Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Menu
Hester Prynne

Hester Prynne

 

Hester-Prynne.png

Hester est une femme remarquable.
 

 

 

 

A comme adultère

 

Tout d’abord c’est une belle jeune femme brune, grande, au teint éclatant, aux yeux noirs et au grand front. Elle se distingue également par sa silhouette élégante et son allure noble. On la remarque malheureusement pour une autre raison : elle porte sur sa poitrine un « A » brodé en fil doré sur fond rouge. Cette « lettre écarlate » est la marque de sa très grande faute, l’adultère. Comment Hester en est-elle arrivée à devoir porter aux yeux de toute sa communauté cette étiquette infamante ?

 

Seule en Amérique


Hester a grandi en Angleterre dans une maison pauvre qui fut pourtant autrefois noble, entre un père respectable et une mère tendre. Elle s’est mariée à un médecin très intelligent et cultivé mais vieillissant et contrefait. Avec son mari, elle a gagné Amsterdam pour fuir les persécutions religieuses. Son mari, obligé de rester encore quelques temps en Europe, l’a ensuite envoyée en Amérique. C’est ainsi qu’Hester se retrouve seule en Nouvelle-Angleterre, à Boston plus précisément, pendant deux années sans nouvelle de son époux. A-t-il péri pendant le voyage ? Est-il resté en Hollande ?

Mais Hester attend un enfant. Preuve de son adultère. Dans la société bostonienne, puritaine et archi-rigide de 1642, c’est une faute majeure. Elle est arrêtée et accouche de sa fille en prison. Hester refuse de révéler le nom de son amant. Par la suite, elle est condamnée à rester debout trois heures au pilori affichant sur sa poitrine la lettre « A » qu’elle devra porter sa vie entière. Sa peine aurait dû être la mort mais on suppose que son mari est décédé, elle bénéficie donc de circonstances atténuantes si l’on peut dire.

 

Mais une femme libre

 

Hester est une femme forte, certes impulsive et passionnée, mais obstinée et énergique. Elle aurait pu partir, cacher sa honte sous d’autres cieux mais elle veut expier sa faute dans le lieu même où elle a été coupable. Elle trouve une forme d’expiation dans l’aide aux pauvres avec qui elle partage ce qu’elle gagne comme couturière et brodeuse. Dans ce métier, elle excelle. C’est une véritable artiste. C’est elle qui a brodé sa lettre écarlate, faisant de cette horreur une œuvre d’art et affichant ainsi cette merveille artistique face à ceux qui l’ont jugée et qui ne comprennent rien. Elle a du goût, une habileté peu commune et elle est travailleuse. Ainsi parvient-elle à gagner sa vie et à secourir les indigents. Car la jeune femme est généreuse, serviable, dévouée envers les malades. Et pas rancunière ! Elle n’a aucun ressentiment envers la société qui l’a condamnée et qui la tient à l’écart, l’obligeant à vivre à l’extérieur de la ville. Même si elle souffre de son isolement, elle se soumet sans plainte à tout ce qu’on lui fait subir et à ce qu’on fait subir à sa fillette Pearl : l’opprobre, les moqueries, les regards méprisants, l’humiliation. Hester se tient coite et travaille dur à son rachat. Attitude qui lui permet peu à peu à gagner le respect des Puritains hypocrites et de garder auprès d’elle Pearl qui a manqué de lui être retirée. Mais, d’autre part, si sa conduite publique est irréprochable, le fait de vivre isolée, dans le ban, l’a conduite à se défaire des idées reçues, des conventions, des chaînes du puritanisme. Extérieurement elle est une femme redevenue respectable, intérieurement elle est une libre-penseuse.

 

Après sept années d’épreuves et d’austérité, de réflexion personnelle, Hester sort fortifiée de son avilissement et de sa honte. Elle ne tient même pas rigueur à l’homme qu’elle aime toujours qui ne l’a pas aidée, ni soutenue dans son épreuve terrible. Et non seulement elle ne lui souhaite aucun mal mais voyant que lui aussi ploie en silence sous le fardeau de la culpabilité, tourmenté par un vieil homme qui n’est autre que le mari d’Hester revenu en secret et qui a tout compris, elle va tâcher de le soulager.

 

Le premier roman américain


Considéré comme le premier véritable roman américain, La Lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne est paru en 1850. Roman historique, roman psychologique, vive critique du puritanisme des colons, peinture des paysages américains, roman d’amour, roman poétique, on peut additionner les qualificatifs au sujet de ce classique de la littérature étasunienne. On peut aussi se contenter de dire qu’il s’agit d’un livre émouvant, beau et passionnant, dont l’héroïne Hester Prynne, accompagne longtemps son lecteur.

 
Différentes actrices ont incarné Hester au cinéma car cette histoire a été beaucoup adaptée (notamment par Wim Wenders en 1973) mais Lillian Gish, dans un film muet de 1926 réalisé par Victor Sjöström (ou Seastrom), est celle qui aura le plus marqué les cinéphiles. On oubliera l'adaptation affligeante signée Roland Joffé  en 1995 sous le titre Les Amants du Nouveau Monde.

 

 

Visionner une partie du film de Sjöström, pour le plaisir de voir la jolie Lillian Gish :