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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Médée

Médée

 

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Médée est la fille du roi de Colchide (Asie Mineure, vers la Géorgie actuelle) Aétès, lui-même fils du soleil Hélios et descendant d'Ouranos et de Gaïa. Mais, comme souvent dans les nobles familles royales, sa vie est emplie de bruit et de fureur, de malheurs également dont elle aura sa part de responsabilité.

 

Une amoureuse manipulée mais jusqu'au-boutiste

 

Elle tombe amoureuse du grec Jason venu en Colchide chercher la Toison d'Or que détient Aétès. Il est fort possible que Médée ait été manipulée dès le départ par la déesse Héra qui souhaitant la victoire de son protégé Jason, la fait ensorceler par la déesse Aphrodite afin qu'elle tombe sous le charme du jeune homme. Il est possible également que Jason avait une idée derrière la tête, le fourbe, quand il séduit la jeune fille et lui promet le mariage afin qu'elle lui vienne en aide. Toujours est-il que Médée aide le bel étranger à vaincre les épreuves imposés par le roi pour conquérir la Toison. Elle décide de fuir son pays à bord de l'Argos qui fait voile vers la Grèce. A-t-elle d'autre choix que de suivre l'homme qu'elle aime puisqu'elle a trahit son père et son pays ? Sans doute pas, mais elle aurait peut-être pu éviter de balancer les morceaux du corps de son propre frère Absytros (ou Apsyrtos) à la mer afin de retarder leur père qui les recueille. Est-ce elle ou bien Jason qui a tué de ses mains le jeune homme ? En tout cas la trace sanglante que Médée laisse derrière elle partout où elle va apparaît dans son sillage. Pendant le voyage de l'Argos vers la Grèce elle tue notamment le geant Talos afin d'aider encore une fois les Argonautes.

 

La magicienne

 

A Ioclos, patrie de son aimé, elle devrait devenir reine. Mais Jason ne parvient pas à reprendre le trône aux mains de Pélias l'usurpateur. Médée, servant les intérêts de son mari (et les siens sans doute) décide de recourir encore une fois à la magie pour parvenir à ses fins. Car elle est une puissante magicienne, sans doute la plus puissante de toutes à travers les âges, plus forte encore que sa propre tante, Circé. C'est par la magie qu'elle a aidé Jason en Colchide, c'est par la magie qu'elle fait tuer Pélias par ses propres filles. Après ce crime atroce elle est contrainte à l'exile avec son mari. Ils se réfugient à Corinthe.

 

Trompée et folle de rage

 

Elle est mère de deux petits garçons, Phérès et Merméros, quand Jason l'abondonne. Il dit être amoureux de la fille du roi Créon, appelé Créuse (ou Glaucé selon les versions). Plus probable qu'il est amoureux du trône ! Médée est répudiée. De toute manière, son mariage avec un Grec n'a en réalité aucune valeur : elle est une étrangère. Ce que Jason n'était pas sans savoir, le traître qui lui avait juré un amour éternel ! Ingrat, il se débarrasse de sa femme par goût du pouvoir, alors qu'elle lui avait rendu bien des services, alors qu'elle lui a sauvé la vie, qu'elle a tué pour lui, qu'elle l'a suivi loin de chez elle. Refusant de quitter Jason et de partir en lui laissant leurs fils, folle de jalousie et de douleur, Médée tue la fiancée de son mari, puis ses deux garçons avant d'incendier Corinthe et de s'enfuir. Est-elle vraiment devenue une infanticide ? Le meurtre de ses enfants serait vraiment le plus terrible et le plus injuste qu'on puisse lui reprocher mais l'a-t-elle vraiment commis ? D'autres versions de l'histoire de Médée contredisent ces faits : ce seraient les Corinthiens voulant venger le meurtre de Créuse qui auraient tué les enfants ou, si c'est bien leur mère, qui a tenu le poignard, c'est sous l'emprise d'une folie destructrice inspirée par les dieux et qu'elle ne pouvait contrôler, ou encore qu'elle a préféré les tuer elle-même plutôt que les voir assassiner par les Corinthiens.

 

Médée aussi terrifiante qu'elle puisse paraître à ce moment-là a quelques circonstances atténuantes. Il ne faut pas oublier en effet qu'elle est une vraie paria sur cette terre grecque qui n'est pas tendre pour les barbares (barbare au sens grec est celui qui parle un langage étranger et incompréhensible). Elle ne bénéficie d'aucun soutien, elle est considérée comme une indigène sous-civilisée. Elle est femme dans une société patriarcale très fermée. Elle est magicienne, sorcière, elle connaît les secrets de la vie et de la mort. Pour tout cela, elle est méprisée et crainte tout à la fois. Elle se défend avec les moyens dont elle dispose, elle agit comme un homme, elle refuse de subir et de se laisser faire. Toutefois on peut se poser la question de l'utilisation qu'elle fait de sa magie. En effet elle a montré auparavant que ses pouvoirs pouvaient être bénéfiques, par exemple quand elle permet à Aeson le père de Jason de rajeunir. N'aurait-elle pas pu alors se servir de ses pouvoirs pour partir avec ses enfants ? Pour les cacher, les sauver ? Agit-elle sous l'emprise d'une jalousie féroce qui lui brouille l'entendement, elle, la femme délaissée ? Sa soif de vengeance la pousse-t-elle inéluctablement vers des moyens violents et sanglants ?

 

Quoi qu'il en soit la liste des crimes de la magicienne ne s'arrête pas là puisque, en plus des Corinthiens qui sont certainement morts dans l'incendie, elle essaie de tuer Thésée. En effet, réfugiée à Athènes, Médée épouse Egée le roi, dont elle aura un fils. Pour cet enfant elle veut le trône d'Athènes mais Egée a déjà un enfant. Il faut donc se débarrasser de lui ! C'est ainsi qu'elle ruse pour éliminer Thésée, sans succès. Après l'avoir expédié combattre le Taureau de Marathon, elle tente de l'empoisonner. Rien n'y fait, elle doit partir, elle est bannie d'Athènes. A moins qu'elle n'ait pris la fuite sur un char de feu en embarquant le trésor royal dont elle perd une bonne partie en route ! Elle rentre en Colchide où elle aide son père à reconquérir le trône qu'il avait perdu. Aurait-elle alors à la fin des fins, sur les Champs-Elysées, épousé Achille ?

 

Médée à toutes les sauces, innocente, cruelle, démoniaque, libre, ...

 

Médée est une figure importante de la mythologie grecque et l'héroïne d'une liste d'oeuvres longue comme un bras depuis l'antiquité jusqu'à aujourd'hui. Selon les sources, elle apparaît comme une pure et innocente jeune femme bouleversée par l'amour (les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes), une femme furieuse (Médée de Sénèque), une femme odieuse et cruelle mais déchirée, blessée (Médée de Corneille), une barbare qui lutte contre son amour pour Jason et qui cède contre son gré (trilogie de La Toison d'Or de Grillparzer), une gitane orgueilleuse qui ne supporte pas l'humiliation et se suicide (Médée d'Anouilh), un personnage dont la part humaine est plus importante que la part magicienne mais indubitablement meurtrier (Euripide), une femme libre livrée à la vindicte du peuple qui tue ses enfants (Médée : voix de Wolf), etc... Médée, monstrueuse, solide, féminine, bafouée, mère dénaturée ou bouc-émissaire, est, quel que soit le qualificatif que le lecteur lui donne et la manière dont il la voit, un personnage tragique, complexe et fascinant, source d'inspiration et de réflexion intarissable. 

 

Quelques oeuvres majeures (la liste n'est pas exhaustive) :

  • Médée, tragédie d'Euripide, 431 av.
  • IV° Pythique de Pindare
  • Les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes, IIIème av.
  • Médée, tragédie de Sénèque, Ier ap.
  • Le Divin Jason, pièce de Calderon, 1634
  • Médée, pièce de Corneille, 1635
  • La conquête de la Toison d'Or, pièce de Corneille, 1661
  • Médée, opéra de Charpentier, 1693
  • Médée, opéra de Cherubini, 1797 dont la version italienne a été chantée par Maria Callas
  • La Toison d'Or (trilogie : L'Hôte; Les Argonautes; Médée) de Franz Grillparzer, 1818-1820
  • Médée furieuse, peinture de Delacroix, 1862
  • Médée et Jason, peinture de Gustave Moreau, 1865
  • Médée de Hans Henny Jahnn, 1924-26
  • Médée, opéra de Milhaud, 1939
  • Médée, pièce de Jean Anouilh, 1946
  • Médée, film de Pasolini avec Maria Callas dans le rôle de Médée, 1969
  • Trilogie : Rivage à l'abandon; Matériau-Médée; Paysage avec Argonautes / Heiner Müller, 1982-84
  • Medea, film de Lars von Trier, 1988
  • Médée : voix, roman de Christa Wolf, 1996
  • Médée, d'Euripide, mise en scène par Jacques Lasalle avec Isabelle Huppert, 2000
  • Médée la Colchidienne, roman pour la jeunesse de Marie Goudot, 2002
  • Médée Kali, pièce de Laurent Gaudé, 2003
  • Médée, série BD d'Ersel & Renot, Casterman 2009-2011, le mythe revisité par le biais d'un thriller historique dont l'action se déroule dans les années 30.
  • Médée, série BD de Nancy Peña et Blandine Le Callet, Casterman 2013, très belle BD qui reprend fidèlement le récit mythologique (1er volume : L'ombre d'Hécate)