Jaume Roiq Stevens

Publié le par Nathalie, Le Point de Suspension

 

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Jaume Roiq Stevens est un cosmonaute irascible. "Le plus déjanté des astronautes" selon ses propres termes. Sa propre mère le prend pour un "déviant" quelle que soit la signification qu'elle met derrière ce mot...

 

Un scientifique plutôt atypique

Le moins qu'on puisse dire est que Jaume a des difficultés à s'entendre avec ses équipiers, possède un tempérament plutôt individualiste et n'a guère de considération pour ses semblables.

Bardé de diplômes et doué, cet homme de 36 ans expérimenté, n'aime pas beaucoup obéir aveuglément aux ordres sans explication fournie avec et a une tendance naturelle à l'insurrection. Dans la NASA ce n'est pas recommandé comme trait de caractère...

Sur la station Funsky, il vit avec d'autres astronautes et mène des expériences diverses (et pas très passionnantes). Combien sont-ils exactement là-dedans ? Il y a Al, le chef (Al ! ça ne s'invente pas !), Sokstas, Meryl et M.S. mais M.S. n'est-ce pas simplement les initiales de Meryl et Sokstas ? Jaume mentionne qu'il vit avec quatre autres mais ne parle jamais du cinquième, à part cette mention de M.S.... Est-il (déjà) fou ou est-ce une coquille dans le livre ? Bizarre.

Après un événement mineur dans la station, un petit incendie qu'ils arrivent à maîtriser, la NASA leur demande d'évacuer Funsky. Mais Jaume ne comprend pas pourquoi, alors que leur mission n'est pas achevée. Et quand il ne comprend pas, il entre en résistance, le Jaume. Donc il refuse de partir avec l'équipe et reste seul dans la station. Évidemment condamné par les autorités américaines qui ne peuvent pourtant pas aller le chercher par la peau du cou ! Pendant quelques temps, il maintient un contact avec la Terre. Jusqu'au jour où il ne reçoit plus de message, ni signal. A la surface de la planète, il semble se passer de drôles de phénomènes, c'est pourquoi Jaume décide de descendre sur Terre. Pour la découvrir totalement vide d'humains.

Avant la fonte des glaciers, fondront les Hommes

Les êtres humains se sont désintégrés ne laissant que leurs vêtements, leurs objets, leurs machines sur place. Stevens, qui est arrivé à Cap Canaveral  et a gagné le centre de réadaptation habituel pour les astronautes de retour de l'espace, ne se rend compte de rien dans un premier temps. Confus, désorienté, il a besoin de repos. Ce n'est qu'après quelques jours et après être sorti du centre qu'il réalise qu'il est peut-être le seul type en vie de toute la Floride, voire de tous les Etats-Unis d'Amérique voire du monde entier. Il va tâcher de comprendre ce qui s'est passé.

Seul, avec des cochons

Caméras de surveillance des supermarchés, quartier général de la NASA à Houston, observation de la nature, rien n'aide Jaume à comprendre pourquoi les humains se sont évaporés. Tout fonctionne encore, il suffit de prendre une voiture, un avion, un hélicoptère, le Transmongolien pour continuer à se déplacer, il suffit d'entrer dans un magasin pour trouver à manger (encore faut-il se battre contre des hordes de rats ou de chiens). Mais aucune trace, aucun indice ne met Jaume sur la voie de la vérité. Il est seul et c'est le seul fait réel, la seule vérité qui lui reste. Alors comme un enfant, comme un fou, comme un homme solitaire, comme un Robinson, il va s'inventer une société, des hommes et des femmes à qui il va parler et qui vont l'accompagner dans son tour du monde. Finalement c'est bien mieux que le troupeau de milliers de porcs avec qui il traverse la Mongolie et sur qui il comptait pour nettoyer la Terre façon aspirateur. Car le grand ménage est devenu l'obsession de Stevens, c'est pour cette raison qu'il tente de faire exploser les plus grands barrages de la planète, façon lessivage à grandes eaux.

Héros solitaire d'un roman à personnages multiples

Le tour de force de Céline Minard dans Le Dernier Monde (Editions Denoël, 2007) est de parvenir à établir l'illusion que le dernier homme au monde n'est pas seul mais qu'il y a plusieurs personnages qui dialoguent sans cesse. On en vient à oublier que Jaume Roiq Stevens, héros assez énigmatique dont on ne sait presque rien, est seul, seul, seul pendant 500 pages. Seul et pourtant le centre de tout un monde qu'il se ré-construit, de nouvelles relations sociales qui n'existent que dans son crâne. Sur le thème archi-rebattu du dernier homme, l'auteur d'une voix singulière et puissante bâtit un palpitant roman d'aventure halluciné. L'incipit donne le ton : pas de majuscule, pas d'alinéa et même pas un mot en entier ! La moitié finale d'un verbe en guise de commencement, ça vous met tout de suite dans l'ambiance de ce livre détonnant.

Aller plus loin dans l'analyse du livre de Céline Minard, Le Dernier monde ?

Seul après la catatrophe...

Jaume Roiq Stevens

Essai sur la science-fiction post-apocalyptique, Seul après la catastrophe analyse le thème du dernier homme sur Terre.

Le mythe de Robinson Crusoé a été réutilisé de nombreuses fois dans la littérature, y compris dans la science-fiction post-apocalyptique qui met en scène des personnages après une catastrophe. Dans ce roman anglais classique du XVIIIe siècle et dans les robinsonnades à qui il a donné naissance par la suite, on rencontre la question de la survie dans des conditions difficiles, de la solitude, de l'identité et de la déshumanisation. Ces thématiques sont les mêmes dans les romans qui donnent une représentation du dernier homme dans un contexte de science-fiction post-catastrophe.

Trois romans singuliers (La Route, Cormac McCarthy, Le Dernier monde, Céline Minard et Moi qui n'ai pas connu les hommes, Jacqueline Harpman) vont nous permettre de montrer ce lien entre la robinsonnade et la SF post-apocalyptique. A travers ces trois récits, on pourra examiner comment le personnage principal, dernier humain sur Terre, survit dans un environnement et des conditions post-catastrophe devenus hostiles et complexes et comment il habite cet espace devenu nouveau pour lui, comment ce monde étrange et menaçant influe sur la question de l'identité humaine et comment la représentation littéraire du dernier homme survivant d'une catastrophe, son attitude face à l'événement ouvre une réflexion à caractère philosophique.

Le livre est disponible en pdf ou epub sur Youscribe et Amazon Kindle.

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