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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Lennie Small & George Milton

Lennie Small & George Milton

Des Souris et des hommes

Difficile de dissocier Lennie et George tant ils vont par paire dans l'esprit des lecteurs comme Laurel et Hardy en quelque sorte. L'un et l'autre a sa propre personnalité mais ils voyagent ensemble, ils vivent ensemble, ils rêvent ensemble et ils sont l'un pour l'autre leur seule famille même s'ils ne sont pas apparentés.

 

Big Lennie

Lennie est un gros bonhomme au visage informe; aux grands yeux pâles et aux larges épaules tombantes. Il traîne les pieds en marchant et laisse pendre ses bras comme un gorille. Bref, Lennie est un gros lourdingue d'apparence qui porte mal son nom de famille (small = petit). Le problème est que Lennie n'a pas que l'apparence d'un balourd, c'est un balourd, un idiot de naissance. Un enfant de quatre ans dans un corps d'adulte.

Il a beau être fort comme un boeuf, Lennie a une cervelle d'oiseau et il est incapable de se débrouiller seul.  Élevé par sa tante Clara, Lennie se serait retrouvé à l'asile malgré sa force de travail parce qu'il  ne peut pas assurer sa survie.  C'est pourquoi George se charge de lui après la mort de Clara. Lennie suit George partout et l'imite dans ses gestes autant qu'il le peut. Il l'écoute et lui obéit en tout (ou presque). Il n'a aucune mémoire (à peine s'il se souvient de la tante Clara) et aucune notion des conséquences de ses actes. Il est gentil et il aime son ami George de tout son coeur.

 

Small George

George, lui, a tout de la petite fouine. De petite taille, mince, vif, il a les yeux perçants et inquiets d'un animal aux aguets. Son visage mat aux traits marqués lui donne d'autant plus l'air d'une fouine qu'il porte un nez fin et osseux. George est un homme intelligent et malin. Ses relations avec Lennie sont ambiguës. Il a accepté de se charger de lui mais pas vraiment par bonté d'âme. Il a souvent par le passé profité de la sottise de Lennie jusqu'à la cruauté parfois, puis il a cessé quand il a compris que Lennie était au-delà des mauvaises blagues, intouchable quasiment car ne comprenant rien à rien. La force de Lennie, qui est vraiment un colosse puissant, sert souvent George dans le travail et dans le quotidien.

George ne cesse de pester contre Lennie car ce débile est parfois un vrai boulet qui l'empêche de trouver une bonne place stable,  une femme, des loisirs ordinaires, une vie paisible. Pourtant George aime profondément son gros camarade à sa manière un peu brusque, il éprouve de la compassion pour ce bougre d'idiot qui ne vivrait pas longtemps libre s'il n'était pas là pour le guider et l'aider, trouver du boulot et des ressources pour lui. George se sent responsable de Lennie comme un père de son enfant.

 

Sur la route

Lennie et George se connaissent depuis longtemps, ils sont nés tous les deux dans la même ville, Auburn, Californie. Tous deux sont des journaliers qui se déplacent de ranch en ranch au gré du travail à une époque où il n'y en a pas beaucoup, du travail. Aux Etats-Unis dans les années 30, la Grande Dépression a, en effet, jeté sur les routes de nombreux travailleurs sans terre qui rêvent tous de pouvoir acheter un lopin bien à eux.

George et Lennie partagent ce rêve d'un bout de terre qu'ils pourraient faire fructifier ensemble sans avoir besoin de louer leurs bras à des propriétaires qui traitent souvent mal leurs employés. Mais ils ont du mal à rassembler l'argent nécessaire à la mise en oeuvre de leur plan. C'est ainsi qu'ils vont sur les chemins de place en place dans le costume des pauvres paysans déracinés de l'époque : pantalons et vestes en serge de coton bleue, chapeaux noirs informes et couvertures roulées sur l'épaule pour pouvoir dormir n'importe où.

 

Un rêve inaccessible

Tous deux sont travailleurs, sérieux, pas dépensiers, pas fêtards, ils pourraient parvenir à économiser un peu d'argent pour acheter leur lopin. Mais il y a Lennie. Lennie et ses bêtises. Lennie et son besoin irrépressible de toucher, de caresser et de posséder les choses douces qui tombent entre ses grosses paluches. Lennie qui ne comprend pas que caresser trop fort le pelage d'une petite bestiole telle qu'une souris ou un chiot qui vient de naître est dangereux pour la-dite bête. Il aime tant toucher les choses douces ! Hélas,  les enveloppes qui lui plaisent tant comme le pelage des souris, les robes de femme, contiennent des êtres vivants qui n'ont pas envie d'être caressés trop fort. Lennie  est  costaud et en même temps inconséquent, irresponsable, il ne parvient pas du tout à comprendre  le lien entre sa force colossale et le fait que les êtres vivants finissent toujours par mourir entre ses mains et, s'il le comprend l'espace d'un instant, il oublie quelques minutes plus tard et recommence ses "bêtises". Lesquelles ont déjà attiré sur les deux compères pas mal d'ennuis et vont finir par les perdre. Jamais ils ne réaliseront le rêve qui les tient debout, jamais ils ne mettront en pratique leur projet utopique d'un petit paradis verdoyant pour eux deux.  George a-t-il d'ailleurs vraiment cru à ce rêve ? N'a-t-il pas plutôt joué le jeu pour que son ami puisse se raccrocher à un espoir dans sa vie misérable ?

 

Une tragédie américaine

Lennie Small et George Milton sont les héros tragiques du court roman de John Steinbeck Des Souris et des hommes (Of Mice and Men). Publié en 1937 aux Etats-Unis, le livre est traduit en 1949 en français. Il évoque les espoirs d'une classe sociale pauvre, son extrême solitude et le rêve américain : posséder un morceau de terre, être son propre patron, vivre de manière autonome et libre, se "faire" soi-même seul, grâce à l'argent., "devenir quelqu'un" comme l'explique un des personnages du livre (la seule femme du livre, petite comédienne ratée). Mais Steinbeck montre surtout à son lecteur que ce fameux rêve est impossible à réaliser pour une grande partie de la population américaine : les Blancs pauvres, les Noirs, les journaliers immigrés. Toutefois, le romancier ne condamne pas pour autant ces espoirs et ces rêves... Au lecteur de se faire sa propre opinion sur le geste qui clôt le livre : une fin heureuse ou non ? L'échec d'une amitié ou au contraire une amitié poussée jusqu'à son terme ? 

Le roman a connu  un grand succès dès sa publication, Steinbeck en a d'ailleurs monté lui-même l'adaptation au théâtre dès 1937. Il a été ensuite souvent adapté au théâtre. Deux adaptations cinématographiques (seulement ?) ont vu le jour : en 1939 par Lewis Milestone et en 1992 par Gary Sinise avec dans le rôle de Lennie John Malkovtich et Gary Sinise dans celui de George.

A noter également une adaptation magnifique en bande dessinée : Des souris et des hommes de Pierre-Alain Bertola aux éditions Delcourt (2009).