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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Serge Mouret

Serge Mouret

 

égliseFils de François Mouret et de Marthe Rougon, Serge a perdu ses parents et vit avec sa sœur Désirée, jeune femme de 22 ans simplette, et avec une vieille bonne la Teuse. Tous trois habitent dans un pauvre presbytère appartenant à une minuscule paroisse rurale provençale, les Artaud, dont l’église tombe en ruine et dont les paroissiens sont bien peu pieux.

 

Un jeune exalté


Serge aime beaucoup sa sœur mais elle le dégoûte un peu avec sa vitalité sensuelle, son amour des animaux et de la nature. Il a 26 ans mais le cœur et l’âme d’un enfant de 8 ans. Hyper sensible, émotif, il est capable de tomber carrément par terre foudroyé par la fièvre quand il comprend que le malaise diffus dont il avait été la proie toute une journée a été causé par sa rencontre avec Albine. Boum comme ça, il n’y a pas beaucoup de jeunes hommes qui s’évanouirait et serait délirant de fièvre pendant des jours entiers au fond de leur lit parce qu’ils sont amoureux. Il faut dire que Serge n’a encore rien vécu d’une vie d’adulte ordinaire et qu'il est excessif dans ses passions. Sa vocation a été éveillée et entretenue par l’abbé Faujas (le même abbé qui cause la perte des parents de Serge). Ainsi enfant dévot et rêveur, on l’envoie au séminaire où il grandit dans une profonde adoration de la Vierge (la seule figure féminine de son univers tout masculin). Il a passé toute son adolescence et le début de sa vie d’adulte dans la contemplation, s’entraînant à oublier son propre corps, ses sens et le monde environnant, rêvant à devenir un saint humble et tout entier tourné vers Dieu. Ses extases, sa foi naïve et emportée auraient peut-être dû interpeller ses supérieurs au sein de l’Eglise mais il semble que personne ne se soit rendu compte de l’exaltation de ce jeune homme.


Une graine d'ermite vite ramenée sur terre


Venu volontairement dans un village perdu, voulant volontairement rester ignorant pour ne pas perturber sa foi inébranlable, il vit plus comme un ermite que comme un curé, plus préoccupé de sa vie intérieure que de ses paroissiens. « Il avait rêvé un désert d’ermite, quelque trou dans une montagne, où rien de la vie, ni être, ni plante, ni eau, ne le viendrait distraire de la contemplation de Dieu. » A sa manière lui aussi est un innocent et un simple d’esprit.  Aussi peut-il être foudroyé quand il tombe en amour pour une personne réelle et bien en chair ! C’est un peu comme s’il s’était endormi enfant et réveillé à 25 ans en découvrant qu'il a un corps, des sensations, des pulsions, des sentiments. Rencontrée par hasard, quand il accompagne son oncle, le docteur Pascal, en visite chez Jeanbernat, philosophe, libre-penseur et original local, Albine, nièce de Jeanbernat, va totalement bouleverser la vie de Serge Mouret en éveillant sa sensualité et en embrasant ses sens.

 

L'amour au Paradou

 
Pendant sa maladie il est soigné avec beaucoup d’attention et d’affection par Albine à qui le docteur Pascal a confié son neveu. Ils cèdent à leurs pulsions amoureuses. Mais Serge, qui avait quasiment oublié qui il était et ce qu'il était c’est-à-dire prêtre, est rappelé aux dures réalités de son métier par le frère Archangias, un moine violent et fanatique, qui le force à quitter Albine et les douces joies du Paradou, le jardin extraordinaire où ils vagabondent et s’aiment comme deux enfants dans la propriété gardée par Jeanbernat. Un paradis qu’ils quittent contraints et forcés et qu’ils ne peuvent retrouver : quand Albine revient chercher Serge dans son église et qu'il décide de la rejoindre dans le Paradou, ce n’est plus comme la première fois, Serge se montre froid, c’est l’automne, la magie a quitté le beau jardin à la végétation extravagante. Il semble que cet épisode amoureux avec Albine ait été nécessaire à Serge pour trouver l’équilibre qui lui manquait et se dévouer à sa tâche avec une foi consolidée. Pourtant le jeune curé ne retrouve jamais la paix de l’âme et ce, non pas parce qu'il a commis le péché de chair, mais parce qu’il a commis la double faute d’abandonner une toute jeune fille, amoureuse, influençable, exaltée et mortellement désespérée et de ne pas avoir su suivre son inclination qui l’aurait conduit vers un amour partagé, une vie heureuse. Au lieu de cela il s’est condamné lui-même à une vie chaste, dévote mais triste.

 

Un jeune curé disséqué par Zola

 
Serge Mouret apparaît dans plusieurs romans de la série Les Rougon-Macquart d’Emile Zola. Son enfance est évoqué dans La conquête de Plassans dont les personnages principaux sont les parents de Serge. Lui est le personnage principal du cinquième de la série : La faute de l’abbé Mouret paru en 1875. Le roman qui met en scène un jeune prêtre déchiré entre sa passion pour l’Eglise et celle pour une femme a été adapté au cinéma en 1970 par George Franju avec Francis Huster dans le rôle de Serge Mouret. Serge Mouret est présent aussi dans un autre volume de la série des Rougon-Macquart, consacré à son oncle Pascal, Le Docteur Pascal.