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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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C. Auguste Dupin

C. Auguste Dupin

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L'un des plus célèbres cerveaux de la littérature mondiale. Un des ancêtres de Sherlock Holmes et d'Hercule Poirot.

 

 

 

Dans la gêne mais avec classe

Le chevalier Dupin, comme ses noms et prénoms l'indiquent, est d'origine française. Mais s'il a hérité d'un nom illustre et d'une parfaite éducation, il n'a pas de fortune. Il l'a perdue à la suite de circonstances imprécises et sans qu'on sache si cela est de son fait ou de celui de ses aïeuls. En d'autre termes, Dupin est un noble fauché. Il vit dans les années 1830-1840, sous la Monarchie de Juillet, et il faut noter que "chevalier" est un titre de noblesse et que Dupin ne dégaine aucune épée à aucun moment. Il vit donc de peu et les livres sont le seul luxe qu'il s'autorise. Parce qu'il est désargenté, Dupin partage une maisonnette délabrée avec un ami américain , comme lui célibataire, dans la rue Dunot, faubourg Saint Germain à Paris.  Les deux compères étant d'un caractère un peu fantasque et préférant la nuit au jour, restent cloîtrés toute la journée dans leur baraque, que les habitants du quartier pensent être hantée,  à lire, à fumer leur pipe, à écrire, à converser et à réfléchir et ne sortent que la nuit pour se promener dans la ville. Tous deux jouent au whist qu'ils considèrent comme supérieur aux échecs, lequel jeu ne réclamant guère qu'un peu de mémoire  et finalement assez peu d'intelligence et de sens de l'analyse.

 

Un mécanisme cérébral parfaitement huilé

Dupin est un cerveau, pas seulement parce qu'il est plus intelligent que la moyenne mais surtout parce qu'il a une grande intuition, de l'imagination et une capacité d'observation et de déduction hors du commun. C'est ce mélange de qualités chez lui qui en font un homme capable de lire quasiment les pensées d'autrui et de découvrir les solutions à des énigmes particulièrement complexes. Son sens de l'analyse, sa perspicacité et ses facultés sont tellement puissants qu'il parait parvenir à des résultats de manière presque surnaturelle. Il peut aller plus loin dans le raisonnement que n'importe qui, il peut analyser une situation ou une personne plus finement que le plus malin des psychologues, des enquêteurs, des "profileurs".

Son ami et co-locataire dit de lui qu'il a une "intelligence surexcitée, malade peut-être"... Il précise également que Dupin aime assez étaler son talent et se montre un tantinet vaniteux quant à son intelligence et à son esprit supérieur.

 

Un esprit au service de la résolution des crimes

Heureusement pour le peuple parisien, Dupin n'utilise pas sa cervelle, ses "petites cellules grises" comme dirait Hercule Poirot, pour le côté obscur de la force. Bien au contraire, il la met au service des forces de police. Quoique... En réalité, Dupin semble se moquer du bien ou du mal, seule la découverte d'une solution au problème l'intéresse quand le préfet de police lui parle d'une affaire et pas tellement le fait de mettre ou non un coupable sous les verrous. 

Mais Dupin est tout de même le premier détective de la littérature. Le père spirituel de Sherlock Holmes avec lequel il a de nombreux points communs : l'excentricité, le génie et les dispositions, le petit côté "je suis le meilleur", le meilleur ami-co-locataire-faire-valoir,-narrateur de ses exploits, la pipe, etc.

 

Rue Morgue, la bien nommée

Edgar Allan Poe se serait inspiré du personnage réel de Vidocq, le policier aux méthodes discutables et de ses Mémoires (1828), pour créer C. Auguste Dupin. Le nom de notre héros viendrait quant à lui du brillant mathématicien Charles Dupin (1784-1873).

Poe met en scène Dupin dans trois histoires : la première, publiée en 1841 dans The Graham's Lady and Gentleman's Magazine aux Etats-Unis, s'intitule The Murders in the Rue Morgue, traduite en français par Charles Baudelaire sous le titre Double assassinat dans la rue Morgue. Cette courte histoire est l'acte de naissance si l'on peut dire du roman policier comme genre littéraire.

Dupin revient dans deux autres affaires : Le mystère de Marie Roget  (The Mystery of Marie Roget 1842-43) et La lettre volée (The Purloined Letter 1844). Ces deux nouvelles ont  aussi été traduites par Baudelaire. Les trois histoires sont parfois rassemblées en une trilogie appelée Les trois enquêtes du Chevalier Dupin. Mais généralement Double assassinat... et La lettre volée figurent dans le recueil des Histoires extraordinaires et Le mystère de Marie Roget dans Histoires grotesques et sérieuses, deux recueils dont on trouve de nombreuses éditions en France. 

Au Royaume-Uni, Michaël Harrison a repris le personnage de Dupin pour en faire le héros de nouvelles aventures. En France, c'est Fabrice Bourland qui s'est employé à la renaissance du célèbre détéctive amateur.

L'histoire de la rue Morgue est souvent la plus connue des trois aventures de Dupin, c'est  donc celle qui a été le plus adaptée au cinéma, en bande dessinée, etc. : trois films en 1932, 1954 et 1986. Et quelques BD dont la belle adaptation de Jean David Morvan  : Double assassinat dans la rue Morgue, illustrée par Fabrice Druet (Delcourt 2008).