L'homme qui construit un feu

Publié le par Le Point de Suspension

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Yukon. Tout est blanc et gelé. Il fait environ 60°C en dessous de zéro (-50°F).

 

 

Un homme banal, loin de l'image de l'aventurier

L'homme qui s'avance sur la piste forestière est un homme semble-t-il assez ordinaire. Il porte une barbe et une moustache rousse, il a de hautes pommettes. C'est tout ce que l'on sait sur son aspect physique. Il  a l'habitude de chiquer. Sur son caractère, on sait qu'il est intelligent et qu'il a un certain sens pratique en revanche il n'a guère d'imagination et ne se pose pas beaucoup de questions sur le sens de sa vie : il prend les choses comme elles viennent sans trop réflechir sur les tenants et les aboutissants psychologiques ou philosophiques.

 

husky.pngIl est accompagné de son chien, un animal gris qui ressemble à son cousin le loup et qui comme ce dernier a la connaissance du grand nord sauvage. Son instinct lui dit sans détour qu'il est bien risqué de s'aventurer seul dehors par un froid aussi intense pour un homme. Mais le chien et l'homme n'ont pas de relation affectueuse, l'un travaille pour l'autre et d'ailleurs comment empêcher l'homme de n'en faire qu'à sa tête.

 

Un "chechaquo" dans le grand Nord

L'homme est nouveau dans la région du Yukon (territoire canadien, proche de l'Alaska). C'est un chechaquo (ou chechako) c'est-à-dire un pied tendre, un nouvel arrivant dans la contrée en jargon local.C'est son premier hiver ici, ce qui peut expliquer en partie son manque d'expérience.On ne sait d'ailleurs pas pourquoi il est là, ni d'où il vient, ni qui il est vraiment.

Il tente de rejoindre à pied un camp habité par ses collègues (des mineurs ?) alors qu'il fait un temps terriblement glacial. Mais malgré cette basse température, tout aurait pu bien se passer pour lui et il aurait pu atteindre le campement vers 18 heures comme prévu. Le problème c'est qu'il enfonce malencontreusement les pieds dans un trou rempli d'eau, véritable piège caché sous une couche de glace et de neige. Il est obligé alors de s'arrêter pour allumer un feu et se sécher rapidement les chaussettes avant de geler sur place. Malgré ses doigts engourdis, il se sort fort bien de l'épreuve délicate de la construction d'un feu de bois avec les moyens du bord et quelques allumettes. Heureusement car, dans sa situation, le gel c'est la mort. Aussi simple que ça. S'il reste encore quelques minutes mouillé et sans bouger, il clamse.

 

Face à la brutalité des éléments naturels

C'est là qu'il commet une erreur fatale, une erreur due à son inexpérience dans ce pays peu propice à la vie humaine, une erreur due au manque de suite dans les idées, à la fébrilité, à  une certaine paresse : il a construit son feu sous un sapin enneigé parce que c'est là qu'il y a des brindilles sèches et que c'est plus commode. Tous les conseils donnés par les vieux du coin, et le bon sens qui suggère de ne pas se séparer des autres, de se soucier toujours de la température, de ne pas marcher seul, d'évaluer chaque situation avec soin, n'auront pas suffi à éviter le pire. La neige sur le sapin  tombe et étouffe le feu.  Le chien, lui, rentrera au camp de base.

Dans un environnement extrême, un homme seul ne peut guère aller loin car il est finalement bien fragile malgré sa techique et son savoir-faire. Oui, il a des vêtements chauds, des allumettes, oui, il sait allumer du feu mais face à un incident qui serait banal dans d'autres circonstances, il est totalement démuni. Son orgueil en prend un sacré coup. Il avait cru  que tout était possible, qu'il était le plus fort, le plus malin.  Or il s'avère que l'instinct du chien et son adaptation au milieu naturel sont plus forts que le jugement de l'homme et sa science.

 

Pas de fioritures

La nouvelle de Jack London, où notre homme figure l'anti-héros qui manque cruellement de pot, s'intitule Construire un feu (To Build a Fire, 1907).  C'est un texte court et sec, écrit sans sentimentalisme, ni détail superflu, à l'image d'une nature qui ne fait pas dans le sentiment, qui n'a pas d'intention hostile à priori, où les faits sont bruts de décoffrage. C'est une aventure terrible, violente et aussi intense que le froid qui y règne.

Ce texte a été publié par différents éditeurs en France : Actes Sud, Mille et une nuit, Alice Jeunesse, etc. Il a été également adapté en bande dessinée de manière magistrale par Christophe Chabouté en 2007 aux éditions Vents d'Ouest : une merveille ! De toute manière, tout ce que dessine Chabouté est une merveille, alors...

Voir ici quelques planches de la BD.
 

 

 

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microneedle derma roller 31/07/2014 13:08

I loved the post titled “The man who built a fire”. I have not read this book earlier which tells about an adventurer. The story of the adventurer and also the obstacles that he faces during his voyage were interesting to read.

Allie 05/12/2010 23:12



Un livre pour moi, que je n'ai étonnament encore jamais lu! J'y compte bien cependant, amoureuse des grands espaces et du Grand Nord que je suis...



Nathalie, Le Point de Suspension 06/12/2010 09:15



Allie, mets ta veste polaire et zou, direction le Klondike. Pas sûr que ton amour du Grand Nord résiste à ce récit poignant et intense mais terrible... Bon voyage et bonne lecture !!!