Lizzie Mac Kay

Publié le par Le point de suspension

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Aurait-elle l’art de s’attirer des ennuis, Lizzie ? Superstitieuse, elle pense que son bracelet en forme de serpent porte malheur mais n’ose le quitter de peur que le serpent ne se venge. Avec ou sans bracelet, de toute manière, Lizzie semble avoir la poisse.

 

 

 

 


 

Ce que Lizzie n'aurait pas dû voir

 

Quittant New York par le train, Lizzie est témoin d’une rixe entre quatre Blancs et deux Noirs, que la rumeur aura tôt fait de transformer en une tentative de viol sur sa propre personne par les deux Noirs.  A peine est-elle arrivée dans cette ville du sud des Etats-Unis qu’elle doit donc faire face aux ragots. Il est vrai que Lizzie n’est pas une femme respectable aux yeux des bien-pensants. C’est une prostituée qui, après une nuit avec un homme, aime à prendre un bain et à passer l’aspirateur. Mais si elle n’est pas respectable elle est respectueuse, sensible, droite et juste. Elle refuse de témoigner en faveur de Thomas, le fils de famille Blanc qui a tué un des Noirs pendant la rixe du train, même contre une grosse somme d’argent. Elle n’aime guère les flics, ni les juges et veut simplement éviter les ennuis (ce qu’elle réussirait sans doute davantage si elle changeait de profession…).

 

Trop bon coeur ?


Etrangère dans cette ville, seule, trop confiante, elle est prise au piège du chantage de policiers corrompus qui l’arrêtent pour prostitution parce qu’elle ne veut pas signer un faux témoignage en faveur de Thomas. Elle préfère la prison au mensonge. Lizzie est faible sûrement parfois mais elle est forte aussi et fière quand il s’agit de ne pas céder face à la brutalité et à l’intimidation. Son bon cœur lui dicte ses actes et notamment d'aider le second Noir qui a réussi à s'échapper du train mais ce même bon coeur la laisse vulnérable et elle n’est pas de taille à résister à un machiavélique homme de pouvoir vieillissant. Elle se laisse embobiner par les belles paroles du sénateur, oncle de Thomas, qui lui fait un numéro très convaincant à faire pleurer dans les chaumières. En évoquant le chagrin de la mère de Thomas, il apitoie Lizzie, l’embrouille, la manipule.

Elle est assez maligne toutefois pour se rendre compte qu’elle s’est faite avoir. Elle est aussi assez droite pour entrer en résistance conte les bonimenteurs et les salauds, les racistes et les menteurs. Elle est prête à se battre même si elle reconnaît elle-même qu’elle est « poire ». Mais malgré son courage, son honnêteté, peut-elle lutter contre les bourgeois, les bienséants qui sont du côté le plus fort du système même si c’est le plus inique sous ses apparences convenables ?

 

La putain admirable de Sartre

 

Lizzie est La Putain respectueuse de Jean-Paul Sartre, héroïne admirable et exploitée d’une pièce de théâtre qui fut montée pour la première fois en 1946 et n’a cessé d’être jouée depuis soixante ans. Basée sur un fait réel, la pièce fit scandale en raison de son titre bien sûr, souvent transformé en « P… respectueuse ».

Héléna Bossis a incarné Lizzie Mac Kay dans la mise en scène de 1946. En 1952, La P… respectueuse a été adaptée en film, la réalisation était signée de Charles Brabant et Marcello Pagliero sur des dialogues de Sartre lui-même. Barbara Laage y tenait le rôle de Lizzie et, petite anecdote, Louis de Funès y jouait également. La pièce a été aussi adaptée pour la télévision en 1974.

 

 

 

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