Sophie de Réan (Fichini)

Publié le par Le point de suspension

 

Petite-fille-Sophie.pngSophie a quatre ans et demi environ. Petite demoiselle de famille aristocratique, elle est vêtue pourtant simplement et solidement. Elle porte ses cheveux blonds courts comme un garçon.  Avec sa bouille ronde aux yeux gris et son gros nez, Sophie n’est pas une très jolie fillette.

 

 

 

 

 

Sophie est une terreur

 

Elle a bon cœur et sait se montrer gentille, toutefois elle a une forte personnalité, est très énergique et volontaire. Coquette, pas très obéissante, gourmande, colérique, étourdie et envieuse, elle est assez éloignée de l’archétype de la fillette sage. Ce que Sophie apprécie surtout c’est expérimenter elle-même plutôt que d’écouter les adultes qui la préviennent des dangers, de ce qu’il est convenable de faire ou non. Vive, créative, elle est capable d’initiatives originales. Du coup elle se montre très aventureuse et se met même parfois en danger en se livrant à des expériences que les adultes appellent des bêtises ou qui débouchent sur des sottises mais que la fillette elle trouve très sérieuses !

 

Mais elle a des circonstances atténuantes

 

Bien sûr elle a des défauts, notamment celui de n’en faire qu’à sa tête mais on ne peut s’empêcher de penser que les adultes ne lui expliquent pas grand-chose : ils lui demandent de les croire sur paroles quand ils disent de ne pas faire ceci ou cela. Sophie veut toujours voir par elle-même sans se rendre compte tout de suite qu’elle ferait mieux d’écouter les adultes et qu’elle éviterait ainsi l’accumulation de mésaventures du genre se faire dévorer par un loup, de se rendre malade d’avoir trop mangé, de découper en morceaux les poissons rouges pour faire une dînette. Sophie est toujours punie pour ses méfaits, soit par sa mère Mme de Réan, qui est assez sévère, un peu moqueuse mais dans l’ensemble plutôt juste, soit par sa propre mauvaise conscience qui lui fait reconnaître sa faute et se repentir. Sophie est éduquée par sa mère principalement, car son père n’est pas toujours à la maison, et par les bonnes chargées de veiller sur la fillette.

 

La liste des péchés revue par la Comtesse

 

L’histoire dont Sophie est l’héroïne est en réalité une suite de petites saynètes qui passent en revue une liste de péchés conduisant au malheur : désobéissance, gourmandise voire gloutonnerie, coquetterie, envie, cruauté, vol, impatience,… l’auteur nous montre qu’il faut se corriger des défauts qui nous mènent vers ces péchés pour pouvoir vivre heureux. Ainsi chaque mésaventure de notre Sophie qui porte mal son prénom ("sophia" en grec signifie sagesse) est l’occasion de tirer une leçon de morale sur un ton plutôt humoristique et peu rigide.

 

Décidément Sophie n'a pas de chance

 

Plus tard (dans un autre livre, "Les Petites Filles Modèles") Sophie, alors âgée de 6 ans, qui a perdu sa mère dans un naufrage, se retrouve, pour son malheur, affublée d’une belle-mère aussi sotte que méchante, aussi ridicule que grosse, Mme Fichini. Comme le père de Sophie est décédé peu après son second mariage et son changement de nom en l’honneur de son ami Fichini qui lui a laissé une grande fortune (et son épouse), la petite fille se retrouve seule aux mains de cette atroce bonne femme qui a la main leste. Mme Fichini est en effet convaincu que le fouet est le meilleur instrument pour éduquer les enfants. La pauvre Sophie recevra donc une terrible éducation qui non seulement ne la rend pas meilleure et plus sage mais au contraire la fait devenir encore plus coquette, vaniteuse et coléreuse. Heureusement pour Sophie, Mme Fichini veut assez rapidement se défaire d’elle en la mettant en pension ou en la laissant chez Mme de Fleuville, leur voisine, mère de Camille et Madeleine, deux petites demoiselles bien élevées et gentilles. Sophie choisit de rester chez les Fleurville où son caractère devient plus doux. Elle reste chez ses amies jusqu’à ses vingt ans, moment où elle se marie avec Jean de Rugès, leur cousin.

 

Un classique de la littérature un peu oublié

 

Les Malheurs de Sophie forment le second volume d’une trilogie (Les Petites Filles Modèles, Les Malheurs de Sophie, Les Vacances) mettant en scène Sophie et ses amis. Le livre a été publié en 1859 par les Editions Hachette. L’auteur, la Comtesse de Ségur née Sophie Rostopchine n’a pas caché que ce livre était autobiographique et que les aventures de Sophie était en réalité celle de la petite fille russe mal-aimée qu’elle a été, entre une mère très sévère et un père absent. Comme chacun des livres de la comtesse, Les Malheurs de Sophie étaient dédicacés à un de ses petits-enfants pour lesquels elle écrivait ces histoires édifiantes et amusantes.

L'ouvrage, grand classique de la littérature enfantine, a été adapté en bande dessiné dès 1927, en ballet (1935), au cinéma, notamment en 1946 par Jacqueline Audry et en 1979-80 par Jean-Claude Brialy, en pièce de théâtre, en série d’animation pour la télévision en 1997-98, en musique par Chantal Aubert (œuvre intitulée Les Bonheurs de Sophie), en chanson par Chantal Goya.

Une nouvelle adaptation a vu le jour en 2016 grâce au réalisateur Christophe Honoré.

Un roman grand format joliment illustré et adapté par Crescence Bouvarel (éditions Lito, 2007) est une bonne introduction au texte pour les plus jeunes.  

 

Un article sur Sophie dans le site Littérature jeunesse de Lille 3 : Plaidorie de Sophie face à la menace de Hachette

 

 

 

 

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