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Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

Le Point de Suspension ~~ Les personnages littéraires

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Zadig

Zadig

 

experience teaches

« Né avec un beau naturel fortifié par l'éducation », Zadig est un jeune babylonien, riche, beau, raisonnable, modeste, compréhensif, intelligent, respectueux, juste, sage, instruit. N'en jetez plus !

 

Être heureux ou ne pas être heureux ?

On aura saisi qu'il a tout pour plaire et donc plaît. D'ailleurs il a une fiancée nommée Sémire qui l'aime avec passion... et l'abandonne aussi sec pour un autre parce que Zadig, blessé par un rival, risque de perdre un oeil. Zadig se console avec Azora qui n'est pas la femme la plus fûtée, ni la plus fidèle de Babylone. Après avoir répudié Azora, Zadig, las des femmes, décide de ne s'occuper que de sciences naturelles, de philosophie et d'arts. Si ces activités lui apportent parfois quelques ennuis, elles lui procurent des amitiés et la fréquentation de la haute société. Joies, ennuis, joies, ennuis se succèdent, lui faisant avouer tout à tout « qu'il n'est pas difficile d'être heureux » puis « qu'il est difficile d'être heureux ».

 

Faire face aux protestations populaires

 

Ministre, choisi par le roi pour sa sagesse, il mène sa tâche avec intelligence, bonté et justice. Hélas, si vertueux soit-il, il est disgracié à cause des soupçons du roi  : son jeune ministre aurait avec la reine. Certes Zadig est amoureux d'Astarté mais ils n'ont pas de liaison. Pour sauver sa peau Zadig doit fuir en Egypte où il est pris dans une embrouille amoureuse : voulant défendre Madame, il tue Monsieur ce qui le condamne à l'esclavage. Son maître s'aperçoit rapidement que Zadig est un homme de qualité et il fait de lui son compagnon. La sagesse du Babylonien est reconnue par les Arabes après qu'il eut fait changé, par la persuasion et la démonstration, la loi qui obligeait les veuves à s'immoler à la mort de leur mari. Zadig "était donc le bienfaiteur de l'Arabie" sauf que (décidément on s'acharne à mettre des batons dans les roues du raisonnable Zadig) les prêtres qui s'engraissaient sur le dos des veuves à brûler (elles font des dons avant de monter sur le bûcher) se plaignent de Zadig et obtiennent sa condamnation à mort. De nos jours, ils seraient descendus dans la rue pour protester contre la baisse de leur pouvoir d'achat et obtenir de l'Etat une aide à la reconversion de leur entreprise. Zadig, dont le succès auprès des femmes ne s'est pas démenti, est sauvé par une jeune veuve qu'il avait convaincu quelques temps auparavant de ne pas se suicider.

 

Le sort, toujours le sort...

 

Libre, il décide de revenir à Babylone. Après quelques péripéties, il est tout près de devenir roi de Babylone et d'épouser la reine Astarté qu'il aime toujours. Mais encore une fois, il rate son coup à cause d'une stupide... panne de réveil ! La Providence le persécuterait donc ? Zadig commence à le croire, il serait temps. Il a beau être sage, ingénieux, plein de qualités morales et physiques, le sort s'acharne sur lui. Il est perpétuellement en prise avec l'absurde, avec un système labyrinthique et dépourvu de sens.

Pourtant, il parvient enfin à ses fins à l'issue de nouvelles épreuves et surtout après avoir compris que le hasard n'existe pas, que "tout est épreuve, ou punition, ou récompense, ou prévoyance", et qu'il faut simplement se soumettre à ce qui nous arrive quand on n'y peut rien changer. Est-ce donc si simple ? Un peu de stoïcisme et le tour est joué. Que non ! Se soumettre au destin ne suffit pas à trouver le bonheur, il faut aussi y mettre du sien. Ainsi, c'est après avoir mûri et grandi que Zadig  reprend son destin en main et devient un roi juste et aimé aux côtés d'Astarté.

 

Pas le choix, il faut tracer sa propre route

  

Le conte philosophique de Voltaire se déroule à une époque indeterminée, dans une société indeterminée, ce qui permet à l'écrivain toutes les fantaisies et une féroce satire sociale : Voltaire se moque des riches "par conséquent avec des amis", des médecins ignorants, des femmes inconstantes, de la justice, des malveillants, des scientifiques, de la propension huamine à se disputer sur des sujets futiles, des interdits religieux qu'il juge absurdes, des prêtres cupides, etc.

 

 Roman d'apprentissage, Zadig ou la Destinée, publié en 1747, met en scène un personnage voué au bonheur par les grâces reçues à la naissance, mais qui doit affronter obstacle après obstacle pour trouver un sens à sa vie. S'il n'est pas un philosophe profond, Zadig cherche et s'interroge sans cesse sans se lamenter, reste critique à l'égard de lui-même, ne se départit jamais de sa lucidité sur lui-même et les autres. Serait-il, ce jeune homme brillant mais toujours mis en difficulté, le double de l'écrivain ?

En tout cas, et comme d'habitude, c'est au lecteur de se débrouiller avec tout cela. Voltaire ne nous dit pas quoi penser et comment trouver le sens de notre vie, il donne des pistes : stoïcisme et soumission à la réalité, peut-être, mais aussi responsabilité et possibilité d'agir sur ce réel. Malgré un dénouement joyeux, Voltaire n'est pas optimiste mais il n'est pas non plus décourageant, ni découragé. Le chemin de Zadig indique plutôt qu'il faut faire ce qu'on a à faire et au moment venu en composant avec le réel et en jouant les cartes dont nous disposons.

 

A noter qu'en 2011 est paru un texte intitulé Zadig Evoltaire. Conte orienté de François-Marie Enroué aux Editions Les Petits Matins. Il semblerait qu'il s'agisse d'une parodie de Voltaire inspiré par un certain Nicolas S., qui fut un des présidents de la Vème République française et qui aurait confondu une marque de vêtements avec un certain conte philosophique...