Nils Holgersson

Publié le par Le Point de Suspension

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Pourquoi imagine-t-on un petit garçon quand on pense à Nils Holgersson alors qu'il est explicitement dit, dès les premières lignes de son histoire, qu'il a 14 ans ?

 

 

 

 

Un grand dadais désagréable

 

Certes, il est blond comme on croit toujours que les Suédois le sont, mais c'est un grand adolescent, gardien d'oies, paresseux et méchant et pas un garçonnet, vif, rieur et bien élevé. Ses parents, habitants du village de Västra Vemmentrög (Scannie, sud de la Suède), sont des fermiers pauvres mais travailleurs qui déplorent la fainéantise de leur fils lequel n'est bon ni à l'école, ni au travail de la ferme et, de plus, est colérique et teigneux.

Un jour qu'ils l'ont laissé à la maison pour aller au temple, Nils s'endort sur le sermon qu'il était censé lire. Quand il se réveille, un tomte, sorte de petit lutin scandinave, est entré dans la maison et farfouille dans les affaires de sa mère. Nils, évidemment, décide de ne pas le laisser tranquille et de l'emprisonner. Pour récompense il reçoit d'abord une énorme gifle venue de nulle part qui l'envoie valdinguer et l'assomme. Ensuite, lorsqu'il revient à lui, il se rend compte qu'il vient de recevoir sa deuxième sanction : il est devenu aussi petit qu'une Alice qui vient de boire sa potion.

Et voilà la réponse à la question posée en préambule : on pense toujours à un petit garçon quand on évoque Nils Holgersson parce qu'il a été rapetissé par un tomte et qu'il est devenu un tomte lui-même. C'est en réalité un adolescent bébête prisonnier dans un corps de petit gamin haut comme trois pommes à cause d'un sortilège.

 

Le début d'une aventure pas du tout prévue, ni désirée

 

Le premier avantage que Nils tire de sa situation c'est qu'il comprend le langage des animaux. Le second avantage... il n'y a pas vraiment de second avantage. Le problème pour lui c'est de retrouver son apparence ordinaire car même si sa culotte de cuir jaune, son gilet vert et son bonnet blanc ont rapetissé avec lui, il ne peut pas rester ainsi. Mais étant donné qu'il a été très méchant avec tous les animaux de la ferme, aucun ne veut l'aider à retrouver le tomte pour qu'il le fasse grandir. Nils fait le tour de la ferme en vain. Quand il voit le jars tenter de partir avec les oies sauvages, il a, pour une fois, envie de faire une bonne action et veut l'empêcher afin que ses parents ne perdent pas leur animal.

Seulement, inconscient qu'il est, il oublie qu'il est minuscule et faible : il se retrouve accroché au jars qui s'envole, sans pouvoir le retenir au sol. C'est ainsi que commence le long voyage de Nils à travers la Suède en direction de la Laponie sur le dos d'un animal domestique qui lui aussi a surestimé ses forces. Martin le jars blanc et Nils le crétin local vont devoir surmonter leur rancoeur afin d'établir une collaboration nécessaire en milieu hostile. En effet Martin sait bien que seul parmi les oies sauvages arrogantes il va en baver et Nils, fragilisé par sa petite taille et son statut, ni tout à fait homme, ni tout à fait tomte, n'est pas  très apprécié des animaux sauvages.

 

Quelque chose va bien finir par lui entrer dans le crâne !

 

Nils n'est ni très malin, ni très courageux. Il ne réfléchit guère aux conséquences de ses actes et n'a pas de grandes qualités de coeur. S'il ne veut pas rentrer chez lui, ce n'est pas par goût de l'aventure, par curiosité mais par peur de se faire gronder et aussi pour éviter le travail et l'étude. Toutefois, péripéties après péripéties, il commence à comprendre deux ou trois choses que ses parents et ses expériences n'avaient pas réussi à lui inculquer. Par exemple, enfermé dans une boite pendant des heures, il comprend ce que ses parents pouvaient ressentir quand il s'amusait à les enfermer à la cave ! Il comprend également que les mauvaises blagues sont peut-être amusantes sur le moment pour leur auteur, mais qu'à long terme elles apportent plus d'ennuis que de plaisir et qu'une réputation de mauvais garnement n'aide pas beaucoup. C'est en se tenant à carreaux qu'il sera agréé par ceux qui comptent à ses yeux : les oies libres avec lesquelles il se sent bien mieux qu'à l'école ou chez lui. Même si c'est davantage par orgueil ou par intérêt que par gentillesse qu'il aide les oies, il parvient à gagner leur confiance.

Au cours de son long voyage de plusieurs mois, Nils apprend beaucoup et quand il rentre enfin, il est transformé intérieurement. L'adolescent lent et endormi, sans compassion et désagréable est devenu un jeune homme vif et réellement humain. Il retrouve son apparence grâce au pardon du tomte. Devenu un homme chaleureux, prêt à aider ses parents, il ne peut s'empêcher d'avoir une pointe de nostalgie quand il pense à son amitié avec les oies migratrices qui, depuis qu'il est redevenu humain à part entière, ne le comprennent plus. Comme tout adulte, c'est avec un mélange de joie et de tristesse qu'il pense à ce qui n'est plus... son enfance.

 

Pédagogie à la suédoise

 

Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède est le grand classique pour les enfants de la littérature suédoise. Publié par Selma Lagerlöf en 1906-1907, il retrace sous forme de conte le parcours initiatique et magique d'un jeune garçon et permet aux petits Suédois de l'époque de découvrir la géographie, un peu d'histoire et les légendes de leur pays par la même occasion (le livre est une commande de l'Education Nationale). Tout cela paraît aujourd'hui bien pédagogique comme en France peut l'être Le Tour du monde de deux enfants de Bruno, mais garde un grand charme à cause du personnage qui n'est qu'une tête de bois n'aimant personne à l'instar d'un Pinocchio à qui il faudra bien des malheurs pour arriver à grandir, à s'ouvrir aux autres et à aimer.

Histoire universelle, les aventures de Nils Holgersson ont inspiré cinéastes et créateurs pour des adaptation en films, séries télévisées d'animation, etc. Mais curieusement en France ce n'est pas un livre qui a donné énormément lieu à des éditions illustrées pour la jeunesse. Signalons quand même la belle adaptation par Anne Jonas aux Editions Glénat dont les illustrations ont été réalisées par Vincent Dutrait, le bien nommé.

 

 

 

 

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