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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Ernest et Célestine

Ernest et Célestine

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Ernest est balayeur de rue. Un jour de pluie, il va faire la rencontre de la petite Célestine qui va changer sa vie de fond en comble.

 

Comment on devient père de famille sans le faire exprès

C'est dans une poubelle qui fait du bruit qu'Ernest découvre une minuscule souris souffreteuse. Visiblement, elle a grand besoin de soin, et elle est sans doute à demi-morte de faim, c'est pourquoi Ernest la met sous sa veste et la ramène chez lui. Il est très heureux de sa trouvaille parce qu'il est un peu solitaire : cela va lui faire de la compagnie.

Des biberons, de la chaleur et beaucoup d'amour vont profiter à la souricette. Ernest lui cherche un prénom : elle sera Célestine. Un bébé souris dodu qui prend une place immense dans la vie du bourru lequel s'habitue à lire et faire le ménage avec un petit paquet langé et chaud dans les bras.

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Ernest se révolte

Mais adopter un enfant trouvé pour un célibataire sans grand prestige social, ni richesses, n'est pas forcément bien considéré par les voisins. Les braves gens s'étonnent et se plaignent de cet ours qui trimballe partout une souris. Ernest doit se mettre en colère pour qu'on lui laisse son bébé. Au tribunal, il défend sa situation de père et son droit à garder Célestine. Contre amis et ennemis, il se bat.

Habitué à la solitude et, pire, à l'isolement, Ernest ne sait pas que certains individus sont bons et dignes de confiance. On ne lui veut pas que du mal. On lui offre de l'aide aussi et il va avoir bien des difficultés à accepter le soutien et la compassion amicale d'autrui quand ils lui sont offerts gentiment. Accepter le don et remercier dans la joie : une leçon pour Ernest.

La vie s'installe, le nid se creuse

Célestine tombe malade, la santé de la souricette est en effet restée fragile. Trois semaines durant le père ours doit laisser son enfant à l'hôpital. Il ne mange plus, est malade d'inquiétude, oublie lessives et quotidien. Puis n'y tient plus : qui mieux que lui pourra soigner la souricette. Il reprend Célestine chez lui et de nouveau, comme au début, il arrache Célestine au dépérissement à force de soin et de tendresse. Quand la souris est tirée d'affaire, tous deux vont s'installer dans leur vie de famille à la fois mouvementée (Célestine est une petite chipie malicieuse et une "enfant" vive) et pleine de douceur (Ernest est un grand sensible gentil). La relation entre les deux personnages est empreinte non seulement d'affection profonde mais de respect, de gaiété, d'acceptation et de compréhension mutuelle. Quand Célestine arrive dans la vie d'Ernest, ancien violoniste, clown, exilé loin de son pays, la Roumanie, c'est un vrai soleil qui déboule et pour Ernest il était tout simplement temps de faire la place à quelqu'un. Quand à la petite souris, elle a un grand besoin de sécurité et de stabilité comme tous les enfants et elle comprend que le gros ours peut les lui apporter.

Chacun son rôle

Ainsi Célestine est la petite fille qui questionne, qui titille, qui fait avancer Ernest et le force à sortir de lui-même, à jouer, à se mettre à sa hauteur et à donner mais en même temps l'aime, écoute ce qu'il dit, respecte ce qu'il représente, le père. Ernest est le parent qui sécurise, qui aime sans compter, qui gronde aussi, qui s'inquiète, qui rouspète, qui s'occupe de tout, du quotidien comme de l'éducation et offre tout ce qu'il peut. Comme tous les parents, il hésite, ne sait pas toujours quoi faire et comment s'y prendre. Comme tous les enfants, Célestine est débrouillarde, intuitive, franche, pénible, espiègle et n'a pas peur d'aborder les sujets fâcheux : la mort, la maladie, l'adoption, l'amour, la vie. Tous deux ont une relation exceptionnelle et ordinaire à la fois.

La série de Gabrielle Vincent

Ernest et Célestine sont nés sous la plume de Gabrielle Vincent dont les aquarelles sépia, très éloignés du coloré des albums pour enfants habituels ont su séduire un large public d'enfants et d'adultes. G. Vincent a déployé une longue série autour de ces deux personnages animaliers dont les titres sont parfois aussi mièvres que Martine à la plage, Martine fait du vélo, etc. : Ernest et Célestine au musée, Ernest et Célestine ont des poux, Ernest et Célestine vont pique-niquer, ... Mais qu'on ne s'y fie pas ! Le contenu des albums est loin d'être cul-cul !

Certes, ce sont toujours des petits morceaux de la vie quotidienne qui sont racontés et illustrés mais la manière de raconter de Vincent, les thèmes abordés et ses superbes dessins d'apparence très simples composent des histoires touchantes, universelles et qui témoignent d'une manière de voir le monde bien particulière à l'auteur. Une douce manière de voir le monde où sentiments et relations sont à la fois simples et compliqués, où l'important n'est pas de devenir riche, ni d'avoir une belle pelouse tondue, ni d'être excellent à l'école ou au travail, ni d'obtenir de l'avancement, de la reconnaissance ou du pouvoir. Il s'agit ici d'être heureux avec ce qu'on a, d'avoir quelques bons amis fiables et gentils, d'avoir un petit lieu de vie agréable et accueillant même s'il est un peu en pagaille et surtout de s'aimer beaucoup et très fort même quand on est patraque, grincheux, furieux, fatigué, même quand la vie est dure et moche.

Les 23 albums de la série sont parus chez Duculot puis Casterman entre 1981 et 2000, date de la mort de Gabrielle Vincent. Le premier publié était Ernest et Célestine ont perdu Siméon.

En décembre 2012, est sorti un film librement adapté des albums : Ernest et Célestine de Benjamin Renner. Un extrait vidéo montre un Ernest bébête et affamé trouvant une Célestine maligne, peste, raisonneuse et un poil arrogante, le premier s'apprêtant à manger la seconde, la seconde mettant une claque sur le museau du premier, ce qui est déjà une terrible trahison du propos de Gabrielle Vincent. Sans doute le film est mignon et réjouit ceux qui ne connaissent pas ou peu les livres, il déçoit probabement les autres...

Par ailleurs les album ont souvent inspiré les compagnies de théâtre qui en ont fait des adaptations pour des spectateurs "jeune public" (donc pour TOUT le monde comme les bons films d'animation peuvent l'être).

Pour voir un extrait du film de B. Renner :