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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Helen Huntingdon

Helen Huntingdon

 

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Mrs Graham est une mystérieuse jeune veuve de 25-26 ans qui vit dans le manoir délabré de Wildfell Hall, Angleterre, dont elle n'occupe que quelques pièces avec son fils de 5 ans, Arthur, et leur vieille servante, Rachel.  

 

Une belle femme isolée ? C'est louche...

En cet automne 1827, la présence de cette femme solitaire, locataire d'une baraque quasi ruinée et isolée, surprend les quelques familles aisées qui vivent dans les environs. D'où vient-elle ? Qui est-elle ? De quel mari semble-t-elle porter le deuil ? Très indépendante, elle semble ne pas souhaiter se mêler à la société de ses voisins qui se rendent compte qu'elle est très attachée à son fils qu'elle veut protéger à tout prix des influences extérieures au point d'en paraître un peu ridicule aux yeux des matrones du coin.

C'est une belle femme séduisante aux cheveux noirs et bouclés, au teint pâle, aux traits fins, aux yeux gris sombre, mais elle est austère, peu souriante, un peu dédaigneuse même au premier abord. Peu sociable donc, elle a beaucoup de mal à supporter les bavardages sans intérêt des femmes de sa société, n'étant pas capable de s'y adonner quand il le faudrait. Franche et directe, elle se plait davantage dans une conversation moins superficielle, sur des sujets qui l'intéressent comme l'art par exemple. Elle refuse de répondre à toute question personnelle et garde une distance réservée, attitude qui ne tarde pas à provoquer ragots et calomnies.

Mais qui est cette Helen ?

Gilbert Markham, jeune hobereau local, au caractère impétueux, succombe au charme de la belle recluse de Wildfell Hall et la défend contre les rumeurs. Lui seul semble s'être rendu compte des qualités humaines de la jeune femme en sus de ses attraits physiques. Après qu'elle vous ait agréé, elle se montre en effet une compagne chaleureuse, douce, profonde et sincère. Mais quels malheurs ont-il pu la rendre si mélancolique, si réservée et prudente qu'elle révèle à peine son prénom, Helen?

A 18 ans, la jeune Helen était une jeune fille intelligente, accomplie et de bonne fortune, qui vivait chez sa tante et son oncle après la mort de sa mère et le quasi abandon par son père qui ne s'est plus soucié d'elle ni de son frère Frederick. Courtisée par plusieurs hommes sérieux de la bonne société, elle cède pourtant à un jeune écervelée séduisant, Arthur Huntingdon. Elle pense pouvoir le réformer et instiller quelque vertu à ce libertin inconscient et excessif mais, après quelques mois de mariage, elle comprend qu'elle s'est trompée et qu'il sera impossible de faire changer cet être veule et égoïste qui n'essaye pas de mettre un frein à son penchant pour l'alcool, la bringue et les femmes.

Vertueuse, pieuse, droite voire inflexible, Helen teste plusieurs méthodes pour faire revenir le débraillé dans le droit chemin : douceur, soumission apparente, patience, franchise, exigence. Rien n'y fait : Arthur est un alcoolo frivole et mou qui ne peut supporter les reproches de sa femme. Quand les beuveries de son mari commencent à inclure le petit Arthur (son père lui apprend à boire et à dire des grossièretés alors qu'il a 5 ans à peine !) et qu'Helen sait avec certitude qu'il la trompe, elle décide de le quitter afin de soustraire l'enfant à ce déplorable exemple.

Une femme révolutionnaire

On peut la trouver parfois moralisatrice et rigide dans ses principes et dans sa foi, froide aussi de temps à autre, voire haineuse puisqu'elle se met à détester son époux mais quelle force de caractère admirable ! Oser quitter son mari, parce qu'il la maltraite et l'humilie, dans la bonne société anglaise du XIXème siècle ! En embarquant son fils, sans argent et sans appui sauf celui de son frère, propriétaire de Wildfell Hall qui accepte de la cacher. Sachant qu'elle allait se mettre à dos son mari, ses amis, les bourgeois bien-pensants. Venant se réfugier dans une vieille bicoque glacée sous un pseudonyme et voulant gagner seule quelque argent par son art (la peinture) et son travail pour faire vivre son fils sans dépendre d'un homme. En 1827 alors qu'il n'y a rien de plus déshonorant pour une femme ! Il faut reconnaître qu'elle a du courage l'Helen. Elle est révolutionnaire.

Loin de sa naïveté virginale du début, lorsqu'elle pense que, grâce à l'amour seul, elle va lutter contre les penchants désastreux de son Arthur chéri, elle se montre volontaire et énergique, refusant de rester la victime d'un homme toute sa vie, faisant preuve d'une grande liberté de ton quand elle s'adresse aux hommes.

"Locataire" ou "recluse" ? Scandaleuse ou admirable ?

Le roman d'Anne Brontë (sœur de Charlotte et d'Emily) est paru en 1848. C'est le second, et malheureusement dernier, livre d'Anne qui le publie sous le pseudonyme d'Acton Bell, sans se douter du scandale que va provoquer son œuvre. En effet The Tenant of Wildfell Hall  est très osé pour l'époque dans l'écriture, dans le ton et surtout dans le contenu qui montre une femme se libérant du joug d'un mari peu estimable, qui évoque l'insupportable différence que l'on fait entre garçon et fille dans l'éducation, qui dépeint le fléau de l'alcoolisme et de la débauche très librement. On juge à l'époque le livre vulgaire et choquant à cause des descriptions que fait l'auteur des scènes de soûleries. Aujourd'hui, on le voit comme un des premiers romans féministes. Qu'importe ! Il donne à voir en tout cas un beau portrait de femme.

Le livre est édité en français sous le titre de La Recluse de Wildfell Hall alors que « tenant » veut dire simplement « locataire » et non « reclus ». Les Editions Phébus viennent d'en faire paraître une nouvelle édition en 2008. La BBC l'a adapté à deux reprises dans un film télévisé en 1968 et en 1996, Tara Fitzgerald incarne Helen Huntingdon dans ce dernier.