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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Guy Montag

Guy Montag

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Doté d'une tête massive et d'un sourire perpétuel farouche,  Guy Montag est pompier professionnel depuis l'âge de vingt ans. Cela fait dix ans qu'il provoque des incendies. Provoque ? S'agit-il donc d'un pyromane ? Pas exactement. Oui, c'est un pompier  qui allume des bûchers à grand coup de pétrole dont il garde l'odeur sur lui en permanence. Mais pyromane, il ne l'est pas car il n'est pas malade, il n'est pas atteint pathologiquement du désir d'allumer des feux, il est payé par l'Etat pour le faire et le fait en toute légalité, au regard de toute une population.

 

Quand Guy commence à réflechir...

 

Il a été tout à fait satisfait de son travail pendant ces dix années et a oublié, ou feint d'oublier, que le métier originel du pompier n'est pas de déclencher un incendie mais de l'éteindre. Mais depuis quelques temps ce détail le turlupine. Jusqu'à présent il était heureux, il ne se posait pas la question de savoir s'il l'était ou pas en réalité, il n'est pas particulièrement tourné vers l'introspection. Et puis quelque chose s'est détraqué, Il se sent moins à l'aise avec ses collègues et ne participe plus à leurs loisirs. Le robot qui sert de chien limier à la caserne et qui ne devrait rien ressentir puisque c'est une machine, le déteste. Il prête une oreille attentive à sa jeune voisine Clarisse qui lui tient un discours sur une autre vie possible, une vie en marge de la société actuelle, une vie qui était celle que les gens connaissaient autrefois. Cela devient de plus en plus difficile d'aller chez des habitants ordinaires et de brûler leurs maisons parce qu'ils cachent des livres. Cela devient de plus en plus difficile de supporter la vie avec Mildred, son épouse, intoxiquée par les images qui proviennent des télévisions géantes qui couvrent les murs de leur salon et les sons qui se déversent sans fin dans ses oreilles par les petits émetteurs qui ne la quittent jamais.

Le son que rend Montag est de plus en plus différent de celui que rendent les hommes qui l'entourent et ses collègues : fêlé. Et le pire, le pire de tout c'est qu'il a commencé à cacher des livres chez lui ! Lui, un pompier chargé de veiller à ce que nul ne possède ces objets obsolètes, subversifs et mauvais pour le bonheur et la tranquillité de la populace ! Et le pire du pire du pire c'est qu'il commence à les lire et à vouloir comprendre pourquoi c'est interdit, pourquoi les livres ont disparu ou presque, pourquoi ils sont dangereux, pourquoi il a l'obligation de les éliminer par le feu. Qu'y a-t-il donc de si important dans un livre ?

 

Pourquoi les livres sont-ils devenus interdits ?

 

Beatty, son supérieur, a beau lui expliquer que cette situation n'est pas due à une loi imposée par le gouvernement mais que c'est le fruit d'une évolution naturelle (les hommes ont simplement perdu le goût de la chose écrite), Montag perçoit, derrière ce discours officiel, un mystère. Si comme le dit une efficace propagande tout est organisé pour que les individus soient parfaitement heureux, pourquoi ne l'est-il pas lui ? Pourquoi Mildred et lui sont incapables de se souvenir de leur première rencontre et ne s'aiment-ils plus vraiment tout en restant ensemble ? Pourquoi tente-t-elle se se suicider alors qu'elle est soi-disant heureuse et que la télévision lui apporte toutes les joies ? Pour Montag, il devient vital de trouver et rencontrer quelqu'un qui pourra lui apporter des réponses à ses questions. Il est bien conscient que ce qui est en jeu n'est pas tant le livre, ni même la culture, mais c'est la faculté de penser par soi-même. Car ce  que Guy Montag comprend c'est qu'il a cessé à un moment donné de penser de manière autonome pour se contenter de re-mâcher la soupe qu'on lui a servi et ce qu'il désire c'est enfin « agir de son propre chef ». Est-il bien conscient qu'il joue sa vie quand il prend contact avec un intellectuel résistant d'un réseau clandestin ? Qu'importe ! Le pas est franchi. Montag est prêt à conquérir sa liberté intellectuelle.

 

451, symbole d'une société abrutie

 

Montag est le pompier incendiaire de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Ce roman de science-fiction publié en 1953 décrit une société abrutie par les loisirs de masse : télévision, sport, radio, jeux violents, parcs d'attraction,... Une société où l'individu a abandonné toute envie d'apprendre, de connaître, de découvrir, de lire, de communiquer avec autrui et où la recherche du bonheur, bien légitime en soi, se perd totalement dans des illusions virtuelles, dans un vacarme assourdissant passant pour de la musique ou de l'information, dans des échappatoires diverses (drogues, spectacles) mais qui n'apportent que des satisfactions temporaires, superficielles, qui engourdissent les consciences et les coeurs. Dans un monde où la culture de l'écrit, symbole de la réflexion, de la qualité et de l'ouverture, est condamnée au feu (451°F soit 232,77°C est la température qui permettrait l'inflammation du papier) selon un raisonnement d'ailleurs qui tient très bien debout (voir les arguments anti-livres limpides de Beatty le chef de la brigade des pompiers : le livre renforce les inégalités entre les cultivés et les non-cultivés, le livre "déboussole" et ne rend pas serein, le livre suscite le débat donc l'intranquillité), comment résister contre l'endoctrinement, le conformisme et l'abrutissement généralisé ? C'est la question posée par l'auteur à laquelle chaque lecteur répondra suivant sa propre réflexion. 

Curieusement ce classique de la SF n'a pas donné lieu à de nombreuses adaptations. Oskar Werner joue Guy Montag dans l'adaptation au cinéma signée par François Truffaut en 1966.

En revanche, est parue en 2010, une bonne adaptation en bande dessinée illustrée par Tim Hamilton et supervisée par Ray Bradbury lui-même aux Editions Casterman.