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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Ulysse Mérou

Ulysse Mérou

 

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Un prénom glorieux de héros grec, un nom de famille ridicule de poisson dodu à grosses lèvres et yeux globuleux, voilà notre Ulysse Mérou en route vers Bételgeuse.

 

 

 

Choisi un peu par hasard...


Ulysse est un journaliste, biologiste de formation, qui n’a jamais fait parler de lui, sans famille et joueur d’échecs. Ces deux dernières caractéristiques l’ont fait choisir par le professeur Antelle pour participer à une exploration spatiale. Non, le professeur Antelle ne l’a pas choisi pour ses grandes qualités humaines, ses connaissances approfondies en astronautique ou en tout autre science bien utile dans un voyage interstellaire mais parce qu’Ulysse sait se débrouiller avec un échiquier. De plus, s’il meurt, cela n’attristera personne. Tout baigne, en route ! C’est ainsi que ce cher Ulysse se trouve embarqué pour un voyage de deux années, enfermé dans un vaisseau avec le professeur et un jeune physicien nommé Arthur Levain.


... il va se révéler plus malin que les autres


Ulysse est prêt à payer de sa personne pour faire progresser la connaissance scientifique. C’est un homme intelligent et observateur, qui est capable de comprendre assez rapidement une situation donnée et de s’y adapter au mieux, quitte à se couvrir de ridicule pour passer inaperçu comme il n’hésite pas à le faire avec ses compagnons sur la planète Soror (elle semble très similaire à la Terre d’où son nom) où ils ont débarqué. S’il lui arrive au cours de ses pérégrinations d’être en proie à la panique voire à une terreur paralysante, il s’efforce toujours de réfléchir et de garder un certain sang-froid. Dans des situations où bien d’autres auraient perdu la boule, Ulysse arrive à la garder ce qui est d’autant plus méritoire qu’il est tout nu (ses congénères lui ont arraché ses vêtements dès son arrivée sur Soror) donc plus vulnérable. Par exemple quand il sert de gibier lors d’une chasse à l’homme pendant laquelle celui qui tient le fusil n’est pas humain, Ulysse tâche de fuir alors que son compagnon Arthur, fou de terreur, est immédiatement abattu comme un lièvre un dimanche d’ouverture de la chasse dans nos campagnes. Quant au professeur Antelle, s’il ne devient pas mort, il devient bel et bien fou. Et tant pis pour la réprésentation sur Soror de la digne science terrienne.


Vraiment plus malin ?


Bon, Ulysse n’a pas été si rusé que ça puisqu’il s'est fait attraper. Prisonnier, réduit à l’impuissance, en proie au désarroi, il tâche de ne pas devenir cinglé. Il est seul dans un environnement très hostile, sans aucun allié, sans aucun vêtement, dans une cage, sans aucune possibilité de quitter Soror puisque son vaisseau a été saccagé. Malgré ses accès de colère (c’est un teigneux, Ulysse) il tente de faire marcher sa cervelle et de trouver un sens à ce qu’il est en train de vivre. Le programme pour les prochains mois de captivité : ne pas céder au découragement, accepter la situation et en tirer parti, patienter, rester calme (ça c’est dur), réfléchir et essayer de se tirer de sa cage sans se sentir humilié. Et il y parvient le Mérou ! Sauf que ses succès lui montent un peu à la tête et qu’il se voit comme le nouveau messie, le sauveur de « l’humanité déchue », « l’instrument de la régénération humaine », « l’envoyé du destin ». Quelle ambition ! Il veut faire retrouver à ses congénères leur ancienne supériorité, il veut rétablir la splendeur humaine sur une planète où les humains dégénérés vivent comme des animaux et sont traités comme tel par les singes qui gouvernent. Ulysse n’a pas tout à fait tort dans sa folie des grandeurs : il est bien une menace pour eux, grâce à lui les hommes pourraient reprendre le pouvoir. Surtout qu’à force de batifoler dans sa cage avec une sublime humaine appelée Nova, Ulysse a eu un petit garçon qui est tout à fait éveillé et qui pourrait à son tour donner naissance à d’autres humains évolués. Notons au passage qu’il s’en faut d’un cheveu pour qu’Ulysse ne succombe aussi au charme de Zira la guenon mais elle ne trouve pas Ulysse assez beau. Trop humain. Lui-même la trouve bien gentille Zira, intelligente, cultivée, mais décidément trop moche : il préfère continuer ses galipettes avec Nova qui a la culture et le QI d’une botte de radis mais un corps de déesse (auquel il n’hésite pas à donner des claques pour le faire tenir tranquille).

Prétentieux et méprisant, macho et pas très sensible, ce sont les défauts d’Ulysse qui ne pleure guère la perte de ses amis avec lesquels il a vécu exclusivement pendant deux années entière, qui a peu de respect pour les humains de Soror qui sont bestiaux certes mais qui n’en sont pas moins des êtres vivants et sensitifs, qui prend un peu trop de plaisir vaniteux à parader devant une assemblée de chimpanzés, de gorilles et d’orangs-outans pour leur montrer à quel point il est malin.


Certes, il a un nom ridicule mais il ne mérite pas cela !


Toutefois si Ulysse Mérou n’est pas toujours admirable, il ne mérite pas ce qui lui arrive… à la fin du roman de Pierre Boulle La Planète des singes. Paru en 1963, ce classique de la science-fiction fait encore aujourd’hui réfléchir son lecteur sur la place de l’homme dans le monde et dans l’univers en recourant largement à l'ironie.


Charlton Heston a incarné Ulysse Mérou dans le film de Franklin J. Schaffner  Planet of the Apes en 1968 sauf que, le nom de Mérou étant vraiment trop débile pour un acteur hollywoodien, on l’a baptisé George Taylor. Si ce film n’est pas l’adaptation très fidèle du roman de Boulle sur le plan des péripéties, il en garde le point de vue philosophique à une nuance près que dans le film la planète Soror est la Terre dans le futur. Ce film devenu un classique lui aussi de la SF a été suivi de quatre autres nettement moins réussis dans les années 70 : Le Secret de la Planète des singesLes Évadés de la Planète des singesLa Conquête de la Planète des singesLa Bataille de la Planète des singes.


On a pu voir aussi une série télévisée américaine réalisée en 1974 pas trop mal ficelée qui ne met pas en scène notre cher Ulysse Mérou (quel dommage !) mais deux humains fugitifs mais débrouillards (Virdon et Burke) en compagnie d’un allié singe mignon comme tout (Galen).


Un mot encore pour évoquer le film de Tim Burton en 2001 qui emprunte un peu au livre, un peu au film de 1968 et invente le reste. Ulysse Mérou y est devenu Leo Davidson (c’est plus glorieux et puis un héros français dans un film américain franchement, quelle idée !).

Dix ans plus tard, en 2011, la boucle est bouclée pour ainsi dire avec La Planètes des Singes : Les Origines de Rupert Wyatt qui revient sur ce qui se passe avant La Planète des Singes et avant Ulysse Mérou. En d'autres termes, comment on en est arrivé là...

Dans le genre "comment on en est arrivé là", il existe aussi une bande dessinée en trois volumes, intitulée La Planète des Singes. Avec Carlos Magno au dessin et Daryl Gregory au scénario, elle est parue aux Editions Emmanuel Proust (collection "Atmosphères") en 2012. Ulysse Mérou est absent de l'histoire bien sûr, puisque celle-ci se déroule 1300 ans avant les événements relatés par Pierre Boulle. Si on apprend pourquoi les singes et les hommes sont ennemies, on n'apprend toujours pas pourquoi et comment les singes parlent, s'habillent, montent à cheval, vivent à Paris (cette sacrée Tour Eiffel !), dirigent le monde...

 

Enfin, n'oublions pas tous les produits dérivés : dessins animés, figurines, BD, novélisation des films, jeux vidéo,… mais bizarrement toujours sans notre Ulysse Mérou national. Pauvre Ulysse, héros intergalactique oublié...    

Et puis comme la planète des singes semble être un filon inépuisable, voilà un enième film en 2014 : La Planète des Singes : l'Affrontement de Matt Reeves. Ulysse Mérou a définitivement disparu de la circulation !

La Planète des singes - Étude d'un roman: Fiche de lecture et analyse de l’œuvre

Le livre est disponible en version numérique ou papier :

 

Ulysse Mérou
Ulysse Mérou