Maria Chapdelaine

Publié le par Le point de suspension

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Maria est une jeune paysanne québécoise, belle et forte (ce qui n’est pas synonyme de grosse mais plutôt de saine, en bonne santé).

 

Une famille de pionniers
 
Elle est la fille de Laura et Samuel Chapdelaine. Ce dernier a la passion du défrichement. Cinq fois déjà il a bâti une maison au cœur de la forêt, toujours plus vers le Nord, défriché des terres, cultivé des champs. Mais quand d’autres pionniers venaient s’installer près de chez lui, l’envie de repartir le reprenait. C’est pourquoi Maria, sa petite sœur Alma-Rose et ses trois frères se retrouvent en pleine forêt sur le bord de la rivière Péribonka, dans un pays austère et rude où l’hiver dure de septembre à mai, où la vie est un long labeur ininterrompu de 4h du matin à 21h, et où les hommes sont simples, souvent illettrés et s’appellent Eutrope, Edwige, Racicot ou Télesphore.
 
Maria choisira-t-elle la voie rude des bûcherons ?
 
Maria est une fille simple, honnête, travailleuse, dévouée à sa famille. Patiente et calme, elle reste silencieuse et réservée même quand les hommes lui déclarent leur amour et la demandent en mariage. Après la mort de son amoureux bûcheron François Paradis, Maria hésite : elle était prête à suivre François dans les bois mais, à présent qu’il n’est plus là, elle se sent incapable de mener cette vie acharnée, ingrate et pénible de paysans colons. Entre ses deux nouveaux prétendants, Eutrope Gagnon, le cultivateur, et Lorenzo Surprenant, le jeune émigré aux Etats-Unis, employé et citadin, elle choisit le second. Pour ne pas vivre comme ses parents et s’user dans la solitude des forêts.
 
Ou celle apparemment plus douce des citadins ?

 

Pourtant quand sa mère meurt et que son père lui parle d’elle, de son courage, de sa bravoure et de la grande affection qu’il lui portait, Maria se dit que, oui, elle pourrait vivre comme sa mère a vécu. Peiner et souffrir comme elle dans cet univers froid mais avoir une vie pleine des « cent douceurs » de cette contrée : la nature, les animaux, l’intimité de la maison fermée en hiver, la paix apportée par la neige. Certes la vie en ville est plus facile financièrement, tout est à portée de mains, tout y est plus excitant, mais le calme des bois, la brise, le soleil, le silence, la langue, les amis, son peuple de paysans venus de France, sa famille, la foi simple des habitants… Maria ne peut y renoncer. Elle décide de rester au « pays de Québec », d’épouser Eutrope au printemps prochain et de vivre comme ses parents ont vécu.

 

On peut interpréter ce choix de Maria de différentes manières : Maria est une idiote bornée et résignée qui reste dans sa cambrousse miséreuse (version sombre) ou Maria acquiesce joyeusement à sa future vie dans les grands espaces choisie librement (version heureuse). Au lecteur de voir…

 

Le grand roman du Canada signé par un ... Breton !
 
Maria est l’héroïne du roman Maria Chapdelaine de Louis Hémon, publié en 1914. Le grand roman classique canadien ! Ecrit par un Français de Bretagne, ah, ah, ah ! ça c’est marrant. Un récit du terroir qui évoque le Québec des pionniers, l’hiver canadien, les valeurs des habitants (la terre, la religion chrétienne, la famille, la langue, l’attachement à la France). Certains critiques pensent que Louis Hémon a écrit un pastiche des romans traditionnels régionalistes et un simple roman d’évasion à destination du public français, témoignage direct et quasi ethnographique de ce que l’auteur, séjournant à Péribonka, a vu. Il semblerait qu’une demoiselle Eva Bouchard ait inspiré Hémon pour esquisser sa Maria. Madeleine Renaud fut Maria dans le film de Julien Duvivier en 1934 (Jean Gabin y jouait François Paradis). Michelle Morgan incarna également Maria dans un film de 1950 mis en scène par Marc Allegret (mais sans Gabin). Plus proche de nous, Carole Laure joua Maria en 1984 dans un film télévisé de Gilles Carle.
 
 

 

 
 

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