Hamlet

Publié le par Nathalie, Le Point de Suspension

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Hamlet ? Inévitablement on pense au type qui tripote un crâne dans un cimetière et se demande si cela vaut le coup d'exister. Pour commencer, ce n'est pas au moment où il parle avec le crâne tout sec de Yorick le bouffon dans les mains qu'il demande "To be or not to be".

Hamlet ?  Est-ce l'homme "sagace et extravagant, profond et frivole, bouffon et lettré" selon Victor Hugo.  Pas si simple, pas si simple...

Fils de roi en deuil

Hamlet est le fils du roi du Danemark, également appelé Hamlet, et de la reine Gertrude. Hamlet Père a combattu et tué Fortinbras, le roi de Norvège et le fils de celui-ci revendique les terres perdues par son père au profit des Danois, à l'insu du nouveau roi de Norvège, son oncle, qui est vieux et malade. Une guerre est de nouveau imminente entre les Danois et les Norvégiens. C'est dans ce contexte géopolitique troublé que Hamlet Fils est revenu au château d'Elseneur. Auparavant, il était étudiant à Wittemberg où il suivait probablement un cursus bacc +12 étant donné qu'il a environ une trentaine d'années ! En effet quand il tâte le crâne déterré de Yorick le bouffon du roi, mort depuis 23 ans, il se souvient parfaitement de lui donc il avait au moins 5 ou 6 ans au moment de sa mort. Sans doute fait-il une longue thèse en psycho sur le complexe d'Oedipe...

Trêve d'anachronisme, Hamlet se morfond à Elseneur car il a perdu son père, décédé pendant qu'il faisait une sieste au jardin (piqué par un serpent) et sa mère a épousé en secondes noces son beau-frère, Claudius le propre frère d'Hamlet Père. Claudius s'est ainsi emparé du trône deux mois à peine après la mort du roi. Hamlet n'a aucune affection pour cet oncle qu'il considère comme un imposteur et éprouve du ressentiment envers sa mère. Elle s'est remise un peu vite à son goût de la mort de son mari et s'est remariée sans respecter de période de deuil. Hamlet, lui, porte le deuil de son père avec une grande douleur. Il projette vaguement de retourner à Wittenberg pour continuer ses études mais il a du mal à retrouver la motivation nécessaire. Il est amer et triste. Même son amour pour Ophélie, la fille du premier ministre Polonius, ne le comble pas et ne suffit pas à le faire sortir de sa mélancolie.

Plus que déprimé, fou

Hamlet est un homme pieux et vertueux : il réprouve la débauche et les fêtes organisées par son oncle. A noter que son père n'était guère plus modéré... Il est humble, ou alors très déprimé et sans estime de soi : "je n'estime pas ma vie au prix d'une tête d'épingle" dit Hamlet au trente sixième dessous. Autant dire qu'il est dans de bonnes dispositions (tristesse, accablement et en même temps ressentiment et colère) pour accueillir favorablement les révélations du spectre de son père. Immédiatement, il est fasciné et excité par la vision du fantôme de l'ancien roi et lui prête une oreille plus que complaisante. Apparemment, voir un fantôme ne le défrise pas plus que ça, il est prêt à croire tout ce que l'apparition lui dit. Or l'apparition lui dit qu'elle est passée de vie à trépas à cause de Claudius : l'oncle d'Hamlet a en effet, semble-t-il, assassiné son frère le roi en lui versant du poison dans l'oreille pendant sa sieste au jardin.

Après cette rencontre avec son père mort, Hamlet devient fou. Est-il réellement cinglé ou fait-il semblant ? Pour ses proches, il a un comportement bizarre. Ses paroles semblent dépourvues de bon sens, sa franchise déplacée et brutale. Ophélie, elle-même le croit fou. Celui qu'elle jugeait comme le fleuron du royaume, le plus élégant, le plus admirable est perdu selon elle. Gertrude également pense que son fils est timbré. Claudius, lui, semble plus clairvoyant. Il ne croit pas vraiment en la folie de son neveu dans le sens qu'il aurait perdu l'esprit, il pense qu'il est assailli par le chagrin et tellement déprimé qu'il risque de commettre l'irréparable. Hamlet n'est peut-être pas fou et fait le "niais" mais il est en tout cas obsédé par son désir de vengeance. D'ailleurs il perd vraiment les pédales à un moment donné puisqu'il tue Polonius par erreur, le prenant pour son oncle (par erreur ?).

Hamlet est-il une femme, un homme torturé, un névrosé ou un assassin ?

Une thèse, la plus commune, fait d'Hamlet un homme torturé car il détient un secret qu'il ne peut partager avec personne : son oncle serait l'assassin de son père. Du coup, tout est sujet à question : sa mère qu'il trouvait légère est-elle au courant de l'assassinat et donc est-elle complice de meurtre ? Son oncle est-il un assassin sans pitié et un usurpateur ? Y a -t-il vraiment "quelque chose de pourri au royaume du Danemark" ? Ne ferait-il pas mieux se se flinguer plutôt que de supporter de tels doutes ? 

Hamlet choisit de se faire passer pour fou pour démasquer son oncle et trouve un stratagème (faire jouer une pièce de théâtre mettant en scène le meurtre) pour arriver à ses fins. Après tout dans un environnement hypocrite autant jouer soi-même l'hypocrisie, d'autant plus qu'il ne se sent pas capable de simuler l'affection filiale. Il est chargé par son père de le venger, il n'a guère envie de s'amuser, ni de partir en vacances, ni de faire comme si de rien n'était ! Même s'il n'est pas vindicatif de nature, il doit mener à bien le rôle qui lui est attribué. D'où ses tergiversations, ses hésitations, ses monologues désespérés, ses cas de conscience (tuer, ne pas tuer, être, ne pas être). Il se voit pris dans un terrible dilemme. Tuer son oncle en catimini ne suffit pas, il lui faut aussi un moyen pour faire surgir la vérité. En conclusion, Hamlet est un être beau, pur et noble, à qui il manque seulement le courage de l'action et qui succombe sous un poids dont on l'a chargé sans pouvoir le porter, nis'en débarrasser. Hamlet est, selon de nombreux critiques dont Goethe, un homme paralysé par un cerveau qui rumine trop, qui brasse des idées sombres et ne le pousse pas à agir.

On a aussi évoqué la possibilité qu'Hamlet ait tout imaginé. Son père est bel et bien mort piqué par un serpent mais le fils, fou de douleur, est victime d'hallucinations. Il croit voir le fantôme de son père, il se croit chargé d'une mission quasi divine et s'invente un oncle assassin. Il est vrai qu'Hamlet à un moment donné voit le spectre alors que sa mère qui se trouve avec lui ne le voit pas. C'est bizarre. Un autre détail sonne faux : le jeune prince demande à des acteurs de jouer la pièce qui met en scène le meurtre de son père et il se trouve que cette pièce est déjà dans le répertoire des acteurs, comme cela tombe bien ! Hamlet n'aurait-il pas vu cette pièce à une autre occasion et du coup n'aurait-il pas confondu fiction et réalité ?

Selon Freud, Hamlet n'arrive pas à résoudre son complexe d'Oedipe : s'il hésite à liquider son oncle c'est parce qu'il a pris la place de son père dans son esprit. D'autres critiques suggèrent qu'Hamlet a des problèmes avec son identité sexuelle, a un attachement suspect à sa mère voire serait une femme parce qu'il est bien délicat cet homme-là ! Bref tout ou presque y est passé en matière d'interprétation depuis quelques siècles.

scène de crimeUne seconde thèse, plus originale, voire révolutionnaire, soutient que Hamlet est l'assassin de son père. C'est un fou meurtrier victime d'hallucinations. Dès le début il se comporte de manière violente et inquiétante qui ne cesse de se dénigrer et de se dire qu'il est un misérable pourri. Il rejette violemment Ophélie, certes pour faire croire à sa folie mais est-il besoin d'en passer par là ? Selon Pierre Bayard, qui a consacré un essai à la question (Enquête sur Hamlet, Editions de Minuit, 2002) Hamlet aurait peut-être surpris Ophélie avec Hamlet Père et aurait tué ce dernier. Ensuite il aurait refoulé le souvenir du meurtre. Toute l'hésitation d'Hamlet vient de là, du refoulement : l'homme est déchiré entre le souvenir de son crime et le désir de l'oublier. Quid des aveux de Claudius ? Hamlet a tout imaginé bien sûr. Claudius n'a rien avoué du tout mais son neveu hallucine. Si Claudius veut l'éloigner d'Elseneur c'est pour le bien d'Hamlet, pour lui changer les idées, par affection pour lui car il se rend bien compte que son neveu aimé perd les pédales. D'ailleurs pour preuve qu'il n'est pas coupable c'est qu'il ne quitte pas la salle au moment de la pantomime qui précède la pièce en la résumant : à ce moment-là déjà Claudius aurait dû être alarmé par ce qui allait se jouer s'il avait tué son frère mais ce que montrent les acteurs ne lui fait ni chaud ni froid. S'il quitte la salle pendant la pièce, c'est juste qu'il est excédé par les commentaires fielleux d'Hamlet et que toute cela le barbe. Hamlet est bel et bien un criminel, taré, jaloux, dangereux, d'ailleurs on peut compter les cadavres autour de lui ! A la fin de la tragédie, tout le monde ou presque est mort par sa faute.

La pièce la plus ratée du monde ou Shakespeare psychanalyste avant Freud ?

Trois cent ans de glose et on ne sait finalement pas grand-chose d'Hamlet et de sa personnalité. Il faut dire que Shakespeare a brouillé les pistes ou alors qu'il a produit une pièce incohérente et mal fichue. Une des pièces les plus lues, jouées, critiquées et décortiquées au monde serait en fait la plus ratée et la plus invraisemblable ! A moins que ce ne soit une pièce finement psychanalytique avant l'heure et que le poète dramaturge ait été en avance sur son temps en analysant la question du refoulement, du complexe d'Oedipe, du rapport au père, etc. Avec sa Tragique histoire d'Hamlet, prince de Danemark (The Tragical History of Hamlet, Prince of Denmark), pièce écrite entre 1598 et 1601 (même la date, on ne la connait pas !), Shakespeare (au final, on ne sait pas non plus qui est ce type là) a ouvert des pistes infinies.

De qui, de quoi s'est-il inspiré pour son prince danois ? D'une figure historique et légendaire de type roi Arthur nommée Amleth qui aurait été prince du Jutland au Ve siècle ? D'un fait-divers survenu dans son bled anglais qui vit la noyade d'une jeune femme appelée Katharine Hamlet dans la rivière Avon ? D'autre chose encore ? Si on ne sait pas trop ou si chacun y va de son interprétation sur les origines de la pièce et les intentions du dramaturge, une chose est certaine c'est qu'il a à son tour inspiré Delacroix, Rimbaud, Manet, Rossetti, Millais et bien d'autres autant dans l'art dramatique que dans les arts plastiques sans oublier le cinéma. Faire la liste des oeuvres issues plus ou moins directement de l'oeuvre de Shakespeare ? Aïe aïe, un boulot de titan ! De même, trop longue serait la liste des interprètes d'Hamlet au fil du temps, de Laurence Olivier en 1948 à Mel Gibson en 1990, en passant par Sarah Bernhardt en 1910 (quand on vous dit qu'Hamlet est une femme !) et Kenneth Branagh en 1996 ou encore Ethan Hawke en 2000 (dans un Hamlet très rock'n roll réalisé par Michael Almereyda). Et là on ne parle que des interprètes les plus connus, au cinéma et non au théâtre ou à l'opéra. Liszt, Tchaïkovski, Prokofiev, entre autres ont créé des oeuvres musicales inspirées d'Hamlet et même Johnny Hallyday y est allé de son opéra rock dans les années 70, si, si c'est vrai ! 

 

 

 

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syl 04/04/2012


Bonjour,


Je découvre votre article sur Hamlet avec grand intérêt. J'y retrouve toutes les erreurs de jugemnet liées aux erreurs d'interprétation voire aux manipulations du texte par la critique et la mise
en scène.


Hamlet c'est une machine à fantasme. Et Pierre Bayard et de ceux qui ont délirés sur le sujet. Son texte n'a rien de révolutionnaire. Mon projet est est de voir écrite la suite du Hamlet.


Pour l'heure, je poste mes notes critiques sur mon blog http://horatio.hautetfort.com


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Sylvain