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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Emma Bovary

Emma Bovary

femme.pngUne nuit d'hiver, Charles Bovary, jeune et brave médecin, se rend à la ferme des Bertaux pour soigner la jambe cassée du père Rouault, un propriétaire aisé. Charles est charmé par Emma, la fille de Rouault. Il l’épouse quelques temps plus tard alors qu’il est devenu veuf. Ainsi entre en scène Madame Bovary.
 
 
Elevée au couvent et au roman d'amour
 
Emma n’est pas une très belle femme mais elle est jolie et charmante : yeux bruns, presque noirs, cheveux noirs et lisses, belles dents, mains longues aux ongles nacrés taillés en amande, teint pâle et « tournure de parisienne ». Coquette et soignée, elle dénote dans le milieu campagnard normand. Jeune femme ardente et rêveuse, élevée au couvent mais lectrice passionnée de romans sentimentaux et historiques qui l’exaltent en lui donnant à voir un monde de voluptés et d’agréments absents de son quotidien ordinaire, elle rêve de vivre un grand amour romantique, une vie facile et luxueuse. Alors Emma se lasse vite de son insipide et désargenté mari qui ne lui offre pas cette vie passionnante dont elle rêvait. Charles ne comprend même pas les désirs ardents de sa femme qu’il aime tendrement mais pour laquelle il se révèle sans intérêt.
 
Cette vie de château inatteignable
 
Au village de Tostes où ils habitent, la vie est de plus en plus terne et monotone. Emma est mélancolique. Une visite dans un château des environs rompt un temps sa tristesse mais la vue du luxe et des plaisirs inaccessibles la dépriment davantage. Pour changer d’air, Charles et Emma déménagent pour Yonville-L’Abbaye où Emma fait sensation auprès des bourgeois locaux pour qui elle apparaît comme une femme élégante. Enceinte en quittant Tostes, elle donne naissance à Berthe, qu’elle met illico en nourrice. Mais sa volonté d'être une mère et une femme respectable est mise à rude épreuve quand elle tombe amoureuse d’un jeune Léon. Elle décide d’abord de résister à la tentation. Elle cherche un appui dans la religion mais le piètre conseiller spirituel qu’est le curé du village ne comprend pas ses exaltations (si elle est malade, elle n'a qu'à trouver des soins auprès de son mari, celui-ci n'est-il pas médecin ?). Suite au départ de Léon pour Paris, Emma sombre à nouveau dans la mélancolie. Elle tâche de s’occuper, en dilettante, commençant tout et ne finissant rien à son habitude. Puis elle tombe amoureuse de nouveau. Rodolphe, l’aristocrate libertin qui est l’objet de sa passion, la cerne assez vite : « ça baille après l’amour comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine. » Quand il la quitte, elle s’éteint de nouveau pour se rallumer au contact de Léon qu’elle retrouve par hasard à Rouen et dont elle devient la maîtresse cette fois. Mais, pour lui, elle fait des folies, contracte des dettes qui la conduisent à la faillite. Elle se suicide en avalant de l’arsenic.
 
Entre illusions et déprimante matérialité
 
Ainsi la vie d’Emma n’est qu’une succession de moments exaltés et de moments léthargiques. Ambitieuse, elle voudrait se dégager de son milieu social étriqué mais alors qu’elle aurait peut-être pu s’élever en faisant un meilleur mariage, en nouant de meilleures relations, en se dévouant pour une cause, en se trouvant une raison de vivre dans le réel , elle se réfugie soit dans le rêve, soit dans l’adultère et le mensonge qui, pense-t-elle, devraient lui permettre de réaliser ses désirs (qui auraient peut-être pu les réaliser si elle n’avait pas choisi deux minables comme amants... qui sait ?). Entre illusions et triste réalité, Emma mène une vie insatisfaite qui se solde par un drame. Baudelaire pourtant la trouvait virile : énergie, imagination, goût pour la séduction, sont les qualités d’un homme selon lui. Elle est sublime parce qu’elle ne supporte pas la médiocrité et désire s’élever vers un idéal. Mais contrairement à une héroïne tragique, elle n'est pas assez lucide et forte pour vaincre son destin minable. Une autre lecture peut aussi laisser penser qu'Emma est tout simplement étouffée et rabaissée comme de nombreuses femmes de cette époque par une société patriarcale.

 

Insatisfaction, frustration, ennui : le bovarysme

Madame Bovary a été écrit par Gustave Flaubert et publié sous la forme d’un roman en 1857  (l'histoire était déjà parue en 1856, en feuilleton, dans la Revue de Paris). Le nom même de Bovary fait penser au latin bos, bovis qui signifie boeuf ou vache et qui rapproche la pauvre Emma d'une ruminante un peu stupide et surtout Charles d'un gros boeuf lourdingue. C'est en tout cas un des noms propres de la littérature qui a donné un nom commun : le bovarysme, une sorte d'insatisfaction perpétuelle, un sentiment de frustration né de rêves non réalisés.
 
Le personnage d'Emma Bovary a été interprété  de nombreuses fois au cinéma, retenons seulement le nom d'Isabelle Huppert dans le film de Claude Chabrol en 1991. C'est un roman et une figure littéraire qui a donné lieu à de nombreux essais, critiques, tentatives d'interprétation, études, oeuvres artistiques,  pastiches, nouvelles exploitations des personnages de Flaubert dans des romans, etc. En 2008, Daniel Bardet et Michel Janvier ont publié une adaptation fidèle du roman en bande dessinée (éditions Adonis).
Pour en savoir plus sur ces différentes adaptations : http://flaubert.univ-rouen.fr/derives/mb.php
 
Certains auteurs se sont amusés à écrire de nouvelles fins au roman de Flaubert ou se sont livrés carrément à une remise en cause totale de l'histoire telle que Flaubert essaie de nous la faire avaler ! Par exemple le livre de Philippe Doumenc Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary (Actes Sud 2007) montre qu'Emma ne s'est pas suicidée mais a été assassinée.  
A signaler aussi, une bande dessinée, par Posy Simmons en 2000 (Editions Denoël), dont le titre Gemma Bovery fait référence à Madame Bovary même si Gemma est une femme moderne et actuelle.