Marie Ducharme

Publié le par Le Point de Suspension

 

erable.jpg

Marie Coutu, originaire de Chicoutimi, a bien fait de prendre le nom de son mari. Ducharme c'est plus joli que Coutu et cela lui va tout à fait à Marie.

 

 

Notre-Dame-des-Lacs, Québec

Quand elle rencontre Félix Ducharme, venu du village de Notre-Dame-des-Lacs, Marie a 20 ans. On ne sait pas si Félix porte bien son nom lui car quand on fait sa connaissance, il est presque mort. En tout cas Marie suit le jeune homme de 25 ans dans son village où il tient un "magasin général" équivalent français d'une épicerie-quincallerie. Ils se marient et vivent une vingtaine d'années ensemble avant que Félix ne meurt laissant Marie seule à la tête du magasin. A 40 ans, Marie se retrouve veuve, sans enfants, ce qui est une vraie souffrance, et pas vraiment à sa place, car bien qu'elle ait vécu toute sa vie d'adulte à Notre-Dame-des-Lacs, elle n'en est pas originaire, ce qui n'est jamais une bonne chose dans un village.

La meilleure épicière du Canada !

Avec ses mèches noires échappées de son espèce de chignon sur la nuque, son nez pointu et ses bonnes joues, Marie n'est pas la plus belle femme du Québec mais elle est la meilleure. Elle a la bonté et la gentillesse que feu son mari ne possèdait pas. Elle a la tolérance et la compréhension que l'ancien curé du village n'avait pas mais que le nouveau, qui débarque à temps pour enterrer Félix, partage avec elle. Félix était un pilier du village, faisant la pluie et le beau temps car il était le détenteur de l'unique commerce qui fournit les villageois en tout, de l'unique téléphone qui relie les villageois au monde et de l'unique auto qui permettait aux villageois de faire face aux urgences. 

Mais la vie ne s'arrête pas au seuil du Magasin Général de Marie

Juste après la mort de son mari, elle était un peu déboussolée : quel parti prendre ? Rester ? Partir ? Après tout le village n'est pas vraiment le sien. Mais le magasin est bien utile aux gens ainsi que les services qui y sont attachés. Alors Marie reste.
Elle va reprendre le rôle de Félix mais de bien plus humaine façon, aidée par le jeune curé, par Jacinthe, la jeune orpheline, par Gaétan le doux imbécile du village, par Noël, le maire et bien d'autre.

Elle fait ce qu'elle pense être juste et bon pour les autres même si la voix de son mari, critique et grincheuse, résonne et désapprouve. Il ronchonnera surtout quand Marie accueillera Serge, le vétérinaire passionné de cuisine raffinée, homosexuel et citadin, motard cultivé, coincé par la neige dans ce trou perdu de Notre-Dame-des-Lacs. La voix de Félix continuera à rouspéter quand Serge va bouleverser les habitudes des villageois et faire souffler un petit vent de liberté légèrement scandaleux. Marie, soumise à son mari pendant des années, vivotant gentiment, se rend compte alors qu'elle peut faire exactement ce qu'elle veut, qu'elle peut décider de sa vie. En ouvrant une petite fenêtre sur le monde, Serge montre (pas tout à fait volontairement) à Marie et aux autres femmes qu'elles peuvent cesser de plier l'échine et de faire les quatre volontés de leur famille. C'est ainsi que Marie osera faire un voyage à la ville, avoir des aventures amoureuses, faire ses propres choix même si on est dans les années 1920 et que peu de possibilités sont ouvertes aux femmes .

Une belle collaboration de deux auteurs de BD

Marie est l'héroïne d'une série intitulée Magasin Général mise en image par Régis Loisel et Jean-LouisTripp, dont 8 tomes sont déjà parus aux éditions Casterman. Le premier tome est publié en 2006 après avoir été pré-publié dans le journal belge Le Soir puis dans Bodoï en France. Deux autres volumes hors-série (L'arrière-boutique du magasin général) montrent le travail des dessinateurs, avec le story-board, les encrages, etc.


 

 

Commenter cet article