Théodule

Publié le par Le point de suspension

 

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A part monter dans un autobus de la ligne S à 12h17, se quereller avec un passager et discuter ensuite avec son ami Théodore dans la Cour de Rome, non loin de la gare Saint-Lazare, notre héros ne fait rien du tout. Ah si ! Il porte un chapeau et un pardessus.
 

 

 

Un type bizarre

 

Pourtant, s’il ne fait pas grand chose dans cette histoire, le lecteur est assez bien renseigné sur lui. Théodule est jeune : 26 ans ou bien 27 ans, 3 mois et 8 jours ou alors 30 ans environ. Il est affublé d’un coup trop long, d’au moins 75 cm, d’une longueur de télescope, un vrai cou de girafe ou d’autruche. Ce cou démesuré surmonté d’une petite tête lui donne un air ridicule et bête. L’allure générale de ce jeune homme est, de toute façon, grotesque. Même son chapeau est étrange : un chapeau de feutre mou à galon tressé qui lui donne un air prétentieux et marrant à la fois. Théodule est moche, c’est un pauvre type,  un triste quidam de 1,72 m pour 65 kg à l’allure insipide et à l’haleine putride vêtu d’un pardessus trop échancré auquel il devrait faire rajouter un bouton.

 

Et même pire que bizarre


Et puis le pauvre Théodule est un freluquet pleurnichard, rouspéteur, larmoyant, lâche, arrogant. C’est un zozo, un zazou, un paltoquet chétif, un roquet rageur fuyant la bagarre, un grand flandrin, un godelureau, un garnement, un morveux. Bref, une drôle de tirelire ou autrement dit un « cyclothymique paranoïaque légèrement hypotendu dans un état d’irritabilité hypergastrique ».

 

Vous ignoriez qu'il avait un prénom, ce drôle de zigoto

 

Malgré ce physique peu engageant, son idiotie congénitale, son caractère agressif et désagréable, Théodule est le héros principal des Exercices de style de Raymond Queneau paru en 1947.

Vous pouvez vérifier, ce personnage est vraiment nommé dans une des 99 variantes de cette toute petite histoire sans grand intérêt imaginée par l’auteur pour s’amuser avec la langue, dégainée par des générations de professeurs de français dans les établissement scolaires pour faire plancher les élèves puis parodié, pastiché, adapté, transposé, chanté, joué une multitude de fois par une foultitude  de personnes, des amateurs comme des artistes.

 

 

 

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