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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Ichabod Crane

Ichabod Crane

 

Colons hollandaisPas très loin de Tarrytown, petite ville sur les bords de l’Hudson, se trouve une vallée très paisible et très isolée qu’on appelle le « Val dormant ». En cette fin de XVIIIe siècle, elle est peuplée par des descendants des colons hollandais qui n’ont rien oublié des légendes européennes et des mystérieuses créatures fantastiques qui les traversent. Ainsi aiment-ils à se raconter l’histoire d’un soldat allemand sans tête (il l’a perdu pendant un combat) qui sort la nuit de sa tombe pour chercher la partie qui lui manque.
 

Ichabod, l'instituteur doux dingue

 

C’est dans cette vallée endormie et quelque peu superstitieuse que vient s’installer un jeune maître d’école venu du Connecticut. Ichabod Crane, tel est son nom, est un grand échalas aux longs membres maigres et aux grands pieds. Il a un aspect ridicule avec sa petite tête, son long cou, ses énormes oreilles en « roues de charrette », ses yeux « verts vitreux » et son « long nez de bécassine ». Un véritable épouvantail dégingandé et vêtu de noir qui aurait pu jouer dans les Exercices de Style de Queneau (voir Théodule) si celui–ci les avait écrit au XIXe siècle. Vous aurez noté qu’on est très loin du portrait de Johnny Depp !

Ichabod est un maître d’école pauvre qui survit en se faisant inviter par les fermiers du coin dont il instruit les enfants et qu’il aide par de menus travaux. Il est tellement pauvre qu’il ne possède que deux chaussures et demie, deux cols, deux paires de bas de laine, une vieille culotte, un vieux rasoir, une flûte, quelques livres et des bribes de poésie écrites de sa main. S’il n’hésite pas à user de la baguette sur les gamins pas sages, il est apprécié des paysannes et des tout-petits dont il sait s’occuper. Doté d’une belle voix, il apprend également le chant aux enfants et chante aux offices religieux. Ichabod est un honnête instituteur mais il a un gros défaut : sa crédulité. Il croit au surnaturel, aux pouvoirs magiques, aux contes de bonne femme et à l’existence des créatures fantastiques, dont, bien sûr, le cavalier sans tête.

 

Pas beaucoup de succès auprès des demoiselles

 
Ichabod est amoureux d’une de ses élèves du cours de chant, Katrina Van Tassel, jolie et élégante demoiselle de 18 ans, fille d’une riche fermier. Il a la ferme intention de l’épouser… quand il se sera débarrassé de ses prétendants. Son principal rival est Abraham Van Brunt, plus familièrement surnommé Brom, un beau garçon plein de vigueur et de malice, très admiré dans le village (surtout par les filles). Un adversaire de taille donc pour le pauvre et laid Ichabod mais celui-ci a beau être naïf, il n’en est pas moins persévérant et assez malin pour ne pas attaquer son rival de front. Il mène sa petite cour tranquillement et avec douceur, s’insinuant dans les bonnes grâces de sa belle en lui rendant service et en lui racontant des histoires. Brom, n’étant pas dupe de la stratégie d’Ichabod, entreprend de lui faire peur de toutes les manières possibles en multipliant les blagues douteuses. Un jour, Ichabod est invité à une fête chez les Van Tassel au cours de laquelle, primo, il danse de manière si désordonnée et si acharnée que les invités pensent qu’il va se disloquer (Ichabod, quant à lui, est persuadé que sa manière de danser va faire tomber raide Katrina), secundo, il demande la main de son aimée qui l’éconduit. C’est lors de cette nuit fatidique, quand la jeune fille démolit ses espoirs de mariage et d’opulence, qu’Ichabod rencontre le cavalier sans tête. Ou plutôt que le cavalier sans tête lui court après…

 

Victime d'une mauvaise blague ?


Dans La Légende du cavalier sans tête (aussi appelée La Légende du Val dormant dans certaines traductions), une nouvelle inspirée par le folklore allemand et publiée en 1820, Washington Irving met en scène un pauvre type naïf temporairement victime de ses propres terreurs et de la propension à la moquerie d’un jeune coq village.

 

Le film que Tim Burton a tiré de cette courte histoire, Sleepy Hollow, la légende du Cavalier sans tête (1999), n’a pas grand-chose à voir avec le récit original d’Irving. Dans le film, si Ichabod Crane (Johnny Depp), un policier scientifique qui a vécu une enfance traumatisante auprès d’un père puritain et d’une mère féerique et a des manies ridicules, il tire son épingle du jeu en se mariant avec la belle héroïne et en résolvant le mystère du Cavalier. Dans la nouvelle, on ne trouve pas de satanique belle-mère, ni de petites filles qui rencontrent l’atroce créature sans tête, ni de manigances de notables, ni de morts en série, ni de Katrina dessinant des figures protectrices à la craie, etc. En revanche on y trouve une subtile ironie et une ambiance à la fois douce et poétique, pas du tout horrifique, qui font regretter qu’Irving n’ait pas écrit une histoire un peu plus longue. Si l’adaptation très infidèle de Burton est la plus connue, cette très belle  et très drôle histoire a été plusieurs fois adaptée au cinéma et à la télévision aux Etats-Unis, notamment par les studios Disney en 1949. La version de Disney s'appelle Le Crapaud et le maître d'école (The Adventures of Ichabod and Mr. Toad en V.O.) et réunit deux films d'animation sous le même titre, le premier évoque les personnages du Vent dans les saules et l'autre Ichabod et ses aventures.