Zola Jackson

Publié le par Nathalie, Le Point de Suspension

 

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Au moment où Zola Jackson raconte son histoire, l'ouragan Katrina essaye de lui voler sa maison. Mais Zola n'est pas de celle qui se laisse abattre, même pas par un des ouragans les plus destructeurs que les Etats-Unis aient connu.

 

"Mon fils, c'était ma raison, c'était ma maison, c'était mon château"

Zola Louisiane Jackson est née le 15 août 1942 à la Nouvelle-Orléans. Dans son enfance, elle a déjà connu les tourments que la nature inflige parfois aux hommes. Elle a toujours vécu dans cette ville souvent malmenée par les éléments naturels. Issue d'une famille noire pauvre, elle sait aussi ce que se battre contre l'adversité veut dire. Elle est d'ailleurs dotée d'une fierté frisant l'orgueil et d'un caractère fort.

En 1965, Zola donne naissance à Caryl, le fils pour qui désormais elle se battra. Ce garçon naît d'une liaison éphémère avec un étudiant blanc aux cheveux roux et aux yeux bleus alors que Zola, âgée de 23 ans, vit encore chez sa mère. La mère de Zola n'accepte pas que sa fille ait un enfant illégitime. Elle chasse Zola de chez elle, peut-être même sans savoir que son futur petit-fils sera métis. Mais qu'est-ce que cela aurait changé de le savoir ? Zola aurait été mise à la porte sans plus de façon. La jeune femme, diplôme d'institutrice en poche, se débrouille seule avec le bébé.

Quelques temps après la naissance de Caryl, Zola fait la connaissance d'Aaron, un voisin, homme intègre, travailleur, qui tient une boutique de souvenirs pour les touristes. Aaron et Zola se marient et forment une famille unie mais ils n'auront pas ensemble d'autres enfants que Caryl, Zola refusant de mettre au monde d'autres enfants pour se consacrer entièrement à éduquer Caryl et à lui donner les meilleures chances possibles de s'élever socialement. Malgré sa santé fragile de gamin diabétique et la différence de couleur de peau (Caryl a la peau claire et les yeux verts), malgré sa solitude, le garçon réussit brillamment ses études et décroche une bourse universitaire à 15 ans.

Zola, orgueil et préjugés... en une seule personne

Peu à peu, Zola et son mari se sont aussi un peu élevé dans l'échelle sociale. Ils ont déménagé dans un quartier plus calme, petite classe moyenne. Mais Zola a du mal à s'y faire des amis. Manquant souvent de tact, n'étant pas coquette, ni femme d'intérieur méticuleuse, elle est assez mal considérée dans le voisinage. D'autant qu'elle n'est pas pratiquante et qu'elle mène avec Aaron une vie certes honnête mais qui ne se préoccupe pas tellement des convenances : ni messe le dimanche, ni mignons petits rideaux aux fenêtres, ni conversations féminines sur les soins du ménage.Zola a parfois un caractère de cochon. Colérique, ombrageuse, catégorique, souvent de mauvaise foi et dévorée d'ambition pour son fils, elle dénote vraiment par rapport aux ménagères des années 60-70.

Zola Jackson n'a jamais eu de projet personnel, n'a jamais vécu pour elle-même et ne s'est jamais aimée. Elle n'a vécu qu'à travers son enfant. Elle est fière de la réussite de son garçon devenu historien, qui a publié sa thèse et vit à Atlanta. Mais elle ne supporte pas Troy, le compagnon de Caryl, un avocat blanc  issu d'une classe sociale aisée. il est fort possible que Zola n'eusse guère davantage apprécié que Caryl vive avec une femme noire mais le fait est qu'elle n'a jamais accepté l'homosexualité de son fils. Longtemps elle a refusé de l'admettre et quand enfin elle s'est rendue à l'évidence, qu'elle a vu ce que tout le monde savait dès l'adolescence du garçon, elle s'est demandé ce qu'elle avait commis de mal. Elle a honte des préférences sexuelles de Caryl au nom d'un principe (la reproduction) dont, pourtant, de son propre aveu, elle se fiche totalement.

Zola et Lady ne se laisseront pas avoir par un ouragan !

En 2005, quand arrive Katrina, Zola est dans la maison qu'elle a habité avec son mari et son fils, qu'elle n'a pas voulu quitté après la mort d'Aaron malgré l'insistance de Caryl pour qu'elle le rejoigne à Atlanta. Malgré la dégradation du quartier, Zola est restée, en partie à cause de ses habitudes, de ses quelques amis sur place dont les enfants dont elle s'occupe encore malgré la réduction de son temps de travail à 51 ans (à cause peut-être d'une légère tendance à abuser de la bouteille) mais surtout à cause de Troy qu'elle déteste. C'est dans cette maison que Zola affronte l'ouragan. De toute façon, elle n'a rien à perdre car elle a déjà tout perdu en 1994 quand Caryl est mort à l'âge de 29 ans d'un cancer foudroyant. La vieille dame attend la fin avec Lady, sa vieille labrador que Caryl lui avait choisie et ressasse son seul regret : ne pas avoir quitté la Nouvelle-Orléans avec son enfant. Mais Zola serait-elle partie à New York, qu'est-ce que cela aurait-il changé ? Caryl serait sans doute mort de la même manière... Zola sent la fin approcher pour elle, pourtant ce qu'elle ne sait pas c'est que l'ouragan ne lui apporte pas du tout une fin mais un début...

Zola Jackson est l'héroïne du roman du même nom écrit par Gilles Leroy et publié en 2010 au Mercure de France. Comme les digues de la Nouvelle-Orléans, les digues qui contiennent les confessions de Zola vont sauter une à une et elle va livrer sa vie au lecteur dans un long et émouvant monologue.

 

 

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