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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Lee Anderson

Lee Anderson


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Quand on rencontre Lee Anderson on ne sait pas grand-chose de lui. Il a un frère, Tom, un ami nommé Clem, et des soucis qui l’ont obligé à aller se réfugier dans une ville où personne ne le connaît à la fin d’un bel été.
 
 
 
Le libraire caméléon
 
Dans cette petite ville appelée Buckton, Lee reprend la gérance d’une librairie. Lee a une belle voix et du charisme, sait jouer de la guitare, est encore jeune (26 ans) et séduisant (cheveux blonds, bâti en athlète), n’hésite pas à boire et faire la noce, des qualités qui séduisent sans peine les jeunes lycéens et étudiants émancipés et aisés de la ville y compris Dexter, maladif mais riche et influent. Lee s’amuse avec ces jeunes gens et couche avec toutes les filles qui le veulent bien et elles le veulent toutes apparemment. Comme c’est un homme cultivé qui peut se débrouiller au tennis et au bridge, parler de jazz et de livres, il peut, à l’instar d’un Jay Gatsby, se mouvoir dans la bonne société. Mais comme Gatsby le Magnifique, on sent qu’il ya quelque chose qui cloche… Comment cet homme qui arrive à Buckton avec un seul dollar en poche et des choses à cacher peut-il donner le change à la bourgeoisie locale ? Il a passé 10 ans en Europe où il a été domestique et jouet sexuel d’un homme doté d’une bonne bibliothèque. C’est un autodidacte issu d’une famille pauvre.
 
Lee a un secret...

Mais Lee cache quelque chose. Il a un secret et un revolver. Lee a sa propre croisade à mener et il est déterminé. Métis blanc de peau issu d’une famille noir, Lee veut venger la mort de son jeune frère dont le seul tort fut d’être un Noir amoureux d’une Blanche pourvue d’un frère et d’un père racistes. Pour la mémoire de son frère assassiné, Lee veut se servir de son apparence de Blanc bien propre sur lui afin de tromper et faire souffrir les Blancs. Sa croisade consiste à faire mal à ces petits Blancs friqués, à l’âme pourrie qui n’hésitent pas à tuer un « gosse » noir pour rien. Voilà le secret de Lee sur lequel repose toute sa vie actuelle : il est Noir sous une peau blanche. 
 
Un vengeur sans états d'âme
 
C’est sur Lou et Jean Asquith, deux sœurs de 15 et 20 ans, très jolies, séduisantes et aisées , rencontrées à une soirée chez Dexter, qu’il jette son regard d’ange exterminateur. Il n’a aucun mal à les manipuler et à les séduire et elles n’en sortiront pas vivantes. Mais avant la fin, il leur aura révélé qu’il est bel et bien un nègre. Lee n’a aucune pitié pour des filles qui n’ont rien à voir avec le meurtre de son frère, il éprouve une vraie jouissance physique à tuer et n’a aucun scrupule à mentir, manipuler, tromper. Est-il un psychopathe qui sera capable de tuer froidement encore ou encore ou un homme poussé à bout, bouffé par la colère, qui va jusqu’au crime mais s’arrêtera là ? Entre horreur et pitié, le lecteur se pose cette question sans réponse.
 
Vernon/Boris
 
Lee Anderson naît en 1946 sous le stylo de Vernon Sullivan dont le véritable nom est assez vite révélé : Boris Vian. Roman de commande pour une collection de fictions américaines, J’irai cracher sur vos tombes est écrit en très peu de temps par Vian. qui ne se contente pas de livrer un simple pastiche de polar américain. Accusé de produire un livre immoral, violent, pornographique, incitant la jeunesse à la délinquance, l’auteur provoque un scandale et écope d’un procès, d’une amende et d’une interdiction de la vente de son roman. Noir et cru, le livre est certes dérangeant, volontairement provocateur mais il est aussi important et marquant : dans l’immédiate après-guerre, il vient rappeler à la société française que l’Amérique est encore ségrégationniste et largement intolérante, porteuse de sa propre violence sociale.
Le livre est adapté par Vian lui-même au théâtre en 48 (avant l’interdiction). Puis il sera adapté assez librement au cinéma par Michel Gast, inspiré par le scénario qu’avait écrit Vian. Ce film, l’auteur ne le verra jamais puisqu’il succombe à un malaise cardiaque au début de la première projection en 1959.