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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Winston Smith

Winston Smith

 

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Winston a trente neuf ans, un ulcère variqueux à la jambe et vit au septième étage d’un immeuble aux ascenseurs perpétuellement en panne.
 
 
 
 
 
 
 
Loin d'être l'Apollon du quartier
 
C’est un homme assez frêle, maigrelet, aux cheveux blonds, qui n’a rien de notable dans son apparence d’autant plus qu’il est vêtu de la combinaison bleue réglementaire portée par tous les membres du Parti extérieur. Il vit à Londres, une ville délabrée, bombardée, en ruine, qui appartient à la première Région aérienne, dans les provinces de l’Océania.

 

Employé au Ministère de la Vérité (le Miniver en novlangue), dans la section du Commissariat des Archives, Winston est un gratte-papier et un falsificateur : son temps de travail est occupé à modifier des articles de journaux, des statistiques, des discours, toutes sortes de documentation d’information et d’histoire pour qu’ils soient conformes à ce qui a été décidé par le Parti et son leader Big Brother (et le Parti peut changer d’avis du jour au lendemain, passer d’une opinion à son contraire en deux temps trois mouvements).
 
Du temps où la vie était mieux

 

Autrefois il a eu des parents et une sœur mais ceux-ci ont disparu dans les années 1950 alors que Winston avait une dizaine d’années. Il se souvient vaguement de son enfance comme d’une époque de paix suivie de bombardements et du début d’une guerre larvée et incessante qui dure encore d’ailleurs en 1984. Winston a été marié. Ou plutôt est toujours marié à Catherine, une femme qu’il n’a pas vu depuis des lustres. Ils sont restés environ quinze mois ensemble mais vu la stupidité de Catherine, son obéissance aveugle envers le Parti et leur impossibilité d’engendrer un enfant, ils se sont séparés et ne se sont jamais revus. Winston a l’air d’être un citoyen modèle, qui fait bien son travail mais au fond de lui, il se souvient d’un temps où la vie était différente. Sa mémoire le travaille, il s’interroge sur la société océanienne, son passé et commence à tenir un journal, ce qui pourrait lui valoir la mort ou vingt cinq ans de travaux forcés.
 
Sous la coupe de Big Brother

 

Et la dictature de Big Brother ne se réduit pas à l’obligation de jouer au ping-pong pendant les soirées communautaires et de faire de la gym le matin façon Véronique et Davina (deux énervées de l’aérobic qui sévissaient à la télé dans les années 80, cette précision est pour les plus jeunes qui n’auraient pas connu ce duo légendaire). Ce n’est pas non plus seulement une cuisine insipide, le travail absurde, le fait d’avoir des difficultés pour se fournir en produits simples comme des chaussettes ou du savon. Océania c’est aussi devoir cacher ses émotions et ses pensées à longueur de journée et devoir participer chaque jour aux Deux Minutes de la Haine pendant lesquelles on trépigne devant un écran en lançant des slogans haineux contre un ennemi dont on ignore tout (incarné ici par Goldstein un soi-disant opposant au Parti). C’est être surveillé en permanence quoique l’on fasse puisque on est espionné par écran dans son propre salon, ne pas pouvoir avoir des relations amicales ou sexuelles libres, avoir des enfants tellement embrigadés qu’ils pourraient vous dénoncer à la moindre de vos paroles. Etre habitant de l’Océania c’est vivre dans un pays en guerre contre les deux autres grandes régions du globe, l’Estasia et l’Eurasia (un jour on est allié de l’un contre l’autre, le lendemain c’est l’inverse), voir disparaître sa langue au profit d’une langage technocratique, le Novlangue, très pauvre en mots et en notions ce qui ramollit inévitablement la pensée. Ceci n’est qu’une toute petite partie des atrocités commises par le Parti au nom de « l’Angsoc » une doctrine qui a dû être socialiste un jour et n’est plus qu’une tyrannie qui oblige les citoyens à croire ce qu’elle décide et qui divise sévèrement la société en trois : le Parti intérieur (les dirigeants), le Parti extérieur (la bureaucratie subalterne) et les prolétaires (travailleurs pauvres qui survivent comme ils peuvent). Un seul mot d’ordre : « La liberté, c'est l'esclavage. L'ignorance, c'est la force. La guerre, c'est la paix. » .  

 

Dans cette société fermée, Winston tombe amoureux de Julia qui comme lui appartient au Parti extérieur. Mais leur amour est condamné. Ils pensent pourtant rejoindre la Fraternité, une mystérieuse organisation qui lutte contre le pouvoir en place. Ils sont contactés par O’Brien, membre du Parti intérieur, qui semble appartenir à la Fraternité. Mais celui-ci est un agent de la Police de la Pensée et Julia et Winston sont arrêtés. Winston apprend qu’il était dans le collimateur de O’Brien depuis très longtemps et que la Fraternité est un leurre. Il est torturé, rééduqué de manière à accepter n’importe quelle baliverne que le moustachu Big Brother (aurait-il une ressemblance avec un personnage ayant gouverné l’Union Soviétique dans la première moitié du XXème siècle ?) lui demandera de croire. Et, sorti des griffes du Ministère de l’Amour, alors qu’il n’est plus qu’un homme brisé, vieilli et ivrogne, qu’il a renié ses croyances, renoncé à sa mémoire et trahit Julia, il devient un fervent admirateur du moustachu.
 
En l'an 1984...

 

Winston Smith est le héros malheureux du roman de George Orwell 1984  édité en 1949 qui décrit une société totalitaire : embrigadement de la jeunesse, propagande, culte du chef, parti unique, croyance en un progrès sans fin, surveillance et encadrement des masses par des méthodes fondées sur la peur, la délation, la privation, la désinformation, etc. Un livre sur un possible (et atroce) futur qui a marqué des générations de lecteurs et donné vie à de nombreuses interprétations et adaptations et qui encore aujourd’hui permet de réfléchir sur la politique, la société, le progrès technologique, la liberté, la vérité, l'histoire et tout ce qui pourrait arriver si…