Bernarda Alba

Publié le par Le point de suspension

 

leopard.jpgBernarda Alba est un femme déjà mûre, de 60 ans, qui vit entourée de ses cinq filles célibataires qu’elle a eut de deux mariages : Angustias, 39 ans, Magdalena, 30 ans, Amelia, 27 ans, Martirio, 24 ans et Adela, 20 ans. Les filles sont cloîtrées par leur mère dans leur maison parce que leur père (ou beau-père en ce qui concerne Angustias), Antonio Maria Benavides, vient de mourir et qu’il leur faut respecter un deuil très strict pendant huit années comme le veut la tradition des années 30 dans ce village d’Andalousie.
 

"Face de léopard" ou le dressage à coup de claques

Dans la maison vit aussi la mère de Bernarda, Maria Josefa, une vieille dame de 80 ans, sénile que sa fille traite durement et cache par honte vis à vis  des voisins. Maria Josefa appelle sa fille « face de léopard » ce qui donne une idée de l’affection qu’elles se portent.
 

Bernarda semble être une femme pieuse comme tend à le montrer son désir de respecter le rite religieux du deuil, sa pratique du jeûne, sa fréquentation de l’église. Pourtant elle est dure, tyrannique, intolérante. Ses principes rigides, son souci des convenances extrême, sa peur du qu’en dira-t-on l’enferment dans le carcan d’une vie sans intimité et sans joie. « Ce que je veux c’est une belle façade […] ». Son temps passe à juger ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, à condamner les actes et les attitudes des autres, à commencer par ceux de ses propres filles adultes. Elle maintient sous son joug ses servantes et ses enfants tenues de vivre derrière les volets fermés, derrière les « rideaux de jute bordés de volants et de pompons », sous leurs vêtements noirs. Elle les dresse à coup de gifles voulant effacer de leur esprit (en vain) tout désir en particulier celui d’aimer et d’être aimée. « J’ai des chaînes pour chacune de vous » dit-elle à ses filles. De plus, elle est snob et prétentieuse préférant voir ses filles mourir de chagrin plutôt que les laisser épouser un homme qu’elle juge au-dessous de leur condition (cas de Martirio qui aurait pu épouser l’homme qu’elle aimait si sa mère avait accepté). La vie dans la maison de Bernarda Alba est pire que celle d’un couvent.  La seule sortie permise est l’office à l’église.
 
Fiancés interdits sous peine de coup de fusil
 
Pourtant Bernarda autorise Angustias à recevoir, à la fenêtre, la visite de Pepe le Romano, le joli cœur du village intéressé par la dot de l’aînée qui a hérité de son père, le premier mari de Bernarda. Mais c’est avec la plus jeune et jolie, la rebelle Adela, la seule des cinq filles à n’être pas totalement résignée et soumise que Pepe a une liaison. Quand le secret de Pepe et Adela est mis à jour, Bernarda sans pitié, poussée par son désir de domination, par sa rigueur morale, par la crainte du scandale, chasse Pepe à coup de fusil. Martirio laisse croire à Adela que Pepe est mort, acculant ainsi sa plus jeune sœur au désespoir et au suicide avec la complicité de leur mère. Bernarda n’a aucune compassion pour les sentiments de ses filles qui ont soif d’amour tout en étouffant d’amertume, d’envie, de jalousie et d’hypocrisie. Et quand Adela meurt, tout ce qui importe à ce cœur sec c’est la réputation de sa fille : elle veut qu’on croit qu’elle est morte vierge et pure et peu importe le chagrin et la tristesse.
 
Les violences sous-jacentes de la société espagnole
 
La Maison de Bernarda Alba (La Casa de Bernarda Alba) est une pièce en trois actes aux personnages uniquement féminins, écrite en 1936 par Federico Garcia Lorca alors qu’il se trouvait en prison en Espagne sous le régime de Franco, juste avant qu’il ne soit condamné à mort. Il ne l’a donc jamais vue sur scène car elle fut publiée et montée en 1945 en Amérique du Sud. Elle ne sera jouée en Espagne qu’en 1964. Dénonçant les excès et les violences d’une société traditionaliste, emplie de préjugés moraux, l’injustice, elle est une des pièces les plus jouées dans le monde. 
Il existe une adaptation cinématographique de la pièce : un film de Marios Camus avec Irene Gutiérrez Caba dans le rôle de Bernarda Alba (1987). 
 

 

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