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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Célestine

Célestine

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Célestine est une jeune femme de chambre qui plaît beaucoup à ses maîtres.
 
Elle est fraîche et pétillante, blonde, grande et bien faite. De plus elle a de belles manières et un certain chic parisien acquis auprès des familles bourgeoises qu’elle a servies.
 
Il ne faut pas la confondre avec Célestine la souris.
 
 
 
Bretonne mais pas Bécassine
 
Coquette et mignonne, elle a aussi un esprit vif qui lui permet de comprendre bien des choses. Si elle n’est pas cultivée, elle s’intéresse à la lecture (des romans émouvants notamment) et paraît bien plus instruite que la plupart des domestiques.
Originaire d’Audierne, en Bretagne, elle n’a pas eu une enfance très heureuse. Son père, qui était pêcheur, est mort en mer laissant sa veuve s’occuper seule de ses trois enfants. Malheureusement la pauvre femme devient alcoolique et maltraite ses enfants, puis se prostitue. Célestine perd sa virginité à 12 ans en échange d'une orange. Elle a la chance d’être recueillie par des religieuses qui lui enseignent la lecture, l’écriture, le ménage et la couture et lui trouvent une place comme bonne. Le frère de Célestine s’est engagé dans la marine et sa sœur est partie sans jamais plus donner de ses nouvelles, si bien que Célestine se retrouve seule au monde après le décès de sa mère qu’elle regrette même si celle-ci la battait et ne l’aimait guère.

Vive la messe ! Et la fantaisie...

Pieuse, la jeune femme trouve un grand réconfort dans la religion et un grand … divertissement ! Si elle considère la pratique religieuse comme un garde-fou pour ne pas sombrer dans la débauche, elle aime aussi aller à l’église parce que c’est récréatif : on y montre sa toilette, on regarde celle des autres, on discute. La débauche, Célestine la frôle parfois sans y tomber vraiment, elle avoue elle-même avoir une vie « dévergondée » car, aimante et langoureuse, elle cède facilement aux hommes dont elle tombe amoureuse. Trop impulsive, franche, fantaisiste, elle ne parvient pas à garder un emploi très longtemps. Souvent elle se met en colère contre ses patrons et se fait mettre à la porte ou alors elle démissionne pour aller voir si le soleil brille davantage ailleurs (il faut dire aussi qu’elle est un peu menteuse, un peu voleuse, et souvent de mauvaise foi).
 
Servante peut-être mais pas servile
 
Elle est sans complaisance vis à vis de ses employeurs, ces bourgeois dont elle condamne « les sentiments vils, les lâches peurs, les criminels appétits ». Toutefois, à la différence des autres serviteurs qu’elle côtoie, elle n’aime pas calomnier pour le plaisir. Persuadée qu’il est nécessaire de se défendre contre l’exploitation, le mépris, la méchanceté des maîtres, elle déteste les cancans de basse-cour, les infamies gratuites, les ragots bêtes et méchants. Comme de nombreux domestiques, elle a envie des belles choses, du confort, des richesses des bourgeois et des mondains sans avoir les moyens de se les procurer. Elle finit par trouver une forme de bonheur dans le mariage avec un vieux cocher antisémite qu’elle soupçonne d’avoir violé et tué une fillette et d’avoir dévalisé leurs anciens maîtres. Joseph l’emmène à Cherbourg ouvrir un petit café. Célestine devient une femme rangée, tenancière d'un bistrot où elle met en avant ses attraits naturels en toute honnêteté.
 
Une dénonciation des riches
 
Dans le Journal d’une femme de chambre (publié en 1900) dont Célestine est l’héroïne et la narratrice, Octave Mirbeau nous donne à voir le monde des soubrettes, des palefreniers, des valets de chambres, leurs difficultés à trouver des places, l’exploitation qu’ils subissent de la part de leurs employeurs riches mais Mirbeau fait aussi la critique d’une certaine société d’aristocrates, de mondains et de bourgeois enrichis qui semblent pires que les pires de leurs serviteurs : pingres, irrespectueux, cruels, obsédés sexuels, hypocrites.
Si le roman a donné lieu à de nombreuses adaptations théâtrales, il a aussi été adapté au cinéma (pas très fidèlement) notamment par Jean Renoir en 1946 avec Paulette Goddard dans le rôle de Célestine et par Luis Bunuel en 1964 avec Jeanne Moreau.