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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Cendrillon

Cendrillon

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Il y a presque autant de versions différentes de Cendrillon à travers le monde entier que de jours dans l’année ! Les plus connues sont celles des frères Grimm et de Charles Perrault. Mais la jeune fille y apparaît sous des traits assez différents.
 
 
 
 
 
 
 
Souffre-douleur de la famille
 
Commençons par les points communs aux deux versions les plus célèbres.  Cendrillon est une jeune femme dont la mère, bonne et douce, vient de mourir la laissant seule avec son père. Peu après la mort de son épouse, celui-ci se remarie avec une peau de vache nantie de deux filles très jolies mais aussi méchantes que leur mère. Cendrillon ne tarde pas à se voir attribuer le rôle de servante souffre-douleur : sa nouvelle mère et ses sœurs ne savent pas quoi inventer pour l’embêter et la rabaisser. Lui faire trier pendant des heures des lentilles qu’on a sciemment jetées dans de la cendre, il fallait y penser.
On ne sait pas quel est son vrai prénom mais la pauvre jeune fille est affublée d’un surnom qui se veut humiliant. Comme elle est souvent assise près de la cheminée et que son vieux tablier est gris de cendre et de crasse, on la surnomme Cendrillon. Dans le conte de Perrault, elle est appelée en réalité Cucendron par la marâtre et la sœur aînée et Cendrillon par la plus jeune des sœurs.
 
On peut se demander pour quelles raisons le père n’intervient pas en faveur de sa propre fille, pour la défendre, ou tout simplement pour faire régner la justice au sein de son foyer. Il semble en effet favoriser ses deux belles-filles au détriment de sa fille qu’il laisse maltraiter et qui doit travailler du matin au soir très durement pendant que les autres se prélassent. Ce père, dans le conte de Grimm, brille par son absentéisme et son laisser-faire. Mais Perrault nous donne une explication : Cendrillon ne dit rien à son père et ne se plaint pas car c’est elle qu’il gronderait étant donné qu’il est complètement sous la coupe de sa nouvelle femme, hautaine, fière et perpétuellement de mauvaise humeur, qui règne en tyran dans la maison.
 

Se résigner ou larmoyer ?

Si le père est un pleutre, la fille, elle, est un ange de patience, de douceur et de bonté, en plus d’être belle sous ses guenilles et d’avoir bon goût (si bien qu’on la consulte sur les habits et les coiffures). Très travailleuse et pieuse, elle endure avec modestie son esclavage. Elle est triste d’avoir perdu sa mère dont elle visite souvent la tombe où elle se recueille, pleure et prie. Pourtant ce chagrin et son train de vie misérable ne l’empêchent pas d’être une jeune fille pleine de vie et de désirs. Elle aussi voudrait s’amuser, aller au bal avec ses sœurs. Du moins dans la version des Grimm car, dans celle de Perrault, Cendrillon pense que ce n’est pas sa place et pleure parce qu’elle ne peut pas y aller. Il y a là une différence notable dans la manière dont on nous montre Cendrillon. Chez les frères Grimm, c’est elle qui tente d’obtenir l’autorisation de sa belle-mère d’aller au bal et c’est elle qui réussit les épreuves que celle-ci lui inflige (avec un peu d’aide de la part de ses amis les oiseaux) à savoir trier une sempiternelle gamelle de lentilles mêlées à des cendres. Chez Perrault en revanche, c’est quand elle pleure et se lamente sur son malheur que sa Marraine, la fée, apparaît et la prend en pitié. Une question à propos de la Marraine : n'aurait-elle pas pu se manifester un peu avant ?
 
Cette question vaut pour le petit oiseau magique qui vit dans l’arbre poussé sur la tombe de la mère de Cendrillon et qui lui donne tout ce qu’elle souhaite. Il aurait pu lui venir en aide avant, cela aurait réglé le « Problème-Belle-Mère » une fois pour toutes. A moins que rien ne se passe parce que Cendrillon ne demande pas d’aide au sujet des mauvais traitements qu’elle subit. Est-ce l’envie du bal qui est tellement forte qu’enfin elle décide de passer à l’action soit en demandant à s’y rendre et en travaillant pour cela, soit en pleurant ce qui déclenche quand même les événements ? Dans le premier cas (Grimm) Cendrillon essuie un refus. C’était couru d’avance, elle était naïve de croire que sa marâtre l’équiperait de pied en cap pour aller au bal même si elle trie les lentilles plus vite que son ombre. Elle se débrouille donc toute seule avec l’aide du petit oiseau à qui elle demande une robe. Dans le deuxième cas (Perrault), sa Marraine lui offre robe, carrosse et tout le bataclan pour riches en transformant citrouille, guenilles, souris, rat et lézards.
 
Ruse et cruauté
 
Au bal, Cendrillon est tellement belle et gracieuse que tous l’admirent et que le Prince s’éprend d’elle. Il danse avec elle toute la soirée mais il ne lui vient pas à l’idée de lui demander qui elle est (l’Amour sans doute lui fait perdre un peu les pédales). Toutefois il tente de la piéger le troisième soir de la fête : il recouvre de poix le perron du château et sa bien-aimée y laisse une chaussure. Espérait-il qu’elle reste entièrement engluée la demoiselle ? On n’attrape peut-être pas les mouches avec du vinaigre mais les dulcinées avec de la poix ça fonctionne ! Avis aux dragueurs : plutôt que de demander les coordonnées de la plus jolie fille de la soirée, barbouillez donc le sol de colle ! Grâce au piège fatal il a en mains la chaussure d’or (oui, elle est en or la chaussure chez les Grimm, en verre chez Perrault et non en vair comme on l’écrit parfois, quoiqu’il en soit elle est assez peu confortable !), retrouve la trace de Cendrillon et, malgré que ses sœurs tentent de force d’entrer leurs gros panards dans la chaussure (l’une en coupant un orteil, l’autre le talon), c’est Cendrillon qui épouse le Prince.
Lors de la cérémonie, les amis volatiles de Cendrillon crèvent les deux yeux des sœurs qui sont ainsi punies de leurs méfaits. Cruel non ? Quand on sait que, déjà, elles se sont mutilés les pieds sur les conseils de leur mère ! Perrault est plus tendre envers les sœurs qui manifestent un sincère repentir et sont accueillies au palais par une Cendrillon fraîchement mariée et débonnaire.
 
Plusieurs versions d'un conte moins "Walt Disney" qu'il n'y paraît
 
Perrault a publié le récit Cendrillon ou la petite pantoufle de verre en 1697 dans le recueil  intitulé Les Contes de ma mère l'Oye, s’inspirant d’un conte populaire qui existait depuis longtemps. En 1812, Jacob et Wilhelm Grimm publient à leur tour le conte mais comme on l’a vu dans une version plus sombre et plus sanglante, beaucoup moins féerique et mignonne que celle de Perrault : pas de petites souris transformées en chevaux, pas de pardon pour les vilaines mégères mais au contraire du sang et des larmes. Perrault écrit pour un public de bien-pensants à la cour de France, cela se sent. Et on ne parle même pas de la moralité en guise d’épilogue : Cendrillon symbole de la réussite par le mérite et la « bonne grâce ».
 
Le point commun entre les différentes versions du conte à travers le monde est que le personnage reçoit toujours un petit coup de main magique quelle que soit la forme que cette aide prend. Et dans chaque histoire on retrouve l’idée que tout acte répréhensible mérite punition ou… pardon. On laissera au lecteur le soin de démêler seul ou par d’autres sources les explications psychanalytiques du conte.
 
Ce conte est une source sans fond où ont puisé et puisent encore écrivains, artistes, musiciens, chorégraphes, psychanalystes, cinéastes, illustrateurs, poètes, etc. Opéras, pièces de théâtre, films, films d’animation, comédies musicales, chansons, ballets, romans, livres pour enfants avec « vraie » histoire et histoire détournée ou parodiée, spectacles de marionnettes, collection de romans à l’eau de rose (le thème est porteur…).
 
Quelques exemples :
1634 La Chatte cendreuse de Giambattista Basile dans le recueil Le Conte des contes, ou le Divertissement des petits enfants
1759 Cendrillon, opéra-comique d’Anseaume, 1ère adaptation théâtrale du conte
1813 Cendrillon, ballet de Louis Duport (qui sera repris par Noureev sur une musique de Prokofiev en 1945 en Russie et en 1986 en France)
1817 La Cenerentola (Cendrillon ou le Triomphe de la Bonté), de Rossini
1858 Cendrillon, comédie de Théodore Barrière
1899 Cendrillon, opéra comique de Jules Massenet
1899 Cendrillon, court métrage de Georges Méliès
1919 La suite de Cendrillon ou le rat et les six lézards de Guillaume Apollinaire
1942 Cendrillon, comédie musicale de Bontempelli
1949-50 Cendrillon, film d’animation des studios Disney
1955 La Pantoufle de vair, film musical de Charles Walters, avec Leslie Caron
1960 Cendrillon aux grands pieds, comédie de Frank Tashlin, avec Jerry Lewis dans le rôle de Cendrillon au masculin
1976 Cendrillon, album de Warja Lavater
1998 A tout jamais, film d’Andy Tennant avec Drew Barrymore en Cendrillon moderne
2002 Cindy, comédie musicale de Luc Plamandon
2004 Cinderalla, manga de Junko Mizuno
2007 Cendrillon, roman d'Éric Reinhardt
 

Quelques autres personnages de contes traditionnels :

La Barbe-Bleue

Grisélidis

Raiponce

Le Joueur de flûte de Hamelin