La Barbe-Bleue

Publié le par Le Point de Suspension

bluebeard

La Barbe-bleue est un grand seigneur, riche propriétaire, bon parti donc. Mais le pauvre est affligé d’un énorme défaut : il a la barbe bleue si bien qu’il fiche la trouille aux jolies filles.

 

 

 

Laid mais richissime

Ah oui ? Et comment a-t-il pu en épouser plusieurs alors ? Tss, vous n’avez pas bien lu… relisez donc la première phrase en étant attentif aux mots « riche », « propriétaire » et « bon parti ». Vous suivez ? C’est par son argent que la Barbe-bleue séduit les femmes malgré sa laideur et son aspect terrifiant. Une fois qu’elles ont séjourné dans son opulent château, mangé, dansé, fait la fête toute la nuit, elles se rendent compte qu’il n’est pas si vilain que cela et qu’il est bien élevé. C’est ainsi qu’il séduit une jeune femme du voisinage, fille d’une « Dame de qualité ». Oh ! On sait bien dans les environs qu’il a déjà épousé plusieurs donzelles, disparues sans laisser de traces. Il semble que personne ne s’interroge beaucoup sur la question… On est juste un peu « dégoûté » par ces disparitions mais après tout il est riche.
 

Entrera, n'entrera pas ?

La Barbe-bleue épouse donc la demoiselle et lui confie les clefs de la maison. Il teste son épouse voulant voir si elle respectera ses consignes en n’entrant pas dans une pièce dont il lui a pourtant confié volontairement la clef. Elle, un peu trop curieuse (légitimement : on a bien le droit de connaître toute la maison dans laquelle on vit, non ?) découvre en l’absence de son mari, les corps de plusieurs femmes dans la pièce où elle n’était pas censée fourrer son museau. Elle manque de mourir terrorisée mais elle est assez maligne pour cacher sa découverte et gagner du temps en comptant que ses frères qui doivent venir la voir arriveront assez vite pour la sauver de son tueur en série de mari, possesseur d’une clef magique sur laquelle les traces de sang frais sont ineffaçables. « Homme au cœur dur » (oui, il s’agit quand même d’un psychopathe !), la Barbe-bleue veut tuer sa femme qui a découvert ses macabres activités. Comme s’il était l’incarnation de la fatalité avec ses « il faut mourir » censés convaincre sa femme de la nécessité de se laisser trucider. Mais c’est lui qui meurt, sous les coups de ses beaux-frères arrivés à temps pour tirer d’affaire leur jeune soeur.

 

Une justice pour les tueurs en série

La curiosité féminine est peut-être un « vilain défaut » (que cette expression est agaçante) mais le meurtre en série est quand même plus grave et la Barbe-bleue est puni. Ouf ! On a eu peur que ce soit lui qui gagne à la fin. La dernière femme de la Barbe-bleue a quand même eu plus de veine que Trophime, la Bretonne du VIème siècle décapitée par son mari le roi Conor (ou Komor) qui tuait aussi ses épouses quand elles tombaient enceintes selon la légende dont Charles Perrault s’est peut-être inspiré. Une autre source d'inspiration de Perrault pourrait être le bien connu compagnon de Jeanne d'Arc, Gilles, baron de Rais et assassin condamné pour de multiples crimes sur des enfants et des adolescents. Gilles de Rais était, semble-t-il, surnommé Barbe-Bleue, peut-être en mémoire d'un certain Blue Bard sanguinaire pendant la Guerre de Cent ans. Mais ce n'est sans doute qu'un rapprochement entre une figure historique et le personnage d'un conte populaire connu et raconté depuis bien avant Gilles de Rais ou Perrault.

On peut se demander ce qui ce serait passé si la jeune femme n’avait pas ouvert le cabinet sanglant. La Barbe-bleue aurait-il mis fin à ses crimes en menant une existence paisible avec sa femme obéissante sur laquelle il aurait exercé son pouvoir absolu ? Le conte nous laisse entendre que si les femmes n’avaient pas été si fureteuses, si écervelées et si elles avaient obéi à leur époux qui les avait bien mises en garde, tout cela ne serait pas arrivé. Qu’est-ce qu’elle avait donc fait la première femme pour se faire liquider ?

Si la moralité du conte chez Perrault condamne la curiosité "qui coûte trop cher", peut-être pouvons-nous lire autrement ce conte effrayant : la curiosité est payante et la prise de risque finalement utile car la jeune femme hérite de tous les biens de son mari, peut aider sa famille et se remarier avec un brave type. La chance sourit aux audacieux et aux curieux, voilà la moralité de ce conte ! Bien sûr, la mariée a failli y passer, mais seule la fin compte dans les contes et la fin, ici, est synonyme de bonheur et de richesse...

 

Un conte inépuisable

La Barbe-bleue est une histoire tirée du recueil de Charles Perrault les Contes de ma mère l’Oye ou Histoires et contes du temps passé avec des moralités, paru en 1697.  Illustré au XIXème par Gustave Doré, il a fait l’objet de très, très nombreuses adaptations. Offenbach, Maeterlinck et Dukas, Bela Bartok notamment en ont fait des adaptations pour l’opéra. Méliès, Lubitsch, Christian-Jacque en ont fait des films. Sami Frey a joué la Barbe-bleue dans un film pour la télévision. Et bien sûr des tas de livres de contes ou d’albums pour enfants reprennent le thème et le personnage de la Barbe-bleue.

A noter la rigolote parodie de Grégoire Solotareff et Nadja Barbe-Rose, paru à l’Ecole des Loisirs, dans laquelle les auteurs inventent un frère à Barbe-Bleue, le fameux Barbe-Rose, qui reste caché au château et raccommode les femmes que son ignoble frangin a découpées en rondelles, pour les épouser toutes les trois et en avoir 27 enfants. Le livre a été ré-édité en 2009 sous le titre "Anticontes de fées".

 

Présentation vidéo d'un livre pop-up extraordinaire qui regroupe plusieurs personnages de contes, signé Benjamin Lacombe :

 

 

Quelques autres personnages de contes traditionnels :

Grisélidis

Raiponce

Le Joueur de flûte de Hamelin

Cendrillon

 

 

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