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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Frodon Sacquet

Frodon Sacquet

montagne-du-destin.pngFrodon Sacquet (ou Frodo Baggins dans la version originale anglaise) est le fils de Drogon Sacquet, cousin de Bilbon Sacquet, et de Primula Brandebouc, également cousine de Bilbon. Ainsi Frodon n'est pas le neveu à proprement parler de Bilbon mais son cousin, ou alors c'est son neveu à la mode de Bretagne c'est à dire enfant d'un cousin germain.

 

Drogon et Primula se sont accidentellement noyés alors que Frodon était plus jeune, c'est pourquoi il vit avec son "oncle" qui l'aime beaucoup et l'a adopté pour en faire son héritier. Tous deux habitent une jolie maison appelée Cul-de-Sac et sont financièrement à l'aise grâce aux richesses que Bilbon avait ramené de ses aventures lointaines avec Gandalf le magicien et les Elfes quelques soixante années plus tôt (voir Bilbo le Hobbit qui raconte les pérégrinations de Bilbon et surtout sa rencontre avec un certain Gollum à qui il a pris un certain Anneau magique).

 

Frodon ronge son frein

Frodon va avoir 33 ans le 22 septembre, jour où Bilbon fêtera ses 111 ans. Chez les Hobbits, 33 ans est l'âge de la majorité. Ce 22 septembre est mémorable pour Frodon car c'est celui que choisit son oncle pour disparaître de la circulation et lui laisser Cul-de-Sac. Après le départ secret de Bilbon, Frodon hérite donc de la maison et des richesses de son oncle. Comme lui, il vit seul, en célibataire, de manière plutôt originale par rapport aux moeurs habituelles des Hobbits vivant dans la Comté, peuple plutôt conventionnel et légèrement stupide (en réalité Frodon passe aux yeux des ses voisins pour un Hobbit un peu timbré). « Gros petit bonhomme aux joues rouges », grand pour un Hobbit, avec une fente au menton et l'oeil brillant, c'est un grand marcheur. Il aime se promener dans la campagne de la Comté, soit seul, soit accompagné de ses amis, Merry et Pippin entre autres.  Frodon vit ainsi tranquillement dans son coin pendant longtemps, commémorant chaque année l'anniversaire de Bilbon qu'il espère revoir un jour. Entre ses 33 et ses 50 ans, il reste dans la Comté mais rêve de voyager et de vivre des aventures à l'instar de son "oncle".

 

Un minuscule Jedi qui cherche un sens à sa vie

Il est peut-être temps d'établir ici une vérité essentielle : même si le film qui raconte les aventures de Frodon est merveilleux, bien ficelé et passionnant, il raconte à peu près n'importe quoi ! Bon c'est un peu exagéré de dire cela mais le fait est qu'il n'est pas très fidèle au livre de Tolkien et surtout par bien des côtés à l'esprit du livre. Le film a tendance à faire passer les Hobbits pour de vilains garnements, des ados potaches, ce qui est loin d'être le cas, même s'ils s'amusent parfois. Et surtout Frodon y est présenté comme un jeune garçon parfois en colère, parfois geignard, qui traîne souvent des pieds alors que c'est un homme, enfin non un Hobbit, mûr et qui reste maître de lui, aimable et le coeur ouvert dans les pires circonstances. C'est une sorte de chevalier Jedi tout petit aux pieds poilus qui suit son bonhomme de chemin sans s'exciter ni devenir cet espèce de parano obsessionnel et hystérique qu'il est parfois dans le film.

Le livre n'est donc pas vraiment un récit d'initiation, le passage de l'enfance à l'âge adulte mais plutôt la quête d'un "homme" mûr insatisfait, qui cherche un sens à sa vie en dehors du conformisme de la vie familiale, d'autant qu'il est assez riche pour ne pas avoir besoin de travailler donc qu'il ne s'épanouira pas dans une éventuelle vie professionnelle. Un "homme" qui ne refuse pas d'assumer des responsabilités quand le moment de prouver sa valeur lui est offert, même s'il est terrifié. Quand il apprend par Gandalf son ami magicien, que l'anneau (l'Anneau Unique créé par Sauron, le Seigneur des Ténèbres afin de faire des peuples libres ses esclaves) qu'il a reçu en héritage de Bilbon est dangereux pour lui, son peuple, voire toute la terre, il ne se dérobe pas.  Il faut détruire l'anneau ? Eh bien ! Il ira.

A 50 ans, de toute manière, il commence à tourner en rond à Cul-de-Sac et ses randonnées solitaires se font plus fréquentes. Au même moment les Nains et les Elfes sont de plus en plus nombreux à traverser la Comté pour se réfugier vers l'Ouest. Il se trame quelque chose de grave et Frodon a la bougeotte. On peut dire que mentalement il est prêt à laisser entrer l'aventure et l'action dans sa vie paisible et oisive. C'est un Hobbit, donc un être peu enclin à prendre des risques et aimant son confort, mais comme beaucoup de gens qui ont une maison agréable, des biens, des amis, un jardinier qui rend leur cadre de vie agréable, il trouve parfois tout cela un peu trop confortable. Rêve d'aventure mais en même temps n'est pas sûr de vouloir tout remettre en cause et de se mettre en danger au diable vauvert. Mais, et c'est là ce qui fait la force de Frodon : dans un coin de sa tête, il se sent d'attaque pour le grand chamboulement. 

C'est ainsi que Frodon, héritier de l'Anneau, va devenir le "Porteur de l'Anneau". Sa mission : détruire ce bijou en apparence inoffensif en allant le jeter dans les profondeurs fumantes de la Montagne du Destin afin que l'ennemi, ce pourri de Sauron, ne puisse mettre la main dessus et asservir les peuples de la Terre du Milieu (dont font partie les Hommes, les Elfes, les Nains, les Hobbits et plein d'autres peuplades).

 

Un vrai gentil comme on n'en fait plus

Frodon est un être profondément bon, si bienveillant qu'on pourrait le croire dépourvu de discernement ou de perspicacité mais ce n'est pas le cas : sous une apparence de bonne poire, il n'est pas naïf, seulement il pense que les gens ne sont pas foncièrement mauvais, il souhaite laisser à chacun une chance de prouver sa valeur. N'est-il pas, lui, un tout petit bonhomme insignifiant qui porte le destin du monde à lui tout seul ou presque ? Alors, à qui peut-on se fier ? On se rend compte de son bon fond notamment quand il décide de laisser la vie sauve à Gollum et de l'employer comme guide : Frodon sait que Gollum est dangereux mais il croit détecter en lui quelque chose de bon. Il sait aussi qu'il a besoin d'aide et que Gollum peut lui être utile. Enfin, il sent intuitivement que ce pauvre taré visqueux qui n'a plus toute sa tête a encore son rôle à jouer. La suite lui prouvera qu'il a eu raison car, sans Gollum, Frodon aurait-il réussi à se débarrasser de l'Anneau ? Car, oui, au moment fatidique, Frodon est tenté par la possession de l'Anneau mais cela ne dure que quelques secondes, un court accès de folie jalouse et ivre de pouvoir interrompu par Gollum qui lui croque le doigt où Frodon a glissé l'Anneau. Toutefois, à part ce court moment (certes décisif) où il perd les pédales, jamais Frodon ne perd patience, il reste courtois et gentil même s'il est en train de souffrir comme un damné sous le poids de l'Anneau de plus en plus exigeant et sous le coup de la fatigue.

 

L'inoubliable héros de Tolkien

C'est peut-être pour cette raison en fin de compte que les lecteurs s'attachent tant à ce personnage : il a des qualités humaines et des ressources dignes d'un véritable héros. Il est presque plus chevaleresque que les combattants et princes qui traversent le bouquin ! Frodon, malgré la multitude de personnages qui peuplent Le Seigneur des Anneaux, est vraiment LE héros de l'histoire par le rôle qu'il joue et par sa personnalité très riche. Même si J.R.R. Tolkien, son créateur, se paye le luxe de ne pas parler de lui pendant toute une partie de l'histoire ! En effet, sur les six livres qui composent Le Seigneur des Anneaux, certains ne font pas mention de Frodon qui poursuit sa quête en dehors du regard du lecteur en quelque sorte. Oui, au passage, notons que le récit de Tolkien (publié en 1954-55) n'est pas une trilogie mais comporte six "livres" qui ont été publiés sous forme de trois livres papier.

Cette fausse "trilogie" est probablement l'oeuvre appartenant au genre de la fantasy la plus connue et la plus lue, d'autant plus que l'adaptation cinématographique dans les années 2000 par Peter Jackson a relancé la passion pour cette oeuvre qui a été critiquée, encensée, adulée, dénigrée, interprétée et à qui on a fait dire tout et son contraire... Mais c'est à cela qu'on reconnaît une oeuvre importante, non ? Chaque lecteur y trouve (ou non) matière à réflexion, à rêve, à interprétation, etc. Elijah Wood restera un Frodon inoubliable pour beaucoup de spectateurs qui ont vu les trois films de Jackson mais pour les lecteurs qui ont lu Tolkien, ils se seront probablement fabriqué leur propre Frodon...