La marquise de Merteuil

Publié le par Le point de suspension

 

 merteuil-marquise.pngSur son aspect physique, au lecteur d’imaginer. Madame de Merteuil apparaissant dans un roman épistolaire, aucun des correspondants ne donne vraiment de détails sur elle. Laide ou belle ? Blonde ou brune ? Grande ou petite ? On l’imagine belle et bien faite, grande et élégante parce qu’elle sait séduire et attirer mais au fond qu’en est-il ? Elle peut très bien avoir un charisme extraordinaire et un pouvoir de séduction à tomber par terre en ayant des traits quelconques ou des bras de camionneurs, euh non, là ça ne colle pas. Bon, elle est belle, dangereusement belle.
 
Libertine par goût de la liberté
 
Quand elle était encore adolescente, on l’a mariée avec le marquis de Merteuil. Assez tôt, elle s’est retrouvée veuve mais, volontairement, elle ne s’est pas remariée pour ne pas avoir un mari qui ait sur elle le droit de se plaindre des fredaines qu’elle comptait bien commettre. Elle mène donc une vie de célibataire relativement libre et indépendante pour une femme du XVIIIème siècle, quoique dissimulée sous une façade d'honnêteté et de pruderie soigneusement entretenue. Elle choisit le libertinage, non par perversité mais parce qu’elle veut être libre, et elle se sert de ses charmes féminins pour se faire une place dans une société conformiste qui ne laisse guère de choix aux femmes. Elle refuse d’être l’esclave des hommes et préfère les soumettre par la séduction et la manipulation. Elle ne s’est donc pas privée d’avoir des liaisons pour le plaisir d’abord mais aussi par envie de dominer, pour affirmer sa liberté, pour remporter des victoires comme au jeu d’échecs où réflexion et maîtrise priment. Car jamais elle ne perd les pédales, elle possède en toutes circonstances une parfaite maîtrise de ses sentiments et de ses pensées. Elle ne tombe jamais amoureuse quoique… Valmont... Elle a eu une aventure avec le vicomte de Valmont, son ami, son alter ego, son rival, son ennemi et peut-être bien le seul homme auquel elle soit attachée et certainement le seul qui connaisse sa véritable personnalité.
 
L'erreur de Merteuil

La Marquise est intelligente mais cynique, orgueilleuse, manipulatrice, rancunière et revancharde. Son amant Gercourt veut la quitter pour épouser la petite Cécile, une virginale ingénue de grande famille. Grand bien lui fasse mais elle se vengera en faisant déflorer la jolie Cécile par un autre homme que Gercourt. En l’occurrence Valmont fera très bien l’affaire ! Il suffit de tirer les ficelles pour le faire aller là où elle le désire et ainsi faire tomber à la fois Cécile et Gercourt qui sera alors la risée de la haute société. Au passage, il est facile de se mettre dans la poche à la fois la crédule Cécile et son austère mère, Madame de Volanges. La marquise déploie auprès d’elles des trésors de dissimulation habile pour se faire passer pour vertueuse et sérieuse. Et puis pourquoi ne pas aussi devenir la maîtresse du jeune Danceny, amoureux transi de Cécile ? Et voilà le travail.

« Il m’appellerait perfide, et ce mot de perfide m’a toujours fait plaisir ; c’est, après celui de cruelle, le plus doux à l’oreille d’une femme, et il est moins pénible à mériter. » dit la Marquise dans une de ses lettres. On aurait pu l'aimer si elle n’avait joué des tours qu’au vilain Gercourt ou à la peu sympathique Mme de Volanges mais séparer Valmont de Madame de Tourvel, la femme qu’il aime profondément (pour une fois) ça c’était vache. Jalouse et mesquine sur ce coup-là. Que la petite vérole tombe sur la Merteuil, la punisse, et lui enlève un oeil ! Et toc ! c’est exactement ce qui lui tombe dessus. Voilà ce que c'est de vouloir intriguer et mener les autres à sa manière. On se retrouve avec la tronche vérolée, sans un radis et exilée en Hollande. Mais le roman est-il si moraliste que cette fin le laisse supposer ? Bien des interprétations sont possibles... La Marquise n'était-elle pas tout simplement amoureuse de Valmont depuis des lustres et n'a-t-elle pas fait l'erreur de ne pas le reconnaître ?
 
Annette Bening ou Glenn Close ?
 
Madame de Merteuil est le personnage central des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, roman épistolaire paru en 1782.
 
Glenn Close et Annette Bening lui ont prêté leurs traits dans des adaptations au cinéma : Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, Valmont de Milos Forman. Avant ces deux films sortis dans les années 80, Jeanne Moreau avait campé la marquise dans un film de Roger Vadim Les Liaisons dangereuses  (1959).
 
Pour en savoir plus sur les relations Valmont-Merteuil et sur le livre, jetez un coup d'oeil à l'article  Valmont
 

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