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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Le Fantôme de Canterville

Le Fantôme de Canterville

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Saviez-vous que le Fantôme de Canterville répond au doux prénom de Simon ?

Le traditionnel fantôme anglais

Sir Simon de Canterville, aristocrate mort en 1584, neuf ans après avoir assassiné son épouse Eleanore dans la demeure familiale de Canterville Chase, Angleterre. 

Trois siècles plus tard, Simon est toujours là, dans la maison qu'il hante de son mieux en réapparaissant de temps en temps aux yeux de mortels terrorisés. C'est un vieillard aux yeux rouges comme des charbons incandescents, édenté, avec de longs cheveux gris et,  évidemment, des vêtements démodés, usés et salis. Il émet un lueur verdâtre et laisse résonner son rire démoniaque et effrayant dans les vieux couloirs de la respectable demeure des Canterville. Il est doté du traditionnel attirail de fantôme : menottes aux poignets, fers aux chevilles, les deux bien grinçants, cela va de soi.

Tout le monde y passe

Pendant trois cent ans, il s'est évertué à faire mourir de peur ceux qui vivaient ou passaient sous le toit de Canterville Chase : duchesses et servantes, ladys et maîtres d'hôtel, curés et lords sans distinction de classe sociale. Ni d'ailleurs de xénophobie. Aucun aristocrate, ni plébéiens qu'ils soient anglais ou français ne lui a résisté lorsqu'il leur a fait l'honneur d'une petite apparition surprise. Il va falloir que l'Amérique herself débarque pour le mater.Capable de se transformer en gros chien noir ou de devenir phosphorescent, de traverser les murs ou de disparaître, il possède également toute une panoplie de déguisements effrayants produisant leur petit effet.

Entre ennui et désespoir, il faut bien s'occuper

Curieusement, Simon le vilain fantôme est capable de souffrir physiquement et nerveusement. Il est impressionnable et craint les fantômes. Pour un assassin mort, c'est paradoxal ! A sa décharge, on peut dire qu'il est épuisé car il n'a pas dormi une seule minute en trois cent années. Le jour, il s'enferme dans un cercueil de plomb mais ne peut trouver le repos. Quand il n'est pas dans sa boîte, il s'ennuie... mortellement. C'est pour cela du reste qu'il hante le château. ne pouvant mourir pour de bon et gagner le repos éternel, il faut bien tuer le temps. Et puis comme il aime les vieux romans de chevalerie et a gardé une ferme croyance dans les bonnes vieilles traditions, il va de soi qu'il lui faut effrayer les bonnes gens.

Il a ainsi pour habitude d'apparaître une fois par semaine et de crier par une fenêtre le premier et le troisième mercredi du mois. La routine, ça vous maintient debout. C'est pourquoi il entretient également avec soin la tâche de sang issue du meurtre de son épouse, la ravivant avec un peu de peinture quand quelqu'un s'avise de la nettoyer. Prisonnier d'un entre-deux et d'une malédiction, Simon n'a guère le choix : il ne peut pas vivre pour de vrai, ni mourir pour de vrai donc il mène son train-train histoire de s'occuper.

Tadam ! Le débarquement US

Son train-train pathétique et meurtrier à la fois (il a quand même réussi à faire mourir de peur) est interrompu quand Canterville Chase change de propriétaire. La famille Otis vient s'y installer. Ce sont des Américains solides, pragmatiques, sains, modernes et même pas nobles. Pas du tout impressionnés par Simon, les Otis tentent de lui rendre service à leur manière et de cohabiter : Mr Otis lui donne de l'huile pour graisser ses chaînes, Lucrecia Otis lui donne des médicaments. Il est vrai que ces gestes ne sont pas désintéressés : ils veulent dormir la nuit, eux. De plus ils sont bien trop sûrs d'eux-mêmes, de leur culture, de leur savoir et de leur technologie pour se laisser démonter par un pauvre fantôme anglais. Simon, d'autre part, amuse beaucoup les jumeaux turbulents, derniers nés de la famille Otis, surnommés Stars et Stripes (ce qui désigne les étoiles et les rayures du drapeau US). Ils lui tendent des pièges et l'agacent de mille manières, si bien que le pauvre fantôme est de plus en plus fatigué et renonce à ennuyer la famille.

Au final c'est la jeune Virginia, la deuxième de la famille Otis, âgée de 15 ans qui va aider Simon à partir. Virginia a bon coeur mais elle n'est pas sotte et si elle est émue par l'histoire de Simon, qui certes a tué sa femme  (mauvaise cuisinière et laide ce qui ne constitue pas vraiment une raison valable) mais a été puni cruellement par ses beaux-frères qui l'ont condamné à mourir de faim enchaîne à un mur d'une petite pièce du château, elle le met en face de ses responsabilités. Virginia montre à Simon a quel point il se conduit de manière absurde : remuer des chaînes en faisant hou-hou, voler de la peinture pour raviver une tache de sang sur le sol, etc. Tout cela est débile aux yeux de la jeune fille qui va tout de même par compassion aider Simon à rompre sa malédiction afin qu'il puisse être enterré dans les règles après que les Otis aient trouvé ses ossements, toujours attachés au mur, dans un cachot du château.

Monsieur Wilde s'amuse

Le Fantôme de Canterville (The Canterville Ghost) est un conte d'Oscar Wilde paru en 1887. L'auteur fait preuve dans cette courte histoire  d'un humour malicieux et d'une ironie joyeuse et grinçante à la fois dans ses descriptions des aristocrates anglais et des terre-à-terre Américains. Il s'amuse à parodier les romans de genre, le  roman gothique étant en vogue à la fin du XIXème en Europe pour en montrer le côté grotesque avec leurs fantômes gémissants, leurs jeunes héroïnes naïves et pures.

La morale du conte ? Alors que les aristocrates européens se contentent de s'évanouir, voire de mourir de peur, les secs américains, loin des sensibleries, tentent de comprendre de quoi il retourne vraiment et règlent le problème. Est-ce ainsi qu'on peut comprendre cette histoire ? Hum... A méditer...

Le Fantôme de Canterville a donné lieu à plusieurs adaptations au cinéma, à la télévision, en bande dessinée, etc. On retiendra une adaptation BD réussie par Ceka et Paul Drouin, aux éditions Petit à Petit (2010) , qui garde la causticité de Wilde et son humour.

à voir aussi : Dorian Gray, autre personnage d'Oscar Wilde