Prométhée

Publié le par Le Point de Suspension

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Prométhée est un titan, ce qui est un bon départ pour débuter une carrière de héros de fiction. Certes, avoir voulu faire le malin contre Zeus ne lui a pas apporté que des instants de félicité et de bonheur mais son nom perdure aujourd'hui encore même si en réalité Prométhée n'est pas le héros d'un livre précis mais un personnage de la mythologie grecque que l'on retrouve dans plusieurs récits, romans, pièces de théâtre,...

 

 

Le prévoyant ?

On peut penser que son nom ne lui va pas si bien que ça. Prométhée signifie prévoyance, prudence or le titan n'est pas toujours prévoyant, ni prudent. Certes, Prométhée est admirable par sa constance et son engagement. Jamais il ne regrette d'avoir aidé les hommes. Jamais il ne cède même quand il souffre terriblement dans sa chair (un titan a donc une chair ? Apparemment). Maise st-il aveuglé par sa colère envers Zeus, par un entêtement  absurde ou personnifie-t-il la résistance, le courage et la révolte juste ? Est-il fier ou est-il fou ?

Question que nous nous garderons de trancher car c'est à chaque lecteur de se faire son opinion. Mais regardons de plus près ce héros titanesque.

 

Les Japélides maudits

Prométhée est le fils de Japet, lui-même fils de Gaïa, la Terre et de Ouranos, le Ciel. Japet a donné naissance également à Atlas, Menoitos, Epiméthée, etc. Toute une fratrie parfois désignée sous le nom de Japélides et qui  a un sinistre destin : Atlas, puni, doit porter le monde sur ses épaules, Menoithos est foudroyé, Epiméthée épouse Pandore... Prométhée, lui, est connu pour avoir été enchaîné par Héphaïstos sur ordre de Zeus à un rocher  dans le Caucase et avoir subi une atroce torture quotidienne : un vautour (ou un aigle) lui dévore chaque jour le foie, lequel se reconstitue pendant la nuit.

 

Comment Prométhée en est arrivé là ?

Prométhée, au départ, aide le dieu des dieux à fabriquer les hommes avec de l'argile. Mais ces petites créatures qui ont le vice de la manifestation syndicale chevillé au corps, sont mécontentes car elles trouvent Zeus bien exigeant en sacrifices divers et variés. Prométhée, appelé en arbitre, propose un accord : quand les hommes sacrifieront un boeuf, ils garderont la viande et refileront la graisse et les os à Zeus. Selon certaines sources antiques, il semblerait que Prométhée ait rusé et suggeré aux hommes de planquer les os sous la graisse pour leurrer Zeus. Quoiqu'il en soit, le maître de l'Olympe n'est pas satisfait du marché, qui aime se faire arnaquer hein ? Il est donc furieux et pour le montrer, il décide de ne plus donner de feu aux hommes. Ceux-ci en sont donc réduits à manger cru, se geler les fesses et vivre dans le noir.

C'est là que Prométhée met son grain de sel de nouveau. Voyant les hommes tout misérables, il a pitié et plaide auprès de Zeus pour qu'il leur donne le feu. Veto du dieu. Prométhée vole alors  une braise sur l'Olympe, la cache dans une tige de fenouil et l'apporte aux humains. Zeus, fou de rage, condamne  d'une part Prométhée à la torture éternelle et d'autre part condamne les hommes... à la torture éternelle en leur envoyant une femme (la fameuse Pandore, qui en ouvrant une boite précipite sur les hommes tous les maux et les malheurs qui étaient tenus enfermés, la femme qu'Epiméthée, frère de Prométhée eut la sottise d'épouser et de laisser faire joujou avec une boite).

 

Prométhée libéré

Le titan est libéré par Hercule qui passait par là car il se rendait sur le lieu d'un de ses Douze Travaux. Le héros antique tue l'aigle (ou le vautour) qui se délectait du foie de Prométhée. Zeus accepte cette délivrance mais pour bien rappeler à Prométhée qu'il est en conditionnelle, il l'obligea à porter au doigt un bracelet électronique une bague de fer venant d'un maillon de ses chaînes attachée à une pierre du Caucase.

Prométhée sort maté de cette épreuve de force : l'enchaînement et la torture le domptent alors qu'il réfléchit aux conséquences de ses actes. N'a-t-il pas agi trop vite et inconsidérément en venant en aide aux hommes ? Quand il voit ce qu'ils bricolent avec le feu et la technique ! Il comprend que toute médaille a son revers.

 

Prométhée, à chacun le sien...

Chez Hésiode, VIIIe-VIIe siècles avant notre ère, on découvre comment Prométhée rusa pour tromper Zeus lors du sacrifice (dans la Théogonie et dans Les Travaux et les Jours). Eschyle écrivit une tragédie, Le Prométhée enchaîné (vers 470 av.) où le titan est la figure incarnée de l'injustice et de la résistance à la tyrannie. Cette pièce avait deux suites aujourd'hui perdues, Prométhée délivré et Prométhée porte-feu.Dans un dialogue de Platon (Protagoras), le philosophe évoque Prométhée comme étant celui qui apporta aux hommes non seulement le feu mais aussi la connaissance, le langage, la civilisation en somme.

 

Depuis l'antiquité, Prométhée n'a cessé d'être un héros et une source d'inspiration. La religion chrétienne elle-même a beaucoup puisé dans cette source : la figure du torturé en butte contre les dieux païens, etc. Les romantiques à leur tour se serviront de l'image symbolique de la rébellion fière et juste contre les divinités à qui l'homme ne doit rien, l'image aussi du génie créateur : Goethe, Prométhée 1773 ; Byron, Prométhée, 1816 ; Shelley Prométhée délivré 1820. On oublie parfois, ne retenant que la première partie que l'épouse du poète Shelley, Mary Shelley, a donné comme titre entier  à son livre Frankenstein ou le Prométhée moderne : Prométhée est alors celui qui par la technique peut changer la nature, créer la vie.

André Gide, lui, fera tout autre chose avec son Prométhée mal enchaîné en 1899. Le titre est déjà tout un programme ! Ce qui bouffe le foie de Prométhée c'est sa conscience. Quand Prométhée décide de tuer l'aigle et de le manger, il se porte bien mieux.

Nietzsche, Marx, Jonas, Bachelard se sont penchés eux aussi sur la figure de ce titan, chacun utilisant le mythe pour forger sa philosophie à un moment donné.

La musique, les autres arts que la littérature se sont aussi inspirés de Prométhée. Le nom du titan a été récupéré par nombre d'associations, de sites internet, de maisons d'édition, d'entreprises, etc. etc.

Finalement, et cela vaut pour tous les héros littéraires, chacun a SON Prométhée bien à lui.

Un petit roman de Janine Tesson rappelle la légende de Prométhée de manière très simple et accessible : Prométhée le révolté aux Editions Nathan, collection Histoires noires de la Mythologie, 2006. Ou encore, pour faire découvrir ce héros mythologique aux enfants : Prométhée et le feu sacré de Marc Séassau et Marianne Chevalier (Editions Les 400 Coups, 2010).

 

 

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