Thérèse Desqueyroux

Publié le par Le point de suspension

 

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Thérèse Larroque a grandi à Argelouse dans un domaine landais peuplé de pins à une dizaine de kilomètres d’un bourg appelé Saint-Clair, à quatre vingt kilomètres de l’océan.

 

 

Encore une Emma Bovary ?

 

Elle est la fille d’un notable local, maire et conseiller général. Sa mère est morte en couches et Thérèse a été élevée par une vieille tante sourde dans la maison familiale désertée par son père bien heureux de laisser là sa fille jusqu’au moment où il faudrait la marier à un héritier, fils d’une bonne famille bourgeoise du coin, Bernard Desqueyroux. Mais Thérèse est intelligente et a du charme, trop peut-être pour le milieu étriqué dans lequel elle est née et trop pour le mari auquel on la destine et qu’elle ne refuse pas. Quel autre avenir aurait-elle pu avoir en dehors de ce mariage ? Elle a pourtant fait des études brillantes au lycée, elle aurait pu faire d’autres choix. Est-ce l’attachement à la jeune demi-sœur de Bernard, Anne, qui lui fait accepter ce mari ? Le fait que Bernard soit un jeune étudiant en droit convenable et pas trop mal fait de sa personne ? La résignation face à la pression familiale et sociale ? Parce qu’elle-même est attachée à sa terre ? Parce qu’il faut bien se caser à un moment donné ?

 

Encore un mariage fichu avant même de commencer ?

 

Quoiqu’il en soit il ne faut pas longtemps à Thérèse pour comprendre sa méprise : par son mariage elle s’est fourrée la tête la première dans un piège. Son mari est un paresseux qui ne songe qu’à la chasse et à la respectabilité de sa famille, frustre et indifférent aux sentiments de sa jeune épouse dont il regrette l’esprit et la causticité. Il aurait voulu une femme inepte et soumise. Dès leur voyage de noces ils se rendent compte qu’ils n’ont pas grand-chose à se dire et à partager. Thérèse est d’autant plus désespérée que sa meilleure amie et belle-sœur Anne vit de son côté une histoire d’amour très romantique. Cela aiguise la jalousie de la jeune femme qui ne connaît aucun émoi amoureux auprès de Bernard. Thérèse entre dans un long tunnel d’ennui, de silence, d’immobilisme, elle est prise d’un sentiment d’inutilité étouffant dont même la naissance de sa fille Marie ne parvient à la sortir. Pour s’extraire de la famille qui l’englue, de ce mariage qui la dégoûte, elle ne voit qu’une solution : se débarrasser de Bernard. Profitant du fait  qu’il doit prendre un médicament (Bernard est persuadé qu’il est malade du cœur), elle lui administre du poison. Elle n’a pas prémédité ce geste pendant des mois mais agit plutôt sous l’impulsion du moment, comme dirigée par un élan plus fort que sa conscience morale. Mais Bernard ne meurt pas et, pour éviter le scandale, témoigne en sa faveur afin qu’elle soit libérée de prison.

 

Encore un mari totalement obtus ?

 

Après un non-lieu Thérèse rentre donc chez elle espérant pouvoir se libérer tout à fait de son fardeau en parlant à son mari, en lui expliquant son geste terrible. Mais face à lui c’est peine perdue, il est trop mesquin, trop attaché aux convenances, il ne comprend rien et la condamne à être sa prisonnière tout en la tenant loin de Marie. Le seul objectif de Bernard est de montrer au village, au monde que tout baigne chez lui. Et la seule distraction de Thérèse est de fumer des cigarettes à longueur de journée et d’écouter le vent chanter dans les pins autour de sa triste demeure sur la lande. Thérèse meurt à petit feu. Jusqu’au moment où Bernard décide de la mener à Paris et de la libérer, se débarrassant d’elle, ne voulant plus la voir. C’est au moment de la quitter que Bernard fait preuve d’un brin de curiosité quant aux raisons pour lesquelles elle a essayé de le tuer mais son attention est vite lassée et il s’en va, abandonnant sa jeune épouse à elle-même. Quelle vie Thérèse va-t-elle s’inventer loin du carcan familial bourgeois ?

 

Un grand roman qui a gardé toute sa force d'évocation

 

Thérèse Desqueyroux est un court roman de François Mauriac publié en 1927 mais qui garde toute sa force. Certains le considèrent comme un des meilleurs romans français de la première moitié du XXème siècle. Mauriac fait resurgir Thérèse dans une nouvelle de 1933 intitulée Thérèse chez le docteur (ce qui sonne un peu comme Martine à la ferme ou Oui-Oui à la plage) et dans un autre roman La fin de la nuit daté de 1935.

 

Emmanuelle Rivat a joué Thérèse dans un film de Georges Franju en 1962 ; Philippe Noiret y tenait le rôle de Bernard. En 2012, dans le film de Claude Miller, Audrey Tautou incarne Thérèse. 

 

 

 

 

 

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