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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Candide

Candide

 

Arroser ses fleurs
Candide est un grand jeune homme simple, doux et insouciant. Son prénom l'indique, non ?
 
 
 
 
 
Un paisible citoyen Westphalien jusqu'au moment où...
 
De haute taille (1,80m environ), il est bien fait et plaisant. Son enfance s'est déroulée apparemment sans rien de notable dans le château du baron Thunder-ten-Tronckh en Westphalie. Candide serait peut-être le neveu du baron, car il serait, selon les domestiques, le fils naturel de la soeur de Thunder-ten-Tronckh, qui avait refusé d'épouser le père de son enfant parce qu'il n'était pas assez noble.

Au château, qui possède une porte et des fenêtres, signe indubitable de fortune en Westphalie, vivent également la baronne, grosse et honorable femme, Cunégonde, sa fille de 17 ans, un fils dont on ne saura rien de plus pour l'instant sauf qu'il est digne de son père en tout, et le précepteur Pangloss dont le passe-temps favori est de chercher la preuve que chaque effet a une cause. Pour avoir approché Cunégonde d'un peu trop près, Candide est chassé par le baron. Le voilà condamné à errer pour se faire un trou dans le monde.

... l'aventure commence !
 
D'abord soldat involontaire dans les armés du roi des Bulgares, il a du mal à comprendre ce qu'on attend de lui. Une volée de coups de bâton et le peloton d'exécution ne l'aideront pas beaucoup, Gracié à la dernière minute, il est expédié sur le champ d'une bataille dont il parvient à s'enfuir. Il file vers la Hollande. Mais ces premiers coups du sort n'ont pas raison de son bel optimisme puisque, comme le lui a appris son vénéré maître Pangloss, tout va bien dans le meilleur des mondes donc pourquoi s'en faire ? Pourtant alors qu'il se faisait enrôler de force, tout allait mal chez les Thunder-ten-Tronckh : Cunégonde et son frère le baronnet violés et tués par les Bulgares, le baron tué également, la baronne découpée en morceaux, le château démoli. C'est de la bouche de Pangloss lui-même, devenu mendiant en Hollande, que Candide apprend ces malheurs qui pourraient enfin le convaincre que tout ne va pas bien du tout dans ce monde. Mais ce n'est pas le cas, il garde un bel optimisme.

 Vraiment pas de bol !

Pourtant à chaque fois que Candide trouve un moyen de se sortir d'affaire, une tuile lui tombe sur la tête. Recueilli par un commerçant qui l'emmène, lui et Pangloss, sur un bateau, il fait naufrage. Réchappé du naufrage, il arrive en plein tremblement de terre à Lisbonne. Voulant aider la population, il est arrêté pour écoute de paroles subversives, Pangloss en effet soutenant aux quatre vents que la catastrophe qui s'est abattue sur la ville est ce qu'il y a de mieux et que l'homme est déterminé dans le meilleur des mondes ! Ce qui n'est pas du goût de l'Inquisition. Candide est encore battu et son maître pendu. Mais finalement ce n'est pas si triste puisque tout est bien et que si Pangloss disparaît Cunégonde réapparaît ! La belle a survécu aux horreurs dont elle a été victime et par un douloureux concours de circonstances est au Portugal elle aussi.

C'est de pire en pire
 
Et l'histoire du jeune ingénu se poursuit, toujours aussi violente. Les péripéties s'enchaînent. Candide finira-t-il par comprendre qu'il existe des choses et des gens moches sur cette planète ? Lui-même se  transforme en meurtrier quand il tue deux hommes qui avaient réduit Cunégonde à l'état de courtisane. Puis quand il tue de nouveau, cette fois le frère de Cunégonde, réfugié au Paraguay et devenu jésuite. Mais l'action est menée à tel train que le jeune homme n'a pas vraiment le temps de se poser des questions. Il avait espéré, au moment de s'embarquer pour le Nouveau Monde, que là-bas tout vraiment serait pour le mieux. Il commençait à prendre conscience que chez lui en Europe ce n'est pas joli-joli. Mais en Amérique cela ne va guère mieux. Il lui faudra rencontrer un esclave noir et entendre les traitements qu'il a subi pour qu'il pige enfin que « la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal » héritée de Pangloss n'est pas une philosophie digne de ce nom. Si la méchanceté humaine dont il fait les frais depuis des mois ne l'avait pas encore frappé dans son esprit, là, elle se révèle enfin à lui dans toute son horreur. Pourtant il garde au coeur l'espoir de retrouver sa Cunégonde saine et sauve, ce qui lui permet de renouer avec la manière de voir Panglossienne de temps en temps et il persiste à croire qu'il y a du bon dans l'homme.

Allez Candide, réveille-toi !
 
En tout cas Candide commence à penser par lui-même au lieu d'avaler les couleuvres de son bon précepteur, c'est déjà un progrès. La rencontre avec le pessimiste Martin lui ouvre quelque peu les yeux aussi. Comme la vieille qui s'occupait de Cunégonde au Portugal et Cacambo rencontré aux Amériques, Martin incite le jeune homme à se faire sa propre opinion et Candide tire des leçons de  leurs conseils et de ses voyages. Quand il discute avec Pangloss (décidément pas mort) à la fin de l'histoire, alors qu'il a épousé Cunégonde retrouvée malgré qu'elle soit devenue laide et pénible, Candide ose enfin tenir tête à son ancien maître qui continue à dégoiser son interprétation caricaturale de Leibniz sur le meilleur des mondes. Candide est devenu moins candide : il faut penser par soi-même et se forger ses propres opinions en s'attachant surtout à la pratique et pas trop à la théorie. Candide se met donc au travail dans son domaine turc, une petite métairie qu'il achète avec ses amis parce qu'avec eux, il est arrivé à la conclusion que ce qu'il y a de mieux à faire c'est travailler tranquillement sans trop raisonner, ni se mêler des affaires du monde et en fermant sa grande gueule. Catherine Fruchon-Toussaint conclut son article sur Candide ainsi : "Surveillez de près vos voisins jardiniers : ce sont peut-être d'anciens héros littéraires." (dans "100 héros de la littérature"). Peut-être sont-ils simplement des sages...
 
Voltaire ou comment on fait de la philo avec des contes à dormir debout  

Appartenant au genre du conte philosophique, Candide ou l'Optimisme est publié par Voltaire en 1759, peu après le grand tremblement de terre de Lisbonne (1755) qui l'avait beaucoup frappé, dans un contexte de guerre peu réjouissant (le livre parait en plein milieu de la guerre de Sept ans). Le mauvais existe sur la terre, rien ne sert de le nier. Mais comment ce mal, ce laid peut-il être compatible avec l'existence de Dieu, du bon et du beau ? Que faut-il donc faire pour trouver un peu de bonheur dans tout ce malheur et cette violence ? Ce sont les questions, entre autres, que pose Voltaire à son lecteur, en alliant intrigue romanesque, stéréotypes du conte, humour et démonstration philosophique dans cette histoire rocambolesque. Mais comme toute sa problématique tient dans le fait qu'il faut que chacun raisonne pour lui-même et par lui-même, il se garde bien de donner une morale à ce conte. Chacun se débrouillera pour en tirer une leçon ou pas à sa convenance !

Si le conte est très connu, il a été peu adapté : à l'opéra en 1956,  au théâtre, en bande dessinée par Gorian Delpâture, Michel Dufranne, Vujadin Radovanovic et Christophe Araldi (2 volumes, éditions Delcourt 2008 ou encore par Philippe Meyran chez Bulle d'Encre en 2005.
 
Pas de film, pourtant ce n'est pas l'action qui manque dans cette histoire...
Ah mais si, mais si, un film existe : Candide ou l'optimisme au XXème siècle, film réalisé par Norbert Carbonnaux en 1960 avec Jean-Pierre Cassel dans le rôle de Candide et toute une pléiade d'acteurs bien connus de l'époque comme Louis de Funès, Michel Simon, Pierre Brasseur, Jean Richard, Jean Poiret, Michel Serrault (l'histoire se passe pendant la seconde guerre mondiale avec un Candide enrôlé dans l'armée allemande !).
 
Si vous voulez un aperçu de ce film, visitez le Musée virtuel Louis de Funès avec des extraits de Candide. Comment, de Voltaire, en arrive-t-on à ce fleuron du cinéma français engagé ?!!!