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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Côme Laverse du Rondeau

Côme Laverse du Rondeau

 

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15 juin 1767. Après un orageux repas de famille pendant lequel il refuse de manger des escargots, Côme Laverse de Rondeau grimpe dans un arbre.

 

La tête dans les feuilles

Par esprit de rébellion, le jeune adolescent (il n’a que douze ans) se réfugie dans les branches et n’en redescendra plus jamais de sa vie. Jamais. Et voilà pour le suspense ! Nous venons de dévoiler la fin à ceux qui n’auraient pas lu le livre : sachez que Côme ne remettra plus jamais un pied sur la terre ferme. Mais que cela ne vous empêche pas de vous plonger dans ses aventures, car sur son arbre (sur ses arbres, il se déplace) il va lui en arriver des histoires. Peut-être même plus qu’au commun des hommes qui vit en bas. Voyons de plus près qui est ce gamin têtu et fantasque…


Une famille originale

Côme est le fils d’Arminius Laverse du Rondeau, un baron traditionaliste rêvant au titre de duc qu’il n’aura jamais, possédant une villa à Ombreuse dans la République de Gênes où il vit avec sa petite famille : sa femme, Konradine Von Kurtewitz, appelée la Générale car elle est fille d’un général autrichien, leur fille Baptiste et leur dernier fils Blaise qui a huit ans. Baptiste, jeune fille légèrement cinglée, aime chasser le rat la nuit avec un fusil et faire la cuisine façon sorcière en mélangeant des ingrédients peu orthodoxes (foie de rat, pattes de sauterelles, porc-épic). En quelque sorte c’est par elle que tout arrive car c’est parce qu’il refuse d’ingérer les escargots préparés par sa sœur et qu’il entre en conflit avec leur père à cause de cela que Côme quitte la maison. Au début sa famille pense à un caprice et reste persuadée qu’après quelques heures il va descendre mais le garçon s’entête.

Avec un peu d'organisation, la vie dans les arbres c'est possible

Côme se rend compte qu’il est très facile de passer de branche en branche pour vagabonder dans tout le parc puis dans les jardins voisins puis dans tout le bois, autour du village et dans le village. Il organise donc tout naturellement sa vie dans les arbres inventant des systèmes pour manger, boire, se laver, faire ses besoins, parler, se déplacer, s’amuser, lire, rencontrer des gens sans jamais toucher le sol. Les villageois, sa famille s’habituent à le voir au-dessus de leurs têtes. Il est considéré comme un original, un doux dingue, un fou pas dangereux. Il se lie avec une bande de gosses chapardeurs, puis avec un brigand.

On peut même avoir une vie sociale et amoureuse intense

De contestataire au départ, son mode de vie semble rentrer dans le rang car finalement il a une vie sociale, il s’instruit et se passionne pour les sciences et techniques (avec son précepteur, par les livres, par l’observation de la nature comme tout noble savant des Lumières), il aide son prochain (il sauve la forêt d’un incendie, il débarrasse la population de pirates, s’intéresse au sort d’autrui…). A la mort de son père, il devient baron. A dix neuf ans, il tombe amoureux d’Ursule, une adolescente qui appartient à une petite communauté d’Espagnols en exil, eux aussi perchés dans les arbres. Mais Ursule le quitte quand elle retourne dans son pays. Pendant quelques années on lui prête un tas de liaisons mais rien de sérieux jusqu’au retour de Violette.

Sophonisbe Violette Violante de Rivalonde n’est pas une inconnue pour Côme : ils se sont rencontrés le jour même où Côme est monté dans un arbre. Elle était alors elle aussi une enfant, petite voisine pleine de malice et déjà dotée d’un caractère énergique (c’est un euphémisme, en réalité Violette était une mini-harpie). Partie en pension, mariée, elle revient à Ombreuse en jeune veuve de vingt et un ans richissime. Côme et Violette s’aiment passionnément mais ne se comprennent pas. Après qu’elle l’ait quitté, Côme devient extravagant. Disons qu’il l’était déjà mais là il devient de plus en plus sauvage. Est-il un philosophe, un génie ou un fou furieux ? Il est célèbre en tout cas dans toute l’Europe. Il fait même la connaissance de Napoléon dans une rencontre qui rappelle explicitement celle de Diogène et d’Alexandre le Grand sauf que, ici, le politique puissant demande au sage marginal de lui faire de l’ombre au lieu que ce soit le sage qui demande au puissant de dégager de son soleil.

A la fin de sa vie, usé par la vie au grand air, il tombe malade. Va-t-il enfin descendre ? Non il trouvera une manière insolite d’achever sa vie et sa mort sera aussi abracadabrante que sa vie. La question de savoir si le baron était un philosophe ou pas n’a guère d’importance. C’est un homme qui a été au bout de ses idées, qui a mis en pratique sa pensée. Il a voulu écrire un traité sur une société idéale mais n’est pas arrivé au bout : ce n’est pas un théoricien. Il a vécu ce qu’il était, ce qu’il pensait.

Un conte philosophique peut-être pas si déjanté qu'il en a l'air

Le Baron perché écrit par Italo Calvino en 1957 fait partie d'une trilogie intitulée Nos ancêtres (Le Vicomte pourfendu, Le Baron perché et Le Chevalier inexistant). Ce livre a été qualifié de roman d’aventure, de roman historique, de conte philosophique, de fable fantaisiste, etc. 
On peut peut-être déplorer que la force d’un personnage poète mettant en pratique la désobéissance civile en choisissant un chemin non balisé et un mode de vie insubordonné par rapport à son époque, à son milieu social, à la société en général, se perde un peu en route dans une histoire de plus en plus improbable (au départ la vie de Côme dans les arbres est très plausible) et un poil moralisatrice. On aurait aimé que Côme dise à Napoléon d’aller se faire voir chez les Grecs comme l’avait fait Diogène avec Alexandre. Mais bien entendu à chaque lecteur de se faire une idée sur Le Baron perché...