Richard III

Publié le par Le point de suspension

 

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Richard de Gloucester ou le prétendant au titre du « Pire salopard de la littérature mondiale » ?

 

 

 

 

 


Scélérat revendiqué


« Difforme, inachevé, tout au plus à moitié fini, tellement estropié et contrefait que les chiens aboient quand je m’arrête près d’eux ! » Voilà Richard tel qu’il se décrit lui-même. Comme il ne peut séduire et être aimé pour son apparence, comme il est plein d’amertume, et au lieu de se montrer aimable et sympathique, il décide d’être un « scélérat » et de semer la zizanie et le malheur autour de lui. Une tâche où il excelle. Par l’insinuation, la médisance, la manipulation, il provoque une querelle entre ses frères, le roi Edouard IV et George, duc de Clarence, à l’issue de laquelle Clarence meurt. Il était déjà parvenu à se débarrasser du précédent roi, Henry VI, et de son fils, Edouard.

Richard parvient à séduire Anne, la veuve d’Edouard (pas Edouard le roi mais Edouard le fils du précédent roi : oui c’est un tantinet complexe dans la mesure où il y a dans cette histoire énormément de personnages dont certains ont les mêmes prénoms, il faut être attentif !). Donc Richard séduit Anne. Comment ? Puisqu’on vient de dire qu’il est moche comme un pou ! Pourquoi cède-t-elle si facilement à ses avances alors qu’elle vient de perdre son époux aimé et qu’elle voit Richard comme un « porc-épic », un « démon », un « homicide », « un hypocrite » ? Il aura suffi de quelques "paroles emmiellées" de ce bonimenteur qui connaît bien les hommes et sait comment les toucher.

Pourtant Richard mérite amplement tous les qualificatifs dont Anne l’affuble. C’est un salaud intégral qui n’a de cesse de faire arrêter et/ou tuer tous ceux qui se trouvent entre le trône d’Angleterre et lui. Il ne recule devant aucune manœuvre : violence, têtes tranchées, rumeurs lancées pour déstabiliser son entourage et monter les gens les uns contre les autres, etc. Après la mort de son frère Edouard IV (qu’il n’a pas assassiné mais qui sait ?), Richard n’a aucun scrupule à éliminer ses propres neveux, héritiers du trône et encore enfants. Il fait courir le bruit que sa propre mère a trompé son père et que Edouard IV n’était pas un enfant légitime, que  celui-ci était aussi un chaud lapin, que ses fils ne sont pas plus légitimes que lui. Gloucester, prince du ragot !


Précurseur en "public relations"


Il faut dire qu’en matière de communication et de relations publiques, Richard est un as : il sait s’afficher avec des prêtres pour faire croire à sa grande piété, il sait comment faire chauffer une salle par un des partisans et se faire acclamer du peuple. L’art de fabriquer une opinion publique à grand coup de pub n’est pas né au XXème siècle ! Le duc de Buckingham est un porte-parole-attaché-de-presse d’une redoutable efficacité (il n’en sera pas récompensé). La scène VII de l’acte III atteint un sommet dans le mensonge et l’hypocrisie quand Buckingham fait passer Richard pour le sauveur de l’humanité, un homme bon, humble et simple, un brave type honnête qu’il faut supplier d’accepter de hautes responsabilités. Le césar du meilleur comédien pour Richard qui joue à la perfection ce rôle : oui, bon d’accord, je veux bien être votre roi, mais c’est parce que vous me le demandez  et parce que j’ai le sens du devoir et pas du tout parce que j’ai envie du job.

Et voilà comment on devient roi : on tue un peu, on fait courir de vilains bruits, on fait croire aux gens qu’ils ont absolument besoin de vous, qu’on est l’homme providentiel dans un pays qui va à vau-l’eau et on se débarrasse de ses fidèles conseillers en communication et auteurs des basses besognes dès qu’ils renâclent un peu (adios Buckingham).

 

Machaivélique au berceau

 

Tout petit déjà selon sa maman, il était maussade, hargneux, désespérant, effronté. Après avoir vu ce qu’il est devenu, un destructeur, un tyran, un « sanglier », une « monstrueuse araignée », un « affreux crapaud bossu », un fourbe, la pauvre femme ne peut que maudire son enfant pour ses crimes. Mais Richard n’est pas arrivé au bout de son chemin. Dès le départ il s’est auto-proclamé scélérat, il assumera jusqu’au bout son choix. C’est un homme qui évalue ses actes, non en fonction d’une morale, mais en fonction de l’objectif à atteindre : la réussite sociale, le pouvoir absolu. La vengeance aussi : Dieu m’a fait moche, il va voir ce qu’il va voir ; Edouard ne m’a guère été reconnaissant de l’avoir aidé à monter sur le trône, je vais lui faire payer  cette ingratitude. Seule la fin compte, peu importe les moyens. Efficace avant tout, machiavélique, il continue donc sur sa lancée.

L'autre face de Richard

 

Après avoir liquidé son épouse Anne, il se fait orateur persuasif, enjôleur ou menaçant pour convaincre la femme d’Edouard IV, de lui donner sa fille en mariage (sa propre nièce donc). Heureusement pour la jeune fille, il doit partir à la guerre afin de se défaire des rebelles qui contestent son pouvoir royal. A quelques heures de la bataille qui va l’opposer à Henri Tudor, comte de Richmond, venu de la Bretagne française pour réclamer le trône, Richard est terriblement anxieux. Les spectres des assassinés viennent le tourmenter et le maudire («despair and die ! », « désespère et meurs ! ») lui flanquant une peur noire, le mettant face à sa conscience de parjure et d’assassin. On découvre alors un Richard plus très sûr de lui, inquiet, apeuré, bien qu’il ne montre pas vraiment de regrets.

Une autre facette de ce personnage égoïste, féroce, malhonnête et avide de pouvoir apparaît alors : le courage. Oui, on peut penser tout ce que l’on veut de Richard et souvent rien de bon, mais n’a-t-il pas fait preuve de courage en menant son combat jusqu’au bout, en ne fuyant pas, en allant se battre, épée à la main? Il est maudit certes, mais il assume, il veut être maudit jusqu’à la fin. Dans la bataille il continue de combattre à pied après avoir perdu son cheval. « Un cheval ! Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » mais aucun cheval ne le sauvera...

 

Le personnage historique

 

Avant d’être un personnage littéraire, Richard III est un personnage réel ayant vécu dans la période troublée de la guerre des Deux-Roses (une rivalité entre deux familles prenant la forme d’une guerre civile). C’est le dernier roi appartenant à la famille York en lutte contre les Lancastre. Il règne de 1483 à 1485 et fait réellement jeter en prison ses neveux après la mort de son frère Edouard IV (il n’est pas certain qu’il les ait fait assassiner, leurs corps n’ont jamais été retrouvés). Pendant la bataille de Bosworth en 1485 il est tué par les troupes d’Henri Tudor, demi-frère du roi Henri VI  et futur Henri VII, qui met fin à la domination des Plantagenêt au profit de la dynastie Tudor. Connaître ce contexte historique mouvementé aide à comprendre les factions en présence même si ce n’est pas essentiel pour comprendre le sens de la pièce. 

 

Une pièce de Shakespeare fascinante


Shakespeare a écrit sa pièce Richard III (The Life and Death of Richard the Third) en 1592 environ, mais ce personnage apparaît déjà dans Henri VI où il est représenté comme un ambitieux machiavélique et sanguinaire alors que le vrai Richard historique a été loyal à son frère, a été plutôt aimé de ses sujets et, bien qu’il ait intrigué pour arriver sur le trône, ne l’a pas fait dans un bain de sang comme dans la pièce. Richard III est la pièce  de Shakespeare la plus jouée dit-on. Le rôle principal a été interprété par les plus grands comédiens classiques : Laurence Olivier, Charles Dullin, etc. On ne compte plus les adaptations au cinéma et la postérité en général de cette pièce dont tout le monde connaît au moins la réplique du cheval même si ce n’est pas le plus beau vers de la pièce. Pourquoi autant de fascination encore aujourd’hui pour ce personnage et cette histoire somme toute assez difficile à suivre pour les contemporains ? Parce que l’ivresse du pouvoir pourrait corrompre n’importe lequel d’entre nous ? Parce que ce noble, hideux dans sa difformité mais constant dans sa quête insatiable et implacable, nous touche ? Parce qu’il s’agit d’un drame universel mettant en jeu les pires défauts de la nature humaine  ?

 

 

 

 

 

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OmniTech Support 19/09/2014 07:22

Thanks for the article. It was really helpful to know the actual story behind Richard III and about his life. I have read the play Richard III by Shakespeare long time back. Everywhere he is characterized as a villain.