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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Simon Green

Simon Green

 

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Imaginons une école au fin fond de la cambrousse du Missouri. Précisons que nous sommes en 1860.

 

 

Pas stupide, non, mais pas scolaire non plus 

 

Simon Green est un élève de cette école où enseigne l’élégante Miss Rogers. Malgré tous les efforts de cette dernière dont on ne doute pas des qualifications, Simon est encore au CE1 à quinze ans. Bon, tout de suite vous pensez que Simon est un abruti. Mais, bien que sa propre tante le traite de « cervelle d’oison », Simon n’est pas un abruti. Pour se débarrasser de lui et parce qu’elle l’aime bien quand même, Miss Rogers refile son diplôme à Simon et le voilà libéré des obligations scolaires. Simon va devoir se trouver une occupation parce qu’à la ferme de son oncle et de sa tante où il a grandi (la mère de Simon est morte et son père est parti quand il avait 4 ou 5 ans), on ne veut pas vraiment de lui. Et puis c’est un grand gaillard avec du poil au menton à présent, il est censé se débrouiller tout seul.

L'idée du siècle pour faire fortune, le rêve américain

En passant près de l’élevage de dindes d’un voisin, il a une idée pour se lancer dans les affaires : acheter des dindes pour aller les revendre en ville, à Denver précisément, et se faire un gros bénéfice. Entre son village et Denver la distance est de mille kilomètres. On peut donc en conclure soit que Simon est entreprenant, soit qu'il est cinglé en voulant convoyer un troupeau de plusieurs centaines de dindes (vivantes) sur une telle distance dans l’Ouest sauvage peuplé d’Indiens bien évidemment, de bandits, de sauterelles, de déserts, de montagnes, de poussière.

"Dindon-boy"

Vous l’aurez compris Simon entreprend une odyssée, un voyage initiatique, une aventure rocambolesque en forme de western, afin de prouver à tout le monde qu’il a de la suite dans les idées et que non, décidément, il n’a pas qu’une « cervelle de p’tit pois ». C’est un peu le rêve américain : vous êtes nul à l’école, pas du tout soutenu par une famille indifférente, avare et moqueuse mais si vous avez de l’énergie et de l’esprit d’initiative vous pouvez mener à bien un projet. Pour peu que votre ancienne instit, un espèce d’hurluberlu ivrogne, un jeune esclave en fuite vous fassent assez confiance pour vous avancer un peu d’argent, un chariot et de l’affection (enfin, pour l’affection ce n’est pas un prêt, c’est un don), l'affaire roule. Et cette affection que ses amis lui portent, il la mérite Simon : il est gentil, il se fiche de l’opinion des autres, « le dindon-boy montant son moche mulet » lui passe au-dessus de la tête, il sait faire confiance aux autres et les accepter comme ils sont mais il est assez malin pour se méfier des filous notamment de son propre père qu’il retrouve par hasard en chemin.

Au final, ce voyage lui réussit : il devient prospère, peut acheter ses propres terres pour s’installer comme éleveur mais plus important que tout il s'est lié d’amitié avec Jabeth, le jeune Noir, a trouvé l’amour avec Lizzie et un nouveau père en la personne du vieil ex-alcoolique Monsieur Peece. Ah ! ça avait l’air d’être chouette d’être une pseudo-nouille en Amérique au temps où l'administration ne vous cassait pas les pieds avec des formulaires...

Inspiré des réels convois de dindes

The Great turkey walk de Kathleen Karr est paru en 1998 aux Etats-Unis puis en 1999 en France, édité par l’Ecole des Loisirs dans la collection « Neuf » sous le titre La Longue marche des dindes. L’auteur signale en fin d’ouvrage qu’elle s’est inspirée de faits réels : des troupeaux de volailles étaient régulièrement acheminés depuis les élevages vers les grandes villes avant que le train ne soit installé : un des plus sûrs moyens d’avoir de la viande fraîche pour les citadins. C'est en tout cas une jolie histoire et ce Simon Green est un héros simple et attachant.