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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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L'Oncle Tom

L'Oncle Tom

 

Si Tom est un des personnages du roman La case de l’Oncle Tom  on ne peut pas dire qu’il en est vraiment le héros, malgré le titre du livre. Il partage la vedette avec d’autres personnages dont Eliza, une jeune esclave en fuite dont les aventures forment une grande partie du roman.

 

Taillé pour être un héros romanesque...

 

Mais intéressons nous à Tom. L’auteur le décrit comme « un homme puissant et bien bâti : large poitrine, membres vigoureux, teint d’ébène luisant ; un visage dont tous les traits, purement africains, étaient caractérisés par une expression de bon sens grave et recueilli, uni à la tendresse et à la bonté. Il y avait dans tout son air de la dignité et du respect de soi-même, mêlé à je ne sais quelle simplicité humble et confiante». Voilà pour le portrait physique, examinons sa situation à présent.

 

... mais sa vie n'est pas très palpitante pour un héros

 

chain roughTom est un esclave noir dans un domaine situé au Kentucky. Mr et Mrs Selby, ses maîtres, traitent leurs esclaves avec une certaine humanité et ceux-ci leur sont très attachés. Tom est le plus dévoué de tous, il est si fidèle, si travailleur, si sérieux que Selby lui confie des tâches de confiance concernant l’intendance du domaine. Tom est aussi très apprécié des autres esclaves à cause de sa gentillesse et des ses conseils avisés. Il se montre aussi un époux aimant et un père soucieux de ses enfants. Enfin ce qui domine dans sa personnalité c’est sa profonde piété : il est en effet si croyant et si attaché à dieu qu’il en est fermement fataliste, soumis à la roue du destin, persuadé que tout arrive selon la volonté de dieu et qu’on ne peut que subir sans protester les épreuves qu’il envoie à ses créatures. Jamais Tom ne se révolte contre son destin terrible de Noir manipulé comme un objet par des Blancs sans pitié.

 

On voulait un peu d'action mais pas ça !

 

Si sa vie était relativement douce dans le Kentucky auprès d’un maître non violent et de sa propre famille, tout cela change quand Selby a des problèmes d’argent et qu’il doit vendre Tom à un marchand d’esclaves. Arraché aux siens, Tom est vendu tout d’abord à une famille riche, les Saint-Clare, auprès de qui il mène une vie de domestique apprécié. Il vit une vraie histoire d'amitié avec la fillette notamment. Mais après la mort de celle-ci et de Saint-Clare, il est revendu à Legree, un propriétaire sans scrupules, aussi laid d’apparence que de caractère. Legree essaie de faire de Tom un contremaître en lui demandant de battre ses camarades mais comme Tom s’y refuse, il décide de le briser. Il le roue de coups et le torture jusqu’à ce que Tom meurt sans se rebeller, comme un martyr chrétien.

 

En route vers une vie meilleure ?

 

Peu importe le corps terrestre puisque l’âme a l’éternité devant elle : voilà  toute la conception philosophique et religieuse de ce bon vieux Tom. Toute cette douleur acceptée presque avec le sourire transforme Tom en une figure de sage chrétien ouvert au pardon même envers celui qui le trucide. Heureusement que de son côté Eliza, la jeune femme, qui a fuit le domaine des Selby parce qu’ils voulaient vendre son jeune fils, réussit à gagner le Canada avec son mari et le petit et à avoir une vie heureuse, sinon le livre se terminerait de bien triste manière. Toutefois certains considèrent que l’histoire de Tom se termine bien puisque grâce à lui et à son abnégation, les esclaves du domaine Selby sont tous affranchis. En effet, touché par l'attitude de son vieil ami, Selby junior qui voulait le racheter mais arrive un peu tard, décide de devenir anti-esclavagiste. Brave type, va !

 

Un grand classique américain mais qui a peut-être perdu un peu de sa force (?)

 

Harriet Beecher StoweLa case de l’Oncle Tom (Uncle Tom's Cabin) est publié sous forme de feuilleton en 1851 aux Etats-Unis dans un petit hebdomadaire anti-esclavagiste. Puis il est ré-édité en 1852 en deux volumes et connaît alors un succès qui vaut à son auteur, Harriet Beecher Stowe, une grande renommée. Il permet une diffusion des thèses abolitionnistes et réfute la loi qui oblige à dénoncer tout esclave fugitif. Ce qui est le principal intérêt de ce livre un peu trop marqué par la propagande évangélique (Harriet est fille, femme, sœur de pasteurs).

 

Aujourd’hui ce héros, brave, bon, sympathique, idéalisé sous la plume de sa créatrice, nous apparaît comme passif, exagérément soumis, attendant une vie meilleure qui ne peut pas être sur Terre. Certains critiques pensent que Tom, incarnation de la bonté et de la douceur, a des vertus dont on pare habituellement les femmes, d'où un engouement féminin pour le roman, les lectrices s'identifiant à ce personnage victime comme elles de l'oppression masculine. Aujourd'hui peut-être s’attache-t-on davantage à la jeune Eliza qui se bat, qui met tout en œuvre pour échapper à ses poursuivants ne pensant qu’à sauver la peau de son enfant et la sienne (une des plus belles scènes du livre est celle où elle parvient à franchir le fleuve Ohio en sautant d’un bloc de glace à un autre : geste désespéré et héroïque !).

 

Les Blancs des Etats du Sud, à part l’ignoble Legree, ont l’air quand même bien gentils et il semble que ce n’est pas de leur faute s’ils possèdent des êtres humains pour les exploiter en les privant de leur liberté : c’est comme ça, c’est tout. Même si l’auteur dépeint la dure condition des esclaves et même si ce livre était sans doute choquant dans les années 1850 parce qu’on y dépeint les Noirs comme étant dignes d'affection et de respect, ce dont on était loin d'être persuadé à cette époque, il semble avoir bien perdu de son pouvoir subversif. Chacun appréciera à sa manière l’histoire de Tom…