières peuvent être contentes : les époux Macbeth, rendus fous par la culpabilité et les tourments intérieurs, vont vers leur mort. Elles ont beau s'être fait remonté les bretelles par Hécate, la déesse magicienne, elles sont arrivées à semer la dévastation dans toute l’Écosse. Macbeth a eu tort d'écouter leurs propos divinatoires : c'est un blasphème, l'homme n'a pas à connaître par avance sa destinée selon l’Église. En allant les retrouver une seconde fois sur la lande pour en savoir plus sur son destin, Macbeth a littéralement vendu son âme au diable, aucun retour ne sera plus possible. De la même manière qu'en invoquant les forces de la nuit, Lady Macbeth avait vendu la sienne.

Violence, insatisfaction et remords

Macbeth est une pièce de Shakespeare, écrite vers 1605-1606 et publiée en 1623. Elle s'inspire d'événements ayant eu lieu dans l’Écosse du XIe siècle, rapportés dans les Chroniques d'Angleterre, Écosse et Irlande de l'historien Holinshed en 1577.

Tragédie en cinq actes, la pièce devait être assez spectaculaire : beaucoup de personnages, de décors, du fantastique, des scènes de combats violents. Elle montre l'éternelle question de l'homme insatisfait de son sort et désirant toujours plus, prêt à aller au bout de ses pulsions violentes et tué à petit feu par les remords et la culpabilité.

Une kyrielle d'adaptations au cinéma, à la télé, en opéra a vu le jour. On en citera seulement quelques unes : Macbeth, opéra de Verdi (1847) ; Macbeth, poème symphonique de Strauss (1887-88) ; Macbeth, film d'Orson Welles (1948) ; Le Château de l'araignée de Kurosawa (1957) ; Macbeth de Roman Polanski (1971) et très récemment Macbeth de Justin Kurzel avec Michael Fassbender et Marion Cotillard (2015).

 

 

 

 

 

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