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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Pierrot

Pierrot

Pierrot mon ami Queneau, personnage littéraire

On pourrait penser que Pierrot est un tout jeune homme mais il a 28 ans, ce qui le place dans la catégorie adulte déjà mûr, tout de même ce n'est plus un gamin. Mais pourquoi donne-t-il l'impression d'en être un ? Sa nonchalance peut-être ? Son irresponsabilité ? Son coeur d'artichaut ?

 

 

Pas trop de chance dès le départ et de plus en plus paresseux de son propre aveu

Pierrot porte des lunettes à cause de sa myopie grave. Il est orphelin. On ne saura rien de plus sur ses parents que ce qu'il en dit en une prhase : son père, un alcoolique gai et sa mère, une femme à la main leste. Une enfance globalement pas folichonne dont on ne garde pas un beau souvenir et où l'on nous a souvent répété qu'on était un peu niais

Pierrot trouve un emploi dans le parc d'attraction parisien Uni-Park. Il est censé aider les femmes à sortir du Palace de la Rigolade. En fait, il les tient au-dessus d'une bouche d'air de manière à ce que leurs jupes se soulèvent et que les messieurs présents aux alentours puissent se rincer l'oeil. Il n'y a peut-être pas de sous-métier mais il y a quand même des boulots plus stupides que d'autres. Bon de toute façon, Pierrot lâche vite cette passionnante activité pour aller faire un peu de gringue à Yvonne Pradonet qui tient le stand de tir à la mitrailleuse et qui est la fille du propriétaire du parc. D'accord ce travail est absurde mais Pierrot n'est pas très sérieux de tout planter là au bout de quelques heures pour aller conter fleurette à une jolie fille et faire un tour d'auto-tamponneuse avec elle. Là, on se dit que notre héros déjà est un peu négligent, voire tire-au-flanc. Rien d'étonnant donc à ce qu'il se fasse virer rapidement du parc d'autant que lorsque papa Pradonet est venu lui remonter les bretelles, il n'a rien trouvé de mieux à faire que de le pousser dans une auto-tamponneuse. A sa décharge, Pierrot ne savait pas que celui qui se retrouvait les pattes en l'air à s'agiter était son patron.

Pierrot se retrouve de nouveau sans emploi. Ce n'est pas qu'il ait des grosses dépenses mais il faut bien manger et payer sa chambre d'hôtel et les paris aux courses. C'est pourquoi il accepte de devenir l'assistant du fakir de l'Uni-Park. Sauf que Pierrot est délicat : voir le bonhomme se planter des aiguilles dans le cuir ne lui convient pas du tout. A la première séance, Pierrot s'évanouit. Viré !

Une petite existence pépère

Pierrot ne s'en fait pas pour ça. Il mène sa petite vie habituelle : balade dans les rues de Paris, jeu de billes à un franc au bistrot (Pierrot est un as au jeu de billes), quelques paris, des sandwichs, quelques échanges avec les employés de l'Uni-Park et avec Mounnezergues, un vieux type qui garde une chapelle-tombeau près du parc d'attractions.
Alors que l'Uni-Park part en fumée dans un incendie, Pierrot lui est engagé par le patron d'un cirque pour transporter des animaux en camionnette jusque chez Voussois, un éleveur-dresseur. Comme pas grand-chose n'étonne Pierrot et qu'il est d'un tempérament aimable, il ne répugne pas à partager sa table avec Mésange et Pistolet, singe et sanglier savants avec lesquels il voyage. En chemin, il rencontre Yvonne, partie faire du camping avec un amant qu'elle a perdu en route (mais qu'elle finira pas épouser par la suite). Pierrot est aussi content que peut l'être cet étrange homme, c'est-à-dire placidement content. Il se dit (et le lecteur avec lui) qu'il est bel et bien amoureux d'Yvonne et que la fin de la solitude errante est arrivée. Sauf qu'Yvonne n'a pas l'air intéressée par ce doux binoclard un peu mollasson (qu'elle oubliera d'ailleurs très vite, ne le reconnaissant même pas à peine douze mois plus tard). Voussois propose à Pierrot un emploi dans son entreprise d'élevage d'animaux savants. Ah Pierrot va-t-il se caser ? Trouver un travail qui l'intéresse ? Non. Il rentre à Paris et continue à rôder par-ci par-là. Et Yvonne alors ? En fait il n'était pas si amoureux...

Encore un raté mais rien n'est grave...

Sa négligence l'empêche de toucher l'héritage de Mounnezergues qui voulait lui refiler sa maison et son boulot de gardien de la chapelle. Mais Pierrot s'en moque, voyant que c'est Yvonne qui a mis la main sur l'héritage, il ne peut s'empêcher de rire. On peut supposer qu'il va continuer à vivre sa vie paisible faite de petits boulots et de débrouillardise, à se laisser porter par le vent, dans une sorte d'optimisme lucide et serein, résigné et apaisé, rigolard et fataliste. Jamais il n'est atteint par « cette agitation qui ne convient qu'aux âmes un peu balourdes qui ne savent pas se défendre contre la mobilité du destin ». Pierrot est un philosophe stoïque et cynique au sens philosophique et diogénistique du terme.

Le héros lunaire de Queneau
Dans ce roman de Raymond Queneau paru en 1942, Pierrot n'est pas tout à fait le héros de l'histoire puisqu'il y a en réalité plusieurs intrigues qui se téléscopent dont Pierrot n'est pas le protagoniste principal. Pour autant c'est bien Pierrot qui donne son titre au livre : Pierrot mon ami. Personnage lunaire, Pierrot a été incarné par Jacques Dutronc dans un film télévisé de François Leterrier en 1979.