Henri Desiré Landru

Publié le par Le point de suspension

Barbu.pngLandru ? Pourquoi Landru ? N'est-ce pas un personnage ayant réellement existé ? Si, mais c'est aussi un personnage de fiction. Et comme nous nous intéressons ici aux seuls personnages de fiction, il faut oublier ce qu'on sait du Landru réel, à savoir le tueur en série des années 1910 dont le procès en 1921 a captivé l'attention des foules, et nous pencher sur la vie de papier d'Henri Désiré, l'escroc à la petite semaine  qui n'a jamais tué personne.

Le gentil escroc

Un bonhomme discret que ce Henri, sans rien d'extraordinaire : chauve sur le sommet du crâne, une couronne de cheveux noirs au dessus des oreilles rejoignant une barbe fournie et taillée en pointe, de gros sourcils fournis eux aussi, un nez pointu, des oreilles pointues,... Henri n'a rien pour attirer le regard des femmes d'autant qu'il est plutôt petit et malingre. Pourtant c'est un séducteur. Se faisant passer pour timide, il est poli, charmant, gentil, tendre. Il dispose d'une bonne éducation, d'un vocabulaire châtié, de belles phrases bien tournées qui ne rechignent pas à l'envolée lyrique.

Cet homme affable et doux aurait pu choisir un emploi de bureau par exemple pour nourrir son épouse et leurs quatre enfants mais il a choisi la voie de l'illégalité : c'est un arnaqueur sans envergure qui séduit des femmes par petites annonces pour les dépouiller et monte des combines minables. A sept reprises, entre 1900 et 1912, il est attrapé et condamné. Idem en 1914, année où il écope d'une peine de prison qu'il n'accomplit pas car il parvient à échapper à la justice.

L'escroc escroqué

Henri Landru est un minable qui vivote de ses larcins mais qui ne ferait pas de mal à une mouche. Il n'est pourtant pas idiot et devrait avoir l'habitude de flairer les menteurs étant donné qu'il en est un lui-même, pourtant il ne voit rien venir quand il rencontre Hélène en 1915. Comme d'autres avant elle, il a rencontré la jeune femme par petite annonce et commence à lui faire une cour fleurie, gentillette, en se gardant bien de lui donner son vrai nom, de lui dire qu'il est père de famille et vaguement poursuivi par la police ! Il invite Hélène dans sa villa de Gambais, dans la région parisienne. Hélas pour lui, Hélène n'est pas non plus ce qu'elle dit être. Elle aussi est un agent double cachant sa véritable identité et ses intentions : elle fait semblant d'aimer Landru sachant très bien qui il est et l'embobine.

C'est ainsi que la dégringolade commence pour Henri Landru. Oh ! Certes, il n'était jamais allé très haut dans ses activités criminelles mais à partir de sa rencontre avec Hélène c'est le début de la fin pour lui : de petit truand tranquille  et indépendant exerçant en libéral si l'on peut dire, il va passer à un statut de complice et d'employé, victime d'un maître-chanteur.

... et bien ingénu

Paul, le complice et compagnon d'Hélène, un poilu déserteur, va obliger Landru à jouer les rabatteurs de femmes en le menaçant de tuer ses quatre enfants. Pendant trois années, le séducteur barbichu séduit  ainsi successivement plusieurs femmes et les ramènent dans sa villa où une habile mise en scène de Paul fait croire à ces femmes qu'elles sont devenues des meurtrières accidentellement et qu'elles doivent en urgence quitter le pays. Pour les aider, il doit avoir une procuration sur leur compte bancaire...

Henri, pour le coup, se montre très naïf : il est persuadé que Paul aide véritablement ces femmes à fuir la France en se faisant payer au passage. Ce n'est que plus tard qu'il comprend que Paul les tue  et les fait disparaître dans sa propre  cuisinière et que lui, pauvre pomme, est le rabatteur d'un gibier féminin qu'il amène directement se faire liquider dans sa maison ! Henri n'est qu'un misérable depuis longtemps mais il a toujours évité de faire du mal physiquement à qui que ce soit, voler oui, mais tuer,  certainement pas. Il décide d'écrire une confession révélant toute l'affaire et de l'envoyer aux autorités. Malheureusement pour lui, l'histoire en décide autrement...

Landru, victime

Henri Désiré Landru n'est donc pas, dans la bande dessinée de Christophe Chabouté (Editions Vents d'Ouest 2006) le psychopathe effrayant qui aurait tué onze femmes et aurait gardé des fiches descriptives de 283 autres. S'il est bien le menteur, le charmeur, le comédien, l'homme chez qui on retrouve des restes humains carbonisés comme il est dit pendant le procès de 1921, il n'est que la victime d'un maître-chanteur et assassin sans pitié et aussi la victime d'une machination politique. Amusant clin d'oeil de l'auteur : Landru fait la connaissance à un moment donné d'un jeune homme qui lui donne un coup de main à tirer une caisse de meubles et ce garçon s'appelle... Marcel Petiot.

Dans la fiction

Landru, personnage historique, a inspiré de nombreuses oeuvres de fiction, devenant ainsi un héros sinistre d'histoires plus ou moins inspirée de sa vie réelle. Laurent Ruquier, comme d'autres écrivains de théâtre, s'est inspiré de Landru pour une pièce en 2005 (avec Régis Laspalès dans le rôle). On retrouve aussi Landru dans plusieurs films et téléfilms : Charlie Chaplin joue Landru dans un film de 1947 intitulé Monsieur Verdoux ;  Charles Denner incarne  aussi le tueur dans le film de Chabrol en 1963 (scénario de Françoise Sagan) ; Patrick Timsit  joue également Landru dans un téléfilm de 2005. Sans doute que les Landru de ces oeuvres n'a rien à voir avec celui de Chabouté...

 

 

 

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